Les histoires qui glacent le sang... figent-elles réellement le sang ?

Des chercheurs néerlandais ont essayé de confronter l’expression populaire aux faits biologiques. Leurs travaux montrent qu'un bon film d'horreur accroit le taux d'un des facteurs de coagulation... mais cette variation, isolée dans la longue cascade d'évènements conduisant à la coagulation, n'aboutit pas à la production des enzymes impliqués. De grands flots d'hémoglobine sur l'écran n'immobiliseront vraisemblablement pas votre propre sang dans vos veines.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le
Détail du tableau "Le Cri" (Skrik) d'Edvard Munch, 1893.
Détail du tableau "Le Cri" (Skrik) d'Edvard Munch, 1893.
Affiche du documentaire projeté aux volontaires de l'étude : "A year in champagne" (© Samuel Goldwyn Films, 2014)
Affiche du documentaire projeté aux volontaires de l'étude : "A year in champagne" (© Samuel Goldwyn Films, 2014)
Affiche du film d'épouvante projeté aux volontaires de l'étude : "Insidious" (© FilmDistrict, 2010)
Affiche du film d'épouvante projeté aux volontaires de l'étude : "Insidious" (© FilmDistrict, 2010)

Pour les fêtes de fin d'année, le très sérieux British Medical Journal (BMJ) ouvre traditionnellement ses colonnes à des articles facétieux et décalés. Le cru 2015 propose notamment une tentative de réponse à cette grave question : l'effroi fige-t-il le sang dans nos veines ?

La cascade d'évènements qui conduit à la coagulation est très complexe, et met en jeu de nombreux facteurs de coagulation et protéines. Les chercheurs ont recruté vingt-quatre volontaires âgés de moins de 30 ans. Ils ont mesuré les taux sanguin de quelques unes de ces molécules durant la projection d’un documentaire sur le vin et d'un film d'horreur (le film Insidious, sorti sur les écrans en 2010).

Les films ont été vus plus d'une semaine d'intervalle, au même moment de la journée et "dans un environnement confortable". L'ordre de visionnage a été choisi aléatoirement, dix personnes découvrant d'abord le documentaire, les quatorze autres le film d'horreur.

Aaaaaaaaaah !!!

Quinze minutes avant et après la séance, des échantillons sanguins ont donc été prélevés pour analyse. Les participants ont par ailleurs noté la peur ressentie sur une échelle de 0 à 10. De la demi-douzaine de variables mesurées (sur des dizaines potentiellement impliquées dans la coagulation), seule une semble avoir été influencée par l'effroi : le taux du facteur de coagulation VIII, dont les variations semblent correlées au type de film regardé.

"Les niveaux [de ce facteur de coagulation] ont augmenté dans le sang de douze participants pendant le film d'horreur, contre seulement dans trois pendant le film éducatif", détaillent les chercheurs. Les niveaux de ce même facteur ont en outre diminué "chez dix-huit volontaires durant le film éducatif, contre seulement neuf durant le film d’horreur".

Aucun autre taux mesuré n’ayant varié, aucune coagulation effective n’a toutefois pu survenir. La peur titillerait bien la chimie sanguine en cas de frousse, mais a priori sans conséquence physiologique perceptible. Cette observation va dans le sens d’études antérieures montrant que des injections d'adrénaline accroissent la production du facteur de coagulation VIII. La sécrétion de vasopressine pourrait également être en jeu.

Après s’être interrogé sur la déontologie de leur étude (qui ambitionnait tout de même de terroriser des jeunes gens innocents) et sur l'efficacité du protocole (auraient-ils dû choisir un film franchement gore ?), les chercheurs observent que l’intérêt clinique de leur travaux n’est, pour l’heure, pas "évident". Ils jugent toutefois que l'expression "glacer le sang" n'est pas totalement usurpée, même si seule une partie du processus de coagulation est mis en oeuvre. Ignorant si le phénomène pourrait avoir des conséquences sur la santé de sujets à risque, ils formulent la conclusion suivante :

Quand bien même ces vœux n’auraient pas d'arrière-plan scientifique très solide, l’équipe d’Allodocteurs.fr vous souhaite également de très joyeuses fêtes de fin d’année, débordantes d'émotions positives !

Source : Bloodcurling movies and measures of coagulation: fear. B. Nemeth et coll. BMJ, 14 décembre 2015 doi:10.1136/bmj.h6367