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Trump déclare l'urgence de santé publique contre les antidouleurs à base d'opiacés

Environ deux millions d’Américains sont dépendants aux opiacés, qui comprennent des drogues illicites et surtout des médicaments analgésiques délivrés sur ordonnance. Aux Etats-Unis, 60.000 personnes en sont mortes par overdose en 2016.

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Trump déclare l'urgence de santé publique contre les antidouleurs à base d'opiacés
20.000 personnes sont mortes d'overdose de fentanyl aux Etats-Unis en 2016 selon le New York Times.

"Nous pouvons être la génération qui met fin à la crise des opiacés." Entourés d’anciens toxicomanes, de parents de victimes d'overdoses et de médecins spécialisés, Donald Trump a voulu montrer qu’il prenait la mesure de la gravité de la crise de la dépendance aux opiacés. Il l’a élevée au rang d'"urgence de santé publique" et promis d'éradiquer des Etats-Unis ce fléau. Cette déclaration a été qualifiée "d'historique" par le directeur de la FDA, l'agence américaine des produits alimentaires et des médicaments.

"Cela prendra plusieurs années, même des décennies, pour débarrasser notre société de ce fléau", a reconnu le 45e Président des Etats-Unis, mais en "travaillant ensemble, nous allons vaincre la crise des opiacés". La catastrophe qui a poussé Donald Trump à réagir est davantage causée par la surpresciption de traitements antidouleurs que par une résurgence du trafic de drogues. On estime qu'environ deux millions d'Américains sont désormais dépendants aux opiacés, une catégorie de stupéfiants englobant des médicaments analgésiques délivrés sur ordonnance tels que l'oxycontin et le fentanyl, ainsi que l'héroïne, souvent mélangée à des substances de synthèse.

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Contrairement aux idées reçues, l'héroïne et la cocaïne provoquaient moins de la moitié des 60.000 morts d'overdose liés aux opiacés comptabilisées par le New York Times en 2016. Le fentanyl représente à lui seul, avec ses génériques, 20.000 décès, alors qu'il est délivré légalement. Un chiffre qui a plus que doublé par rapport à l'année précédente. Selon une commission spéciale créée par Donald Trump sur l'addiction et l'abus de ces stupéfiants, 142 Américains sont décédés chaque jour d'une surdose d'opiacés en 2015, soit davantage que l'addition du nombre de victimes d'accidents de la route et d'homicides par balle.

Les médecins et laboratoires dans le viseur de la justice

Face à cette courbe exponentielle, et à l'augmentation constante des morts liées aux autres médicaments et drogues, les autorités ont été forcées de réagir. En août, l'administration judiciaire avait annoncé qu'elle allait poursuivre les médecins et pharmaciens qui prescrivent et distribuent illégalement ces stupéfiants. Douze procureurs sillonnent depuis les Etats-Unis pour poursuivre les contrevenants.

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Le président américain a donc déclaré l'"urgence de santé publique d'ampleur nationale" après avoir initialement prévu cet été de déclarer un état d'"urgence nationale." Celle-ci aurait permis de débloquer des fonds fédéraux prévus en cas de désastres naturels. A l'inverse, la déclaration d'urgence de santé publique ne débloque aucun fonds supplémentaires d'administration fédérale. Mais celle-ci a promis de demander au Congrès d'augmenter l'enveloppe consacrée à cette crise...

Chute du titre boursier des fabricants d'opiacés

Dans l'immédiat, des moyens devraient être accordés à l'acompagnement des personnes souffrant d'une accoutumance aux opiacés pour les aider à rompre avec "le cycle de l'addiction et du chômage", selon les termes de la Maison Blanche. L'accès à cet accompagnement par télémédecine sera enfin facilité dans des zones rurales, les plus durement touchées par cette crise.

Au moment où le président américain déclarait l'urgence de santé publique jeudi, les actions de trois grandes entreprises américaines spécialisées dans le domaine ont chuté en Bourse: les titres de McKesson, d'AmerisourceBergen et de Cardinal Health ont terminé en baisse respectivement de 5,18%, 4,20% et 3,43%.

Et le même jour, traduisant la mobilisation nationale sur ce thème, la FDA a annoncé l'arrestation du milliardaire John Kapoor, fondateur du laboratoire pharmaceutique Insys, pour avoir "dirigé une conspiration nationale destinée à engranger des profits grâce à la distribution illégale d'un spray à base de Fentanyl, via des actes de corruption et de fraude". Son entreprise aurait payé 2 millions de dollars (1,7 million d'euros) de pots-de-vin en 2016 selon CBS News.

Avec AFP

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