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Attentats : que signifient "urgence absolue" ou "pronostic vital engagé" ?

Depuis l'attaque d'hier sur le marché de Noël de Strasbourg, plusieurs termes médicaux sont utilisés afin de préciser la situation des blessés et des victimes. Notre éclairage sur la signification exacte de ces expressions employées par les secours lors des catastrophes et des attentats.

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Attentats : que signifient
Attentats : que signifient "urgence absolue" ou "pronostic vital engagé" ?

Suite aux attentats de Strasbourg, les bilans officiels se sont succédés, parfois d’apparence contradictoire. Le nombre de morts annoncé est ainsi passé de trois dans la matinée du 12 décembre à deux morts et une personne "en état de mort cérébrale" plus tard dans la journée. Actuellement, le bilan est de 3 morts, 5 blessés graves et 8 blessés légers.

Blessé grave, blessé léger, impliqué

Blessé léger : "On va parler de blessé léger pour des personnes dont les blessures ne vont pas présenter de lésions qui impliquerait une prise en charge lourde ou une surveillance", nous explique l’urgentiste Anthony Chauvin. "Typiquement, une personne qui se fait bousculer dans un mouvement de panique et tombe au sol peut avoir un trauma du genou, mais celui-ci ne l’empêchera pas de marcher : c’est un blessé léger. S’il y a besoin de poser un bandage ou une attelle, et rien de plus, on parlera également de blessé léger".

Impliqué : Dans certains cas, les secours emploient le terme d’impliqué pour désigner "un patient qui, bien que n’étant pas directement sur la zone où est survenu l’événement, s’est blessé en essayant de s’éloigner du drame". "Il faut évaluer cliniquement la personne", mais on ne parlera pas nécessairement de blessé léger. La notion de personne "impliquée" est employé par les services de secours dans de nombreuses situations, "par exemple, en cas de départ de feu dans un appartement, pour un voisin qui n’a pas été touché par le feu mais serait tombé au cours de l’évacuation".

Blessé grave : Dès qu’un geste médical important est requis, on parlera de blessé grave. "Sur le terrain, il nous faut alors trier en fonction des priorités : s’agit-il d’une urgence relative, vitale, ou dépassée ?" (voir ci-dessous).

Urgence relative, urgence vitale, urgence dépassée

Urgence relative : On parle d’urgence relative pour toutes les situations pour laquelle une surveillance à l’hôpital est requise, sans inquiétude particulière a priori pour la survie du patient. Les personnes concernées sont dans un état stable. "Typiquement, dans le cas d’un attentat, on parlera d’urgence relative pour une personne qui est tombée, qui a un trauma crânien, et va devoir rester en surveillance pendant vingt-quatre heures, du fait d’une petite hémorragie qui a peu de chance de se compliquer." On considère parfois que le terme d’urgence relative est à réserver aux blessés légers et aux impliqués.

Urgence absolue : "À l’inverse, un patient qui, après être tombé sur la tête, est dans le coma, constitue une urgence vitale", poursuit Anthony Chauvin. On va également parler d’urgence absolue. Quel que soit le terme employé, "la personne doit être prise en charge le plus vite possible", parfois même sur place, le temps perdu augmentant le risque ou l’étendue de séquelles durables, voire le risque de décès.

Urgence dépassée : L’expression urgence dépassée est employée "dans les situations où il y a énormément de victimes", et que la probabilité de pouvoir sauver une personne apparaît dérisoire, alors même que les ressources pourraient être mobilisées pour sauver un plus grand nombre de personnes. "À l’issue d’un attentat, s’il y a cent personnes à prendre en charge et qu’une personne à terre est criblée de balles, on sait que les chances de la sauver sont excessivement faibles, alors qu’il serait possible de sauver les personnes autour." Plutôt que de s’acharner aveuglément, les secours priorisent les situations d’urgence vitale.

"Pronostic fonctionnel", "conséquence esthétique"

Si les trois catégories d’urgence (relative, vitale ou dépassée) sont les plus importantes, puisqu’elles définissent l'ordre dans lequel des patients en très grand nombre vont être traités et évacués ("triage médical"), d’autres expressions sont également employées pour caractériser et préciser l’état des patients, notamment ceux en urgence relative.

Pronostic fonctionnel : Ainsi, l’expression pronostic fonctionnel est employée lorsque le médecin constate que le fonctionnement d’un organe ou d’une articulation va être durablement modifié du fait de la blessure. "On peut prendre l’exemple d’une personne qui a reçu une balle qui s’est logée dans son coude et à touché l’articulation. Il va y avoir des complications secondaires, des défauts d’extension du bras, de mobilité, il va peut-être falloir une prothèse de coude, etc."

Conséquences esthétiques : Les médecins peuvent faire état de conséquences esthétiques lorsque une victime doit être dirigée vers un service de chirurgie plastique. "Il peut y avoir un pronostic fonctionnel et esthétique, par exemple si une personne s’est fait brûler le visage et présente un défaut d’ouverture de la bouche", note Anthony Chauvin.

Pronostic vital engagé

L’expression "pronostic vital engagé" est employée "lorsqu’à la vue du patient, un médecin va être incapable de dire comment la situation d’urgence vitale va évoluer dans les prochaines heures". "Le patient peut être dans un état instable, par exemple si sa tension n’est pas stabilisée, ou si la complication n’est pas encore traitée, ou encore s’il est toujours sur table opératoire et que subsistent des risques hémorragiques, anesthésiques, ou autres." Le pronostic vital peut rester engagé plusieurs jours, "tant que le patient n’est pas réveillé".

Placement en service de réanimation, surveillance continue ou absolue

Certaines personnes prises en charge par les secours sont conduites en service de réanimation. "Cela ne signifie pas nécessairement que les patients sont inconscients", précise Anthony Chauvin, "mais qu’ils nécessitent une surveillance médicale continue". Cette présence médicale ou infirmière continue (on parle parfois de surveillance absolue) est justifiée "car on est incapable de savoir comment vont évoluer les choses dans les 24 ou 48 prochaines heures.

"On peut prendre l’exemple d’une personne jeune qui a eu un trauma crânien, qui a eu une hémorragie, et pour lequel il n’y a – pour l’heure – pas d’indication à opérer. Mais si l’on juge possible une dégradation de son état, notamment qu’il puisse entrer dans le coma, il est placé en surveillance dans un service de réanimation [où il pourra être pris en charge le cas échéant]."

Mort cérébrale

Les médecins annoncent un état de mort encéphalique (EME, également appelé mort cérébrale ou coma dépassé) si l’activité cérébrale du patient est interrompue de façon totale et définitive, et que son activité respiratoire ou cardiaque n’est assurée que par des machines (dont l’interruption est décidée en accord avec les familles). Si les mesures de réanimation sont suspendues, la personne sera officiellement déclarée morte.

Si l’activité cérébrale du cerveau est interrompue de façon définitive, mais que le corps conserve une activité fonctionnelle autonome, on parle d’état végétatif permanent.

Voir également : Qu'est-ce qu'un état de conscience minimal ?

la rédaction d'Allodocteurs.fr

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