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A l'hôpital de Bastia, une grève de la faim pour alerter les pouvoirs publics

Les grévistes dénoncent la situation économique catastrophique de l’établissement et ses conséquences sur la prise en charge des patients.

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A l'hôpital de Bastia, une grève de la faim pour alerter les pouvoirs publics
Il faudrait, selon la CGT, 29 millions d’euros pour payer les fournisseurs de l'hôpital.

Elles sont encore deux à tenir. Fin octobre, une dizaine d’employés de l’hôpital de Bastia ont entamé une grève de la faim pour dénoncer la situation catastrophique de l’établissement, criblé de dettes. Chantal Risticoni en a fait partie, mais à dû s’arrêter mercredi 15 octobre, quelques jours après avoir recommencé à travailler : "On ne nous laisse pas le choix", assure-t-elle.

"On" ? Le ministère et les représentants de l’Etat sur l’île, qui n’accèdent pas à la demande de la CGT de combler la dette de l’hôpital. Il faudrait, selon le syndicat, 29 millions d’euros pour payer les fournisseurs. Et 70 millions de plus "pour remettre tous les services aux normes", affirme Chantal Risticoni.

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En 20 ans de travail à Bastia, comme kiné puis cadre de santé, elle a vécu la dégradation de l’hôpital. "En tant que soignant on parle de respect et de dignité, mais on n’est pas capables d’accueillir les usagers dans des locaux dignes de ce nom", déplore-t-elle.

Retard dans des chimiothérapies

Sa collègue Vivane Albertelli exerce depuis 40 ans dans ces mêmes locaux. Elle était là pendant le drame de Furiani, le soir du le 5 mai 1992, où une tribune du stade Armand-Césari s’était effondrée. "Il y a eu 2.300 blessés et l’hôpital était neuf. On avait du matériel, des locaux pour recevoir toutes ces personnes. Aujourd’hui ce serait très difficile."

En l’absence de catastrophe de cette ampleur, les patients ne sont pour le moment pas mis en danger par l’état de l’hôpital. Ils sont soignés, mais manquent de tout ce qui constitue une bonne prise en charge, comme une douche ou des oreillers supplémentaires. Souvent, leur médecin traitant doit leur prescrire des médicaments dont l’hôpital ne dispose pas. "On fait payer deux fois la Sécurité sociale", constate Chantal Risticoni. Parfois la sécurité des patients est tout de même en jeu, selon Vivane Albertelli : "On a dû retarder des chimiothérapies. Les fournisseurs ne voulaient nous livrer que si on payait."

Ce grave constat s’explique en partie par l’insularité. Il est, selon Chantal Risticoni, impossible "d’être rentable" avec un peu plus de 300.000 habitants. "Il n’y pas assez de population pour faire tourner un service de néonatologie ou de neurochirurgie." Un problème de taille, auquel s’ajoute le coût de transport de patients, en avion ou en bateau, vers les CHU du continent.

Agnès Buzyn est venue en août

La dégradation de l’hôpital a pourtant été signalée à de nombreuses reprises par les équipes. Devant les responsables locaux depuis deux ans, puis à la ministre de la Santé Agnès Buzyn en août 2017. Mais face à l’absence de réponses, quelques employées ont radicalisé leur contestation en cessant de s’alimenter.

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"On nous pousse à bout. Le ministère joue la montre et nous rétorque vouloir attendre la fin des élections territoriales" les 3 et 10 décembre, regrette Josette Risterucci, représentante CGT, citée par l’AFP. A l'ARS on souligne toutefois que "des contacts réguliers sur ce dossier ont lieu avec le ministère des Solidarités et de la santé".

L’agence, jointe par l’AFP, explique que l'hôpital bénéficie depuis 2014 d'une enveloppe totale d'un montant de 29 millions d'euros pour la modernisation et la mise en conformité de l'établissement, dont 11 millions d'euros pour la reconstruction des blocs opératoires qui démarrera en décembre 2017.

Des sommes encore insuffisantes au regard des exigences des représentants du personnel. "Personne ne nous écoute", se plaint Chantal Risticoni, qui n’imagine pas la situation perdurer pendant des mois encore.

Avec AFP

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