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Don de rein entre amis : un geste encore trop rare

De plus en plus de malades attendent un rein. En 2013, parmi les 14.336 candidats à la greffe rénale, seuls 3.074 ont été greffés. Mais comme il est possible de vivre avec un seul rein, une personne vivante, volontaire et en bonne santé peut donner un rein à l'un de ses proches. Le plus souvent, ces dons se font au sein de la famille. En 2011, face à la demande de greffons, l'Agence de la biomédecine a également autorisé le don de rein entre amis. Un geste encore rare.

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Don de rein entre amis : un geste encore trop rare
Don de rein entre amis : un geste encore trop rare
Sommaire

Don de rein entre amis : un geste altruiste

Donner son rein de son vivant, c'est possible. Au sein de la famille, mais aussi entre amis proches. Reportage du 5 novembre 2014.

Sur ces greffes très délicates, toutes les précautions sont prises pour faire courir le moins de risque possible au donneur. Le risque de rejet concerne 10% des greffes rénales un an après l'opération.

À Toulouse, six personnes ont déjà donné un rein à un ami depuis 2011. Un geste rare, pratiqué par une poignée d'hôpitaux. Mais le don de rein entre amis pourrait devenir de plus en plus courant comme l'explique le Pr Lionel Rostaing, chef du service néphrologie du CHU de Toulouse Rangueil : "Dans le monde occidental, les familles sont de plus en plus désunies. En revanche, on va avoir de très bons amis que l'on côtoie tous les jours ou toutes les semaines et qui finalement, peuvent proposer leur rein en toute simplicité. Cela est très important, et le don de rein entre amis pourra probablement se développer dans les années qui viennent parce que quand les personnes le savent, cela facilite les choses".

Un comité d'éthique est chargé de vérifier que le don est libre, éclairé et désintéressé.

Don de rein entre amis : le prélèvement

La loi de juin 2011 a autorisé les dons du vivant hors du milieu familial. Reportage vidéo du 16 décembre 2014

Sandrine et Florence sont amies depuis de nombreuses années. Florence est en insuffisance rénale. Sandrine a donc proposé de donner un rein à son amie Florence.

Examens médicaux, validation du don par un comité d'éthique puis au tribunal de grande instance, elles ont traversé de nombreuses étapes avant l'opération. Des mois d'attente, d'espoir mais aussi d'appréhension.

Sans le don de Sandrine, Florence aurait dû s'inscrire sur la liste nationale d'attente de greffe rénale. En raison des délais, elle aurait probablement dû être dialysée en attendant. Mais si la dialyse permet au patient de survivre, elle n'est pas sans conséquence pour l'organisme.

"En France chaque année, 3.000 greffes rénales sont réalisées. La majorité le sont chez des patients qui sont déjà en dialyse (hémodialyse ou dialyse péritonéale). Les données de registre américain et français montrent que si on fait une greffe rénale avant que le patient ne soit en dialyse (greffe rénale préemptive), la survie à long terme des patients est meilleure que s'ils ont déjà été dialysés", explique le Pr Lionel Rostaing, chef du service de néphrologie du CHU de Toulouse. À Toulouse, Florence sera la neuvième personne à recevoir le rein d'un ami depuis que ces dons ont été autorisés par une loi en 2011.

Sandrine est la première à se faire opérer. La préparation du rein avant l'extraction se fait par laparoscopie. Le chirurgien réalise plusieurs petites incisions pour introduire ses instruments et une caméra dans le ventre de la patiente. Première étape pour le chirurgien : se frayer un chemin jusqu'au rein et le détacher de tous les autres organes. Il faut un peu plus d'une heure au chirurgien pour dégager totalement le rein.

Don de rein entre amis : la greffe

Attention, images d'intervention chirurgicale : greffe du rein sur la receveuse. Reportage vidéo du 17 décembre 2014.

Sandrine a décidé de donner un rein de son vivant à sa meilleure amie Florence en insuffisance rénale chronique. Au cours d'une intervention par laparoscopie, le rein de Sandrine a été préparé. Le chirurgien a ensuite réalisé une dernière incision pour installer une poche.

Après environ deux heures d'opération, le rein de Sandrine est prêt à être extrait, sous le regard des deux chirurgiens extracteurs et transplanteurs du CHU de Toulouse.

Au moment du clampage de l'artère rénale du donneur, le rein n'est plus irrigué. Il faut donc aller vite pour installer les autres clips sur l'artère et sur la veine rénale. Dès que l'artère est clampée, le rein n'est plus alimenté et il risque de se dégrader. Il faut donc le faire sortir rapidement pour le perfuser avec un liquide froid de conservation. Ce délai doit être inférieur à cinq minutes pour assurer une bonne conservation de l'organe. Le chirurgien transplanteur est alors prêt à recevoir le rein et à le perfuser.

Le chirurgien transplanteur nettoie l'organe de son sang et suture tous les petits vaisseaux du rein. En parallèle l'autre chirurgien referme l'abdomen de la donneuse. Pour ces prélèvements sur des personnes vivantes, toutes les précautions sont prises afin de ne pas nuire à la santé du donneur.

Moins de deux heures après le prélèvement, l'organe est prêt à être transplanté chez la receveuse. Le greffon ne va pas remplacer un des reins malades mais il sera rajouté au niveau de la fosse iliaque, un espace situé en bas du ventre, entre la hanche et le nombril. Après l'opération, le receveur a donc trois reins dans son corps. Pour reconnecter l'artère, la veine et l'uretère, le chirurgien réalise trois sutures vasculaires (anastomoses).

Le chirurgien peut ensuite positionner le rein dans la cavité abdominale. Première étape : suturer la veine du greffon avec la veine iliaque externe. La couture doit être fine et précise. Pour vérifier l'étanchéité de la suture, le chirurgien injecte de l'héparine dans la veine avant d'effectuer le dernier point.

Deuxième étape : la suture de l'artère rénale avec l'artère iliaque externe. Le chirurgien effectue ensuite huit points entre l'artère du greffon et l'artère iliaque. Après cette étape, le rein est prêt à être remis en fonction. Quelques minutes après la remise en fonction du rein, il commence déjà à produire de l'urine. Le chirurgien installe ensuite le rein dans le ventre de la receveuse.

La dernière étape de l'opération consiste à relier l'uretère à la vessie. Pour favoriser la cicatrisation et réduire le risque de fuite urinaire, une sonde est installée. Elle sera retirée dans quelques semaines sous anesthésie locale. Si au lendemain de l'opération le rein fonctionne normalement, il faut attendre environ un mois avant de savoir si la greffe a bien pris.

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