Désamiantage : les ouvriers pas assez protégés

Ils retirent l'amiante des bâtiments pour les rendre sains, mais se mettent finalement en danger... Les ouvriers qui travaillent sur des chantiers de désamiantage seraient exposés à des quantités trop importantes de cette fibre cancérigène, selon un rapport confidentiel de l'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS), auquel a eu accès la revue Santé et Travail.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le

Les travaux de désamiantage qui consistent au retrait de plâtres amiantés semblent particulièrement risqués pour les ouvriers. Lors de ces opérations, l'air ambiant rempli de poussières dépasse dans la moitié des cas les doses maximales de fibres autorisées, selon les mesures de l'INRS rapportées par Santé et Travail. Pour éviter la dispersion des poussières, les ouvriers arrosent généralement les débris, mais ce geste ne serait pas suffisant pour les protéger.

D'autre part, les masques de protection(1) laisseraient passer trop d'amiante, certains contenant parfois plus de 100 fibres par litre. Pourtant, ces protections étaient placées correctement, selon l'INRS qui précise que la cause d'infiltration de l'amiante dans les masques n'a pas encore été identifiée. Pour l'ANDEVA, l'Association de défense des victimes de l'amiante, ce rapport confidentiel montre qu'il y a "un danger grave et imminent pour les salariés qui retirent certaines variétés de plâtres amiantés".

Ces données interviennent dans un contexte particulier car, dès juillet 2015, le taux réglementaire d'amiante sur les chantiers de désamiantage devrait être divisé par dix. En 2011 déjà, l'INRS avait alerté contre les dangers du retrait des plaques de plâtres amiantés. Alors que le matériel isolant a été interdit en 1997, il continue à faire des victimes des années plus tard. L'amiante provoque 1.700 décès tous les ans en France et est la première cause de cancer de la plèvre.  

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(1) appareil de protection respiratoire à adduction d'air

Les fibres d'amiante, fines et très légères, sont capables de pénétrer profondément dans l'organisme, principalement dans le système respiratoire. Une fois les fibres entrées dans l'organisme, elles ne se résorbent jamais et vont libérer des molécules altérant la biologie du corps. De faibles expositions suffisent à rendre le terrain propice au développement de graves maladies, comme le cancer de la plèvre (mésothéliome), des poumons, une rigidification des tissus pulmonaires ou encore des plaques pleurales.