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Suicide à l'hôpital Pompidou : l'AP-HP annonce un plan exceptionnel

Après le suicide du cardiologue Jean-Louis Megnien à l'Hôpital européen Georges-Pompidou, l'AP-HP lance un plan d'action afin de prévenir les situations conflictuelles et d'y faire face plus efficacement.

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Suicide à l'hôpital Pompidou : l'AP-HP annonce un plan exceptionnel
L'hôpital européen Georges Pompidou (DR).

Le directoire de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) a annoncé, le 4 janvier 2015, un plan d'action pour "traiter les situations conflictuelles", après une réunion exceptionnelle, le même jour, consacrée au drame qui a eu lieu à l'Hôpital européen Georges-Pompidou.

Le 31 décembre, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a promis que "toute la transparence" serait faite, annonçant des décisions au vu des résultats de l'enquête administrative attendus d'ici au 15 janvier 2016.

Le parquet de Paris a ouvert le 30 décembre une enquête préliminaire pour harcèlement moral, après une plainte de la veuve du cardiologue, et sur fond d'accusations de "luttes claniques" au sein du prestigieux établissement hospitalier.

Dans son communiqué, le directoire affirme son souhait de transparence "et sa volonté pleine et entière [de tirer] toutes les conséquences de ce drame, [qu'il ne juge pas contradictoires] avec la retenue et le discernement qu’imposent ces circonstances douloureuses."

"Des médiations avaient été tentées, dans un contexte conflictuel au sein de l’unité où exerçait le Pr Mégnien, au niveau de l’hôpital, comme au niveau de l’AP-HP, sous l’égide de la commission médicale d’établissement centrale.

"Aucune de ces tentatives n'avait abouti à des solutions acceptées par l’ensemble des parties, qui avaient également prolongé leurs conflits par des actions devant les tribunaux et le conseil de l’ordre", indique le communiqué.

Un plan d'action en matière de prévention et de détection des situations conflictuelles

Le plan d'action vise à prévenir et à traiter plus efficacement ce genre de situation conflictuelle. Ce plan dont la date de mise en place n'est pas déterminée, devrait intervenir "le plus rapidement possible", précise l'AP-HP. Il prévoit notamment de "mieux prendre en compte les compétences managériales avant d'investir des praticiens de responsabilité ; il faut que les médecins qui ont des compétences médicales et scientifiques incontestées, mais peu d'aptitudes managériales, puissent avoir une reconnaissance autre que celle d’accéder à des responsabilités faites pour eux".

Le plan prévoit également "davantage de garanties d’objectivité" dans la nomination des chefs de service, "en se réinterrogeant sur les procédures d’appel à candidatures et les critères de sélection". Il vise en outre à rétablir une "durée limitée au mandat de chef de service", éventuellement renouvelé après une évaluation "tenant compte de l’appréciation portée par l'équipe médicale et para-médicale sur le management".

En matière de détection et de traitement des situations conflictuelles, le directoire estime aussi nécessaire de "se doter d'un vivier de personnes susceptibles d'intervenir en mission d'audit, d’appui ou de médiation de manière plus systématique et de définir des procédures pour ces interventions".

Les membres du directoire qui "transmettront l'ensemble des éléments susceptibles d'éclairer les enquêtes" sur le suicide du cardiologue, rappellent qu'il appartient à la commission ad hoc de l'AP-HP de "mettre à plat les dysfonctionnements au sein de l’Hôpital européen Georges-Pompidou".

La commission désignée par l'AP-HP déjà décriée par les défenseurs du médecin

Un collectif de soutien au professeur décédé a dénoncé lundi 4 janvier 2016 cette commission composée de trois membres "désignés" par Martin Hirsch, en raison de "leurs liens" avec des personnes dont se serait plaint le cardiologue. "La mise en place de cette commission d’enquête administrative et le choix des enquêteurs ne garantissent pas une totale indépendance ni une totale impartialité", écrit dans un communiqué le collectif qui demande que l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) soit saisie de l'enquête administrative.

Depuis plusieurs années le cardiologue J.-L. Megnien se plaignait de harcèlement de la part de sa hiérarchie et de la directrice de l'hôpital, Anne Costa. Il avait été jusqu'à prévenir le directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch. Dans une lettre ouverte, le Pr Granger fait état d'un mail envoyé il y a plus d'un an par un collège du cardiologue à Martin Hirsch, et resté sans réponse, mettant en garde contre le risque suicidaire du Pr Megnien.

Selon Le Figaro, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, aurait été au courant de la dramatique situation, son frère étant un ami du Pr Megnien. L'avocat de la famille du cardiologue "entend demander l'élargissement des chefs d'accusation à l'homicide involontaire", toujours selon les informations du Figaro.