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Stress post-traumatique : une blessure bientôt reconnue par la justice ?

Guillaume Valette, présent lors de l’attentat du Bataclan et mort par suicide deux ans plus tard, est en passe d’être reconnu comme la 131e victime du 13-Novembre. Une décision qui pourrait faire jurisprudence.

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Stress post-traumatique : une blessure bientôt reconnue par la justice ?
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"Mon but, c’est de faire en sorte que Tahar Mejri soit reconnu comme la 87e victime de l’attentat de Nice." Depuis 28 ans, l’avocate Cathy Guittard se bat pour la reconnaissance des victimes souffrant de stress post-traumatique (SPT). Un combat qui a pris un nouveau tournant le 12 juin, avec le décès de son client Tahar Mejri, dont la femme et le fils sont morts dans l’attentat de Nice. Si les résultats de l’autopsie ne sont pas encore connus, cet homme de 42 ans serait, selon ses proches, "mort de chagrin".

"Certains stress post-traumatiques sont liés à des violences intentionnelles"

Après l’attentat en effet, ce quadragénaire, encore traumatisé du décès de sa femme, a cherché son fils de 4 ans pendant trois jours, persuadé qu’il avait été secouru. Pour Cathy Guittard, c’est la détresse psychique, couplée à un manque de prise en charge [1], qui a entraîné son décès. "On ne peut pas dire que c’est une mort naturelle. A 42 ans, c’est absurde !" s’exclame l’avocate. Tahar Mejri se serait-il donné la mort ? Pour le moment, impossible de le savoir. Néanmoins, comme l’explique le Pr Thierry Baubet, chef du service de psychiatrie générale de l’hôpital Avicenne à Bobigny, il n’est pas rare que "certains SPT soient liés à des violences intentionnelles, le plus souvent quand ils sont associés à des deuils".

Une situation qui rappelle celle de Guillaume Valette, présent lors de l’attentat du Bataclan, qui s’est donné la mort en 2017. Le 17 juin, les juges d’instruction en charge du dossier ont en effet ont estimé que son suicide était "une conséquence ultime de l'attentat du 13/11/15". Guillaume Valette pourrait donc bientôt être reconnu comme la 131e victime officielle du 13-Novembre. S’il ne présentait aucune blessure physique, le jeune homme souffrait d’un syndrome de SPT, qui l’avait plongé dans une profonde dépression.

Une incompréhension de la gravité des symptômes

"Le cas de Guillaume Valette va sûrement faire jurisprudence", estime Cathy Guittard, qui monte de son côté un dossier pour Tahar Mejri. Toutefois, elle souligne la différence fondamentale entre les deux affaires : après le suicide de Guillaume Valette, son médecin avait transmis à la justice l’intégralité de son dossier médical. Pour Tahar Mehjri, le lien entre SPT et décès sera plus difficile à prouver. "On peut seulement montrer des changements physiques, des changements d’humeur…" résume-t-elle.

De manière générale, la souffrance qu’engendre le SPT est sous-estimée, selon le Pr Baubet. "On constate une incompréhension de la gravité des symptômes. Il y a un contraste entre la première phase, où tout le monde compatit, et la seconde phase, quelques semaines plus tard, où les proches se détachent", développe-t-il. Le SPT peut pourtant s’avérer très invalidant. Aujourd’hui encore, des personnes présentes lors de l’attentat du Bataclan sont dans l’incapacité la plus totale de reprendre le travail, affirme le chef de service.

Mais Thierry Baubet ne veut pas pour autant dresser un tableau trop sombre des SPT, qui sont souvent transitoires. "Ca peut prendre six mois comme des années, mais on s’en sort fréquemment, même si les victimes restent toujours marquées par l’événement. Il faut essayer plusieurs psychothérapies, plusieurs médecins, et l’aide des proches compte énormément" conclut le médecin.


[1] Dans un premier temps, le patient suit une psychothérapie. Si les troubles sont trop graves, il se voit prescrire des antidépresseurs qui réduisent l’anxiété et les flashbacks, et améliorent le sommeil.

 

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