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Quatre femmes handicapées sur cinq victimes de violences

80% des femmes handicapées seraient victimes de violences – contre 36% des femmes valides. Ce chiffre colossal a été établi par le Conseil français des personnes handicapées pour les questions européennes. Les précisions de Maudy Piot, psychanalyste et présidente de l'association "Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir", invitée du Magazine de la santé ce mercredi 14 octobre 2015.

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Entretien avec Maudy Piot, psychanalyste et présidente de l'association "Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir".
  • Il semble que ces violences, qu'elles soient verbales, physiques, sexuelles, psychologiques, soient un phénomène massif. Comment l'expliquez-vous ?

Maudy Piot, psychanalyste : "C'est inexplicable, les violences sont interdites ! Quand nous sommes en situation de handicap, nous sommes plus vulnérables : une personne aveugle ne va pas pouvoir décrire l'agresseur qui la viole ; une personne en fauteuil roulant ne va pas pouvoir s'échapper si on la maltraite ou si on la frappe.

"Précisons aussi que le handicap, en tant que tel, provoque chez l'agresseur des pulsions encore moins contrôlables que face à des personnes valides."

  • Qui sont les agresseurs de ces femmes ?

Maudy Piot : "C'est souvent la famille, les cousins, l'ex-conjoint. Des personnes proches de la personne handicapée. Or, on pense habituellement que la famille va protéger la personne en situation de handicap, ce qui n'est pas le cas. Souvent la personne handicapée se voit comme coupable d'être différente, et justifie les actes de violence dont elle est la cible en disant : "je le mérite, je suis un poids pour ma famille"."

  • Pourquoi ce phénomène de violences reste-t-il méconnu, voire invisible ?

Maudy Piot : "Il ne faut pas oublier que les femmes handicapées sont dans une situation de dépendance. Si elles portent plainte, elles ont peur que leur mari se venge, n'aille plus faire les courses, ne leur donne plus à manger, et surtout qu'il dise qu'elles mentent. Les femmes handicapées sont rarement jugées comme des femmes "crédibles"…"

  • En mars, une plateforme d'écoute téléphonique a été mise en place. Quels conseils délivrez-vous aux femmes qui appellent ?

Maudy Piot : "Nous leur disons qu'elles ne doivent pas hésiter à porter plainte, et que la main courante ne sert à rien. On leur répète que ce ne sont pas elles les coupables, que le coupable c'est l'agresseur. Il faut qu'elles vivent leur handicap non pas comme une honte, mais comme une richesse."

Numéro d’écoute de l’association "Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir" : 01 40 47 06 06 - Les lundis de 14h30 à 17h30, et tous les jeudis de 10h à 13h.

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