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Des chevaux de laboratoire sur l'étal du boucher

Une vaste opération de gendarmerie a été déclenchée le 16 décembre 2013 dans 11 départements français, dans le cadre d'une enquête sur un trafic de viande de chevaux passés par des laboratoires scientifiques ou des centres équestres.

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Des chevaux de laboratoire sur l'étal du boucher
Des chevaux de laboratoire sur l'étal du boucher

Des centaines de chevaux, dont certains achetés au géant pharmaceutique Sanofi, auraient été vendus pour la consommation après falsification ou escamotage de leurs documents vétérinaires, selon une source judiciaire. Des chevaux de centres équestres se seraient également retrouvés dans l'assiette du consommateur.

Le phénylbutazone, incorporé dans certains médicaments destinés à l'être humain (traitement de l’arthrite ou des rhumatisme) peut être toxique pour les reins et les cellules sanguines. Il peut provoquer de troubles de la digestion, des atteintes du foie, voire une diminution de la production des globules rouges, des globules blancs et de plaquettes.

Chevaux de laboratoires : pas de danger, selon Sanofi Pasteur

Les sources judiciaires citées par l’Agence France Presse ce 16 décembre 2013 observent que les chevaux rachetés à Sanofi étaient issus de deux filières distinctes. L'une consacrée à la production de vaccins, la seconde à des expériences en laboratoire.

Contacté par Allodocteurs.fr, Sanofi ne confirme pour l'heure que la présence d'animaux destinés à la production de vaccin dans la filière frauduleuse.

Plus tôt, un porte-parole de la division "vaccins" du groupe pharmaceutique a assuré que les équidés servant au groupe pour fabriquer des sérums ne présentent pas de danger pour la consommation humaine.

Ces chevaux ne sont pas utilisés pour des tests de laboratoire, mais bien "pour fabriquer des médicaments" destinés à l'homme, a insisté cet interlocuteur. Ces médicaments sont plus précisément des "sérums équins purifiés", c'est-à-dire un prélèvement d'anticorps  spécifiques dans le sang des animaux. Elaborés dans un centre de fabrication de sérums équins situé dans la Drôme, ces produits biologiques antirabiques (rage), antitétaniques (tétanos) et antivenimeux sont destinés à être injectés à des patients très gravement atteints.

Selon le porte-parole de Sanofi, le laboratoire utilise les chevaux pendant environ trois ans avant de les revendre "en précisant dans le certificat de vente que ces animaux ne doivent pas intégrer la filière alimentaire, non pas parce qu'il y a un danger mais par mesure de précautions".

Au cours des trois dernières années, Sanofi Pasteur indique avoir revendu "autour de 200 chevaux", en général à des écoles vétérinaires, à des particuliers et à des professionnels.

Chevaux de centres équestres : quels dangers pour l'homme ?

Outre ces chevaux de laboratoire, une source proche de l'enquête note que des chevaux issus de centres équestres "qui devai[en]t finir [leur] vie paisiblement dans un pré" ont également fini en abattoir. Or, les traitements médicamenteux spécifiques administrés à ces animaux ne font pas l'objet du même type de suivi de pharmacovigilance que les bêtes d’élevages.

"Cela ne veut pas dire qu'il y ait eu un risque pour le consommateur", insiste la source judiciaire, "mais de toute façon, ces chevaux n'auraient jamais dû se retrouver dans l'assiette du consommateur".

Contrairement à l’affaire de la commercialisation frauduleuse de viande de cheval étiquetée comme du bœuf par la société Spanghero, début 2013, la présente affaire pourrait donc bien avoir des conséquence sanitaires, comme l’a observé le ministre de la Consommation, Benoît Hamon, au micro de RTL.

L'année du cheval

Début mars 2013, du phénylbutazone (voir encadré), un anti-inflammatoire interdit pour des animaux destinés à l'alimentation humaine, avait été détecté dans de la viande de cheval retrouvée dans des hamburgers et des boulettes vendus au Portugal. Toutefois, "les valeurs de résidus de phénylbutazone détectées sur [les] échantillons [étaient - infimes], avait déclaré l'Autorité de sécurité alimentaire et économique (ASAE) portugaise dans un communiqué, et ne présentaient par conséquent " pas de risque pour la santé publique".

Durant l'été, une autre affaire éclatait, remettant sur le devant de la scène la fameuse molécule. Des organisations professionnelles agricoles de plusieurs états européens ont en effet révélé qu'un réseau mafieux belge achetait à des propriétaires privés ou des centres équestres des chevaux de selle, leur promettant une retraite paisible. Mais les chevaux étaient en fait envoyés à l'abattoir et introduits dans l'alimentation humaine.

"On peut raisonnablement avancer, qu'avec les éléments dont on dispose à ce stade, il n'y a pas de risque pour la santé humaine", révélait le 4 septembre 2013 Patrick Dehaumont, directeur général de la Direction générale de l'alimentation (DGAL), en marge d'une rencontre avec quelques journalistes. "Ce sont des chevaux qui ne suscitent pas d'inquiétude", avait-il noté. Etant "[à la] retraite", ils n'avaient pas reçu aucun traitement médicamenteux dans les jours précédent leur abattage.

Comme le souligne un vétérinaire spécialiste de la sécurité alimentaire contacté par Allodocteurs.fr, la connaissance du délai entre le dernier traitement et l’abattage de la bête est fondamental pour estimer la quantité de résidus qui peuvent persister dans son organisme. "Pour des [chevaux] destinés à la consommation, tout dépend des caractéristiques du traitement, mais les délais au-delà desquels l'animal peut être abattu sont relativement courts, […] le plus souvent [inférieurs à un mois]".

 

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