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COVID-19 : Que penser du vaccin russe ?

La Russie a t-elle gagné la course au vaccin contre le coronavirus ? Pour Vladimir Poutine, c’est certain mais pour l’Organisation Mondiale de la Santé, l’élaboration d’un vaccin demande « des procédures rigoureuses » que le Kremlin n’a semble t-il pas totalement respecté.

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COVID-19 : Que penser du vaccin russe ?
Vladimir Poutine a annoncé que sa fille s'est fait inocculer le vaccin russe contre le coronavirus

COVID-19 : la course au vaccin

Derrière une cause noble, il peut aussi se cacher des enjeux politiques et financiers. C’est le cas du vaccin contre le coronavirus. La crise sanitaire est internationale et le COVID-19 a mis au pied du mur aussi bien les grandes que les petites puissances. 

Tous les regards sont aujourd’hui rivés vers les laboratoires. L’Organisation Mondiale de la Santé recense 19 candidats-vaccins évalués dans des essais cliniques sur l’homme à travers le monde. 

Quatre d’entre eux l’américain Moderna, le germano-américain Biontech Pfizer, le chinois Sinovec, l’Université d’Oxford ont déjà lancé des essais cliniques à grande échelle sur les humains. Certains promettent des vaccins avant 2021, alors que la Russie affirme avoir déjà trouvé un vaccin « efficace » sans même avoir rendu public de données scientifiques. 

Cette déclaration est-elle synonyme d’espoir ou simplement un effet d’annonce ? La question a été posée au Pr Anne-Claude Cremieux, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis, à Paris et au Pr Jean-François Saluzzo, virologue, expert auprès de l'OMS. 

La rédaction d’Allodoceurs.fr : Est-ce que l’annonce de ce premier vaccin russe est une abbération ?  

Pr Anne-Claude Cremieux : On ne peut pas dire cela. C’est un vaccin élaboré sur une technologique utilisée par d’autres laboratoires qui travaillent sur le coronavirus. A la différence des autres laboratoires, les russes n’ont divulgué ni résultats, ni publications. 

Pr Jean-François Saluzzo : Le vaccin choisi par les russes consiste à utiliser un adénovirus dans lequel on injecte le gène qui code le COVID-19. C’est une méthode très proche de celles des Anglais (NDLR l’université d’Oxford a noué un partenariat avec le laboratoire anglo-suédois AstraZeneca). 

La rédaction d’Allodoceurs.fr : On a le sentiment que les Russes ont brûlé les étapes. Est-ce le cas ? 

Pr Anne-Claude Cremieux : La procédure russe ne répond pas au standard de l’élaboration d’un vaccin. 

Pr Jean-François Saluzzo : Il y a trois phases à respecter pour élaborer un vaccin et obtenir l’agrément de l’OMS. Les russes ont décidé que la phase 1 suffisait (NDLR: vaccin testé sur un petit nombre de volontaires en bonne santé). Ils ont demandé l’enregistrement de leur vaccin (NDLR : Spoutnik V) à leurs autorités sanitaires. Ils peuvent donc entamer des campagnes de vaccination sur leur territoire. Si d’autres pays veulent utiliser le vaccin russe, c’est parfaitement possible. Ce sont les agences nationales qui décident, il n’y a pas d’interférences extérieures. En revanche, s’ils veulent mener des campagnes de vaccination en collaboration avec l’UNICEF par exemple, ils doivent passer par l’agrément de l’OMS. 

La rédaction d’Allodoceurs.fr : Peut-on parler de situation inédite dans l’histoire du vaccin ? 

Pr Anne-Claude Cremieux : La situation est inédite. On assiste à une course sanitaire et une course politique. Les Etats-Unis et la Russie sont des pays fortement touchés par le COVID-19. 

Pr Jean-François Saluzzo : La stratégie russe date de 50/70 ans. A cette époque, on développait un vaccin et on enchainait les campagnes de vaccination. Ça a été le cas pour la rougeole ou encore la rubéole. Il n’y avait pas de phase 3. Les premiers essais randomisés avec une phase 3 ont débuté en 1985 avec l’hépatite B. 

La rédaction d’Allodoceurs.fr : Faire l’impasse sur les étapes d’essais cliniques, n’est-ce pas risqué ? 

Pr Anne-Claude Cremieux : Les phases 2 et 3 permettent d’observer les réponses cellulaires et ceux des anticorps. Ce sont des phases importantes. C’est précisément à ces moments que l’on note les effets indésirables locaux comme des réactions cutanées et les effets généraux comme la fièvre. On relève aussi des effets plus sévères. 

Pr Jean-François Saluzzo : C’est au niveau des effets secondaires que les Russes prennent un risque. On ne sait pas si le vaccin est efficace mais surtout on ne sait rien de son innocuité. Après, la stratégie des Russes va être, je pense, d’observer de très près les résultats de l’Université d’Oxford. Ils développent le même vaccin sur le plan technologique donc s’il y a un risque énorme les Russes mettront fin à leur campagne de vaccination.

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