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L'innumérisme, le mal des maths

Combien font 8 + 9 ? Une question simple, à laquelle est pourtant incapable de répondre une personne souffrant d'innumérisme. Ce handicap invisible trouve ses racines dans l'apprentissage des chiffres et laisse sur le carreau bon nombre d'enfants et d'adultes. Pourtant, des solutions simples et ludiques existent pour les réconcilier avec le calcul.

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L'innumérisme, le mal des maths
En CM2, 13% des élèves ont de grandes difficultés en maths (Image d'illustration) cc-Barande

"L'innumérisme est à la maîtrise des nombres, du raisonnement et du calcul ce qu'est l'illettrisme à la maîtrise de la langue", explique l'Éducation nationale en 2011. Ainsi, adultes et enfants souffrant de cette situation ne sont pas en capacité de manipuler les chiffres, même de façon quotidienne. Les ordres de grandeur par exemple, sont particulièrement affectés. "Si on demande à une personne souffrant d’innumérisme combien font 9 + 5, elle peut très bien répondre 23 ou 42, des nombres qui ne correspondent à aucune réalité", précise Marie-Christine Korniloff, présidente de l'Association pour la Prévention de l’Innumérisme en Ile-de-France (API en IDF). Rendre la monnaie, arriver à l’heure à un rendez-vous ou calculer les proportions pour faire un gâteau deviennent alors un parcours du combattant.

Innumérisme vs Dyscalculie

L'innumérisme ne doit pas être confondu avec la dyscalculie. Ce trouble du développement, tout comme la dyslexie, est durable et se manifeste par de grandes difficultés de calculs. Si ces causes restent floues, la dyscalculie ne s’explique pas par des problèmes intellectuels ou d’apprentissages.

Selon l’Inserm, entre 3% et 8% des élèves souffriraient de ce trouble.  

Contrairement à la dyscalculie (voir encadré), l’innumérisme n’est pas une maladie, ni même un trouble. "Les élèves dans ce cas ne relèvent le plus souvent d'aucune pathologie particulière", précise d'ailleurs l'Éducation nationale. À l’instar de l’illettrisme, cette situation peut être améliorée, par l’apprentissage notamment.

"En réalité, l’innumérisme se définit par l’incapacité à associer un chiffre à une image mentale", souligne Marie-Christine Korniloff. Si en règle générale, nous associons dès le plus jeune âge un chiffre à une quantité de billes ou de carottes par exemple, les personnes atteintes d’innumérismen n'y voient qu’un symbole abstrait, dénué de sens.

Des échecs d'apprentissage en jeu

Les conséquences de l'innumérisme sont multiples, à commencer par les difficultés scolaires. Selon l’Éducation nationale, 13% des élèves de CM2 ont de grandes difficultés en maths. Au total, près d'un collégien sur deux aurait des fragilités mathématiques. Et, comme souvent, ce sont les familles les plus défavorisées qui sont particulièrement vulnérables à l'innumérisme, entraînant alors décrochage scolaire, souffrances psychologiques et difficultés professionnelles. Néanmoins, "il reste difficile de chiffrer précisément le nombre de personnes en France atteintes d'innumérisme", précise Marie-Christine Korniloff.

Si à l'évidence il n'existe pas de "bosse des maths", d'où vient alors l'origine de l'innumérisme ? "La base de l'innumérisme est un problème d’éducation, d’apprentissage. Certains enfants vont presque automatiquement utiliser leurs mains pour compter quand d’autres non… Il faudra alors répéter plusieurs fois à ces derniers de compter sur leurs mains, pour qu’ils visualisent les chiffres", nous explique la présidente de l'API en Ile-de-France. Un apprentissage des maths trop abstrait et basé sur le "par cœur" pourrait être en cause.

Réapprendre les maths en s'amusant

"La lutte contre l’illettrisme et l’innumérisme constitue une priorité nationale", stipule le Code de l'éducation. La priorité pour se réconcilier avec les chiffres est de leur donner un sens, une valeur. Dès la maternelle, l’expérience, les sensations perçues, doivent se transformer en symbole. Tout comme nous associons les mots à des lettres... Les personnes en situation d’innumérisme doivent réapprendre à sentir la valeur concrète des mathématiques et des chiffres au quotidien : appliquée au temps, au volume ou encore au poids. En utilisant une balance, par exemple, elles pourront visualiser concrètement les ordres de grandeur. 

"L’important est de manipuler les chiffres de façon ludique pour en créer une image mentale, une logique simple et amusante", explique Marie-Christine Korniloff. L'Association pour la Prévention de l'Innumérisme (API) organise des ateliers, pour enfants et adultes, intégrant par exemple les bouliers. "En une vingtaine d’heures, les progrès sont déjà visibles", explique la présidente, attachée à partager sa passion pour les maths. Si l'API n’est présente qu’en Ile-de-France, il est également possible pour les parents ou les adultes souffrant d’innumérisme de se tourner vers des professeurs de mathématiques. À l’avenir, Marie-Christine Korniloff espère entamer des recherches sur l'innumérisme et sa prévention. 

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