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Vers un don d'organes automatique ?

Le prélèvement d'organes sur une personne décédée pourrait devenir automatique si le défunt n'a pas exprimé de refus de son vivant. Cette nouvelle mesure, adoptée le 20 mars, n'obligerait plus le médecin à suivre la décision de la famille. Un amendement qui a pour avantage de remettre au cœur de la discussion la position de la personne décédée mais qui n'écartera pas l'avis des proches.

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Vers un don d'organes automatique ?

Un nouvel amendement, adopté dans la nuit du 19 au 20 mars, pourrait être en passe de révolutionner le don d'organes. Intégrée au projet de loi santé de Marisol Touraine, cette mesure prévoit de rendre systématique le prélèvement d'organes chez une personne décédée. Le médecin pourrait choisir sans l'aval de la famille, sauf si la personne a exprimé un refus de son vivant. Porté par le député lyonnais Jean-Louis Touraine (aucun lien avec la ministre ndlr), l'amendement, s'il est adopté à l'Assemblée, ne serait pas mis en place avant janvier 2018.

Actuellement, si la personne décédée n'est pas inscrite au registre national des refus de don d'organes, la décision est portée par la famille. Un choix difficile, qui débouche dans un cas sur trois à un refus de prélèvement. Au total, ce sont 40% des transplantations qui échouent faute d'accord. Selon le député, la mise en place de cette mesure pourrait augmenter de 25% le nombre de dons.

La position du défunt avant tout

"L'intérêt de cet amendement est de pousser les gens à s'exprimer de leur vivant" explique le Dr Julien Charpentier, médecin réanimateur et coordinateur des prélèvements d'organes à l'hôpital Cochin à Paris. "On part du principe que si la personne ne s'est pas opposée clairement alors elle est favorable au don" ajoute t-il, "le problème est que 80% des personnes n'en ont jamais parlé avec leurs proches".

Pour le Dr Charpentier, si cet amendement ne changera pas fondamentalement le don d'organes en France, il aura tout de même l'avantage de rappeler aux familles la notion de consentement présumé déjà inscrite dans la loi mais méconnue de beaucoup. "Cette mesure pourrait permettre d'aider les familles et de remettre au centre de la discussion la position du défunt, qui est la plus importante" explique le Dr Charpentier. Cependant, pas question pour les médecins de prendre des décisions contraires aux volontés exprimées par les proches. "Dans ce genre de situation, ils ont une à trois heures maximum pour se décider" indique le Dr Charpentier.

La pénurie de dons prive chaque année 18.000 personnes d'organes. Le nombre de patients en attente de greffe a triplé depuis les années 90, selon l'Agence de la biomédecine. En 2013, plus de 5.000 Français ont pu bénéficier d'une greffe.

 

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