Grossesse : l'ANSM alerte sur l'usage de certains médicaments

Malformations ou retards de croissance, certains médicaments pris pendant la grossesse peuvent avoir des conséquences graves. L’ANSM estime qu'entre 800 et 1200 nourrissons naissent malformés chaque année pour cette raison.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Traitement au long cours ou prise ponctuelle, prendre un médicament pendant la grossesse n'est jamais anodin. Les femmes enceintes doivent éviter toute automédication ou arrêt de traitement sans avis médical, rappelle une campagne de l'ASNM lancée ce 2 juin. "Enceinte, les médicaments, c'est pas n'importe comment !", avertit le slogan de cette campagne.

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Un millier de naissances par an 

Deux à trois pourcent des bébés naissent avec une malformation majeure et une étude européenne attribue 5% des cas à une prise de médicaments par la mère. A l'échelle française, cela représenterait 800 à 1.200 naissances par an sur 800.000.

Ces dangers concernent aussi des produits souvent perçus à tort comme inoffensifs, comme les médicaments à base de plantes et les huiles essentielles, avertit le gendarme du médicament.

De grands risques pour le foetus

Le risque de malformations (des organes ou des membres) est maximal au premier trimestre de grossesse. C’est notamment le cas avec le roaccutane (traitement de l'acné sévère), la dépakine (traitement de l'épilepsie et des troubles bipolaires) et les médicaments à base de thalidomide (sédatif et anti-nauséeux).

Pris plus tard dans la grossesse, d'autres médicaments comme l'ibuprofène (anti-inflammatoire et anti-douleur) ou des traitements de l'hypertension peuvent freiner la croissance du foetus ou le bon développement des reins. Certains traitements peuvent aussi être en cause dans l'apparition de troubles du développement (autisme, hyperactivité).

Des médicaments répandus  

"La grossesse est une période particulière pendant laquelle la prise de médicaments doit être en général évitée" car même les plus courants, comme certains anti-douleurs ou anti-nauséeux, peuvent "avoir des répercussions immédiates ou futures sur l'enfant à naître", explique l’ANSM.

"Ce risque n'est pas de 100%, fort heureusement : ce n'est pas parce que je vais prendre un médicament qu'il aura un effet" sur l'enfant à naître. Mais une seule prise "peut parfois suffire à générer un effet, y compris des interruptions involontaires de grossesse", précise Céline Mounier, directrice de la surveillance à l’ANSM.

Manque d’informations  

Près de 7 femmes sur 10 se disent tout à fait informées des risques liés à la consommation d'alcool ou de tabac pendant la grossesse. Elles ne sont pourtant que trois sur dix à le dire pour la prise de médicaments, selon un sondage réalisé par l'institut Viavoice réalisé en ligne auprès de femmes de 18 à 44 ans en deux vagues auprès de 3586 femmes, en 2019 et 2020. 

"Le but poursuivi est de déclencher dans la société un réflexe équivalent à celui de l'alcool et du tabac pendant la grossesse", explique l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Selon le sondage de l'instiut Viavoice, 36% des femmes enceintes de leur premier enfant ont pris un médicament de leur propre initiative. Ce chiffre grimpe à 48% chez les femmes enceintes dont ce n'est pas la première grossesse.

Ne pas arrêter un traitement sans avis médical 

A contrario, une femme sur six qui prenait un médicament sur ordonnance l'a arrêté sans avis médical, principalement parce qu'elle ne voulait pas prendre de risques pour son enfant, alors que tout arrêt ou modification de traitement doit aussi être décidé sur avis médical, notamment pour les maladies chroniques

Ainsi, "un diabète mal équilibré peut avoir des conséquences pour la femme et l'enfant à naître", avertit Céline Mounier.

L'agence souhaite "inciter au dialogue" avec les soignants dès le projet de grossesse, car certains médicaments produisent des effets pendant plusieurs mois et d'autres sont risqués dès les premières semaines de grossesse, à un moment où les femmes ignorent encore qu'elles sont enceintes.