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Ebola : des cas en zone de guerre en République démocratique du Congo

Avec la découverte de cas de virus Ebola dans un territoire de conflit à l'Est de la République démocratique du Congo, l'OMS considère que le risque pour la santé publique est élevé à l'échelle nationale et régionale.

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Ebola : des cas en zone de guerre en République démocratique du Congo
Le virus de la fièvre hémorragique Ebola ressurgit en République démocratique du Congo

Un véritable cauchemar. A peine une semaine après l'annonce de la fin de la neuvième épidémie d'Ebola à l'Ouest de la République Démocratique du Congo, c'est à 2.500 km à l'est de ce foyer que de nouveaux cas d'infection par le virus viennent d'être identifiés. Il s'agit d'une "zone de guerre" où les humanitaires ne se déplacent pas sans escorte armée. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime donc que les obstacles vont être considérables pour enrayer la nouvelle propagation de cette terrible fièvre hémorragique.

Risque élevé pour la santé publique nationale et régionale

"Sur l'échelle du degré de difficulté, tenter d'éteindre une flambée d'un pathogène mortellement dangereux dans une zone de guerre est au sommet", a déclaré le directeur général adjoint de l'OMS, en charge des réponses d'urgence, Peter Salama, lors d'un point presse à Genève. Cela conduit l'organisation à considérer que le risque pour la santé publique est élevé à l'échelle nationale et régionale. Il resterait faible au niveau mondial.

Cette alerte fait suite au signalement de la maladie à Mangina, une bourgade située à 30 km au sud-ouest de Beni dans la province troublée du Nord-Kivu (est). "Ici, c'est le niveau de sécurité 4 pour l'ONU, l'un des plus élevés", a expliqué M. Salama, spécifiant que "plus d'une centaine de groupes armés opèrent à l'intérieur et autour du Nord-Kivu, dont au moins vingt sont très actifs".

"Même si nous avons accès aux villes de Mangina et Beni, nous ne savons pas dans quelle mesure nous allons devoir compter sur des escortes armées pour identifier les contacts (des patients, ndlr) à l'extérieur de ces petites villes", a-t-il prévenu. Pour enrayer l'épidémie, il est pourtant crucial d'identifier très rapidement à la fois les personnes malades mais aussi tous ceux qui ont été en contact avec elles : ils peuvent être porteurs du virus, extrêmement contagieux. Il suffit en effet d'avoir une toute petite blessure sur la main pour être contaminé en touchant un patient ou même une surface contaminée par Ebola, capable d'y survivre longtems. 

Des humanitaires sous escorte militaire

Peter Salama a également mis en exergue les difficultés liées à la présence de nombreux déplacés internes dans la région et aux mouvements de la population vers l'Ouganda voisin, où les humanitaires ont été mis en état d'alerte pour identifier tout cas suspect.

La RDC avait annoncé le 1er août la réapparition du virus sur son territoire avec déjà 20 victimes. Quatre cas ont été confirmés par les laboratoires. Un des décès est un personnel sanitaire, a précisé le directeur général adjoint de l'OMS. Il a également expliqué que le décès d'une femme dans un hôpital des environs de Beni, suivi de ses funérailles non sécurisées, constitue "l'événement critique, qui a vraiment déclenché l'alarme" et qui semble être à l'origine de l'épidémie.

En effet, le virus se multiplie très rapidement dans l'organisme au point que le corps de ses victimes en contient de grandes quantités. La toilette du défunt et les rites funéraires traditionnels au Congo sont alors des occasions de propagation massive d'Ebola. 

Une seule nouvelle éventuellement porteuse d'espoir a été donnée par Peter Salama : cette résurgence serait très probablement provoquée par la souche Zaïre du virus. C'est une des plus mortelles, mais contre laquelle il existe un vaccin expérimental "sûr et efficace". Il vient d'être utilisé pour la première fois à une telle échelle pour enrayer l'épidémie qui vient de s'achever à l'Ouest de la RDC.

D'ailleurs, quelque 3.000 doses de vaccins se trouvent encore à Kinshasa. Selon Peter Salama la mobilisation sanitaire internationale pourrait à nouveau en mobiliser très rapidement des centaines de milliers. Mais encore faudrait-il pouvoir accéder aux populations concernées. 

Le caractère récent de la précédente épidémie apporte au moins une certaine réactivité à l'OMS qui avait maintenu des équipements et du personnel sur place. Ils sont transférés vers l'Est.  

Le ministère de la Santé a conseillé aux habitants du territoire de Beni, mais aussi à ceux des territoires voisins, de rester dans leur zone de santé pour ne pas propager la maladie et bénéficier d’une prise en charge. Chaque personne doit se laver les mains correctement et longuement, avec du savon puis si possible avec du gel hydro-alcoolique. Elle ne doit pas toucher un malade d’Ebola sans mettre de gants et ensuite toujours se laver les mains de la même manière. Il faut immédiatement alerter les équipes de santé si des signes tels qu'une fièvre longue et forte et une grande fatigue apparaissent. 

La dernière épidémie d'Ebola est survenue en mai dernier dans la province de l’Équateur. Trente-trois personnes y sont décédées sur 54 cas avérés. Le virus a été découvert pour la première fois en 1976, dans le nord du pays, à Yambuku.

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