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Grande-Bretagne : bientôt trois parents pour un bébé

Les Anglais ont désormais accès à des fécondations in vitro issues de trois parents différents. Un vote a eu lieu le 3 février au Parlement britannique décidant d'autoriser cette technique, qui utilise l'ADN de trois personnes différentes, pour éviter la transmission de certaines maladies graves.

Rédigé le , mis à jour le

Entretien avec le Pr Michaël Grynberg, gynécologue-obstétricien

Le Royaume-Uni est devenu le 3 février le premier pays au monde à autoriser la conception de bébés à partir de l'ADN de trois parents. Les députés britanniques se sont prononcés en grande majorité pour la fécondation in vitro (FIV) avec remplacement mitochondrial. Une technique destinée à empêcher la transmission de certaines maladies graves. Cette technologie consiste à retirer de l'ovule de la mère la mitochondrie, qui est porteuse de maladies chez certaines femmes, pour la remplacer par une mitochondrie saine provenant d'une autre donneuse.

Qu'est-ce que l'ADN mitochondrial ?

L'ovocyte, la cellule sexuelle féminine, est composé d'un noyau qui referme le patrimoine génétique de la mère, mais aussi de mitochondries, ces petites usines qui servent à produire de l'énergie pour nos cellules. Ces mitochondries ne peuvent être transmises que par la mère et possèdent un patrimoine génétique (ADN) qui leur est propre. Les mitochondries défectueuses sont à l'origine de maladies graves et transmissibles de la mère à l'enfant.

Après avoir été fécondé par le sperme du père en laboratoire, l'ovule est implanté dans l'utérus de la mère. Le futur enfant sera alors porteur de toutes les caractéristiques génétiques de son père et de sa mère, mais pas des mitochondries responsables de maladies comme la myopathie ou le diabète. L'ADN mitochondrial ne représente que moins de 1% de la quantité totale d'ADN contenue dans une cellule humaine.

Eviter de graves maladies

"Des patientes portent des mutations de l'ADN mitochondrial, c'est-à-dire qu'une faute d'orthographe s'est glissée dans le génome de la mitochondrie. Et les femmes ont plus de 80% de risque de transmission de la mutation de l'ADN mitochondrial à leurs enfants, avec un risque très élevé d'avoir des enfants atteints", avait expliqué le Dr Julie Steffann, du laboratoire de génétique à l'hôpital Necker, au Magazine de la santé en juillet 2013. En retirant les mitochondries des ovules, les risques de transmissions de ces maladies seraient donc écartés, même si les conséquences à long terme de telles modifications sont mal connues.

Les mutations de l'ADN des mitochondries sont assez fréquentes. Selon des chiffres de 2013, au moment où le gouvernement britannique a approuvé ce procédé, environ un bébé sur 200 était porteur d'une mutation mitochondriale susceptible de provoquer, en passant de la mère à l'enfant, des problèmes neurologiques, musculaires ou cardiaques, de même que la surdité ou le diabète. Et un bébé sur 6.500 était gravement affecté, souffrant alors de maladies potentiellement mortelles et pour lesquelles il n'y a pas de remède.

Encore des réserves

Pour les défenseurs de cette technique, elle constitue une avancée majeure qui épargnera bien des souffrances aux enfants à naître et à leur famille. Mais pour ses opposants, cette technique irait trop loin en matière de modifications génétiques et pourrait, selon eux, aboutir à la sélection de bébés.

La modification de la loi sur l'embryologie et la fertilisation humaine, adoptée le 3 février, n'aboutira pas au traitement immédiat de toutes les femmes qui en feront la demande. Elles devront en effet se plier à l'autorisation de l'organisme britannique responsable en matière de bioéthique, le Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA).

 

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