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Santé des migrants : "L'aide médicale d'Etat est un bien précieux"

Lundi 16 octobre 2017, le comité consultatif national d'éthique (CCNE) a rendu un avis sur la santé des migrants.

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Entretien avec le Pr Jean-François Delfraissy, président du Comité Consultatif National d'Éthique

Selon l'avis du CCNE (comité consultatif national d'éhtique), "il n'existe aucune difficulté insurmontable dans la prise en charge honorable et digne des migrants". Le rapport martèle que les nouveaux arrivants ne menacent pas le système de santé. Au nom des valeurs humaines, le CCNE invite les pouvoirs publics à améliorer les conditions sanitaires d'accueil des migrants. Les explications de son président, le Pr Jean-François Delfraissy.

  • Quel est l'état de santé des migrants qui arrivent en France ?

Pr JF Delfraissy : "Il n’est pas si mauvais que ça. C’est une population jeune qui a résisté à toute une série de problèmes majeurs pour arriver en France. Il y a quelques problèmes infectieux. Il y a surtout des problèmes d’ordre psychiatrique liés aux traumatismes des départs des pays, et puis du fait souvent que les familles sont totalement brisées. Parmi les migrants, il y a deux populations plus fragiles : les femmes et les enfants. Les femmes parce qu’elles sont source d’agressions pour survivre. Une enquête sur le VIH a montré que plus de la moitié d’entre elles acquéraient le VIH alors même qu’elles étaient déjà en France. Même chose pour les enfants qui sont souvent sans famille, sans parent. Ils sont livrés à eux-mêmes."

  • Dans votre avis, vous critiquez les autorités qui entretiennent de mauvaises conditions sanitaires pour décourager les migrants. On pense par exemple à la jungle de Calais. Pourquoi cette stratégie est-elle contre-productive ?

Pr JF Delfraissy : "La santé ne doit pas être instrumentalisée. Du côté de l’éthique, la question ne se pose pas. On critique mais on reconnaît aussi qu’il y a un effort considérable en France qui est fait par les différentes institutions. On manque encore de coordination. C’est au niveau des départements que se jouent la santé et le sanitaire. Ils sont financés par les Agences Régionales de Santé qui sont elles même financées par le ministère. Mais, la ministre de la Santé n’a pas la main sur ce qui doit être fait dans tel type de département. Il y a donc une grande hétérogénéité des réponses qui sont évidemment fonction de vision politique, et non sanitaire." 

 Pr JF Delfraissy : "L’AME est un bien précieux en France, qu’il faut savoir conserver, améliorer et fluidifier. Il y a énormément de papiers administratifs pour mettre en place une AME. Une assistante sociale de service y consacre énormément de temps. Le temps qu’elle consacre à une AME, elle ne le consacre pas à autre chose. D’où ces disparités qui peut y avoir. Il faut fluidifier et rendre plus simple ce système. L’AME ce ne sont pas des coûts considérables, ça représente 0,2% des coûts de santé en France. C’est rien pour un grand pays comme le nôtre. Ça nous permet de porter des messages autour de la dignité, de l’accueil… La France a toujours été un pays d’accueil des migrants. Le CCNE ne prend pas parti sur où on doit mettre le curseur, s’il faut en accueillir 10.000, 20.000 ou 80.000… Là n’est pas le problème. Ceux qu’on accueille ont le droit à un accès aux soins comparables à ce qu’on peut offrir à nos citoyens. Il y a un certain nombre de migrants qui se rendent invisibles parce qu’ils ont peur du système de soins."

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