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Covid : faut-il installer des purificateurs d’air dans les écoles ?

Dans quelle mesure les purificateurs d’air sont-ils efficaces pour limiter la propagation du virus dans les lieux clos ? Les réponses de deux spécialistes.

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Faut-il installer des purificateurs d’air pour se protéger du Covid ? A l'occasion de la rentrée des classes, plusieurs collectivités se sont interrogées sur la nécessité de s’équiper de ces dispositifs. 

A l'étranger, plusieurs pays ont décidé d’installer des purificateurs d’air dans leurs écoles : par exemple, le gouvernement allemand a annoncé le 29 août “un accord avec les Länder” pour financer l’achat de ces appareils pour les écoles et les crèches, rapporte LCI. 

Alors comment fonctionnent les purificateurs d’air, comment les utiliser et sont-ils efficaces contre les contaminations ? 

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Comment ça marche ?

Un purificateur d’air aspire l’air d’une pièce pour le faire passer à travers un filtre, puis le déverser dans la pièce à nouveau. L’efficacité de ces appareils dépend du type de filtre utilisé et de la rapidité avec laquelle il filtre l’air.  

Le Haut Conseil à la Santé Publique (HCSP) préconise d’utiliser des filtres HEPA 13 ou 14 : les autres types de filtres n’arrêtent pas le virus. 

“Il y a beaucoup de différences entre tous les purificateurs, sur la nature du traitement et la technologie utilisée. Pour le Covid, comme le virus se déplace sur une particule, on filtre les particules, car sans particule, pas de virus”, explique Stéphane Ortu, délégué général de l’Association pour la Prévention et l’étude de la contamination (Aspec) et spécialiste du traitement de l’air et des risques de contamination particulaire et microbiologique. 

Les purificateurs sont-ils efficaces ?

Puisqu’il existe tant de dispositifs différents, il n’est pas possible de donner une réponse unique et claire, selon Stéphane Ortu. “C’est toujours mieux que rien”, concède le spécialiste.  

Pour la Dre Corinne Depagne, pneumologue membre du collectif Du Côté de la Science, “il faut” installer des purificateurs. Mais attention, “Si on met un purificateur trop petit, avec les fenêtres et les portes fermées, ce ne sera pas efficace”, nuance la pneumologue.  

Toutefois, même s’il peut le réduire, un purificateur d’air ne suffit jamais à éliminer tout risque. “Même si le purificateur est adapté, il faut garder tous les gestes barrière et porter le masque”, ajoute-t-elle. 

Fenêtres ouvertes ou purificateurs ?

Selon Stéphane Ortu, d’autres paramètres doivent être pris en compte en plus du type de filtre : la puissance du moteur et la taille de la pièce. “Entre 2m3 et 50m3, il y a une grande différence”, explique ce spécialiste. Le fabricant calcule la masse d’air dans la pièce pour déterminer quelle puissance doit avoir le purificateur et comment l’installer. 

Toutefois, le délégué général de l’Aspec précise que si le local est ouvert, le purificateur n’est plus utile. “Soit on aère, soit on utilise le purificateur. L’aération, c’est une forme de purification”, explique-t-il.  

Selon la Dre Depagne, cela constitue une raison de plus d’installer des purificateurs : “Le renouvellement d’air le plus efficace, c’est d’ouvrir les fenêtres et les portes. Mais on sait qu’en hiver, les fenêtres ne seront pas assez ouvertes.” 

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Baisse des gestes barrières ?

Mais pour Stéphane Ortu, le purificateur peut à son tour poser problème. Déjà, sa simple présence peut rassurer au point de laisser tomber les gestes barrières. “Il faut conserver le masque ! Dans les hôpitaux, quand on a mis des purificateurs, on a vu que les gens l’enlevaient”, précise ce spécialiste. 

En outre, purifier l’air pourrait également avoir des conséquences néfastes. “Techniquement, on peut complètement aseptiser une école. Mais est-ce que ce n’est pas un risque supplémentaire ? L’enfant en ressort toujours, cela risque de fragiliser son système immunitaire”, interroge Mr Ortu. 

De plus, si le purificateur d’air ne fait qu’aspirer l’air, un autre danger peut apparaître. “Le virus reste dans la machine. Ce qui est efficace, c’est de faire de la rétention et de la destruction, donc détruire le virus une fois dans la machine. Mais du coup, le filtre peut devenir une source de contamination énorme si la destruction n’est pas faite”, alerte-t-il. 

Petits purificateurs : méfiance !

De plus, avec la pandémie, de très nombreux fabricants ont lancé de nouveaux purificateurs d’air sur le marché. “Certaines de ces technologies rejettent des composés chimiques très dangereux. Dans une étude de l’INRS, un purificateur produisait du gaz moutarde ! Et beaucoup de technologies produisent de l’ozone, qui peut brûler les poumons”, alerte Stéphane Ortu.

Ce spécialiste recommande donc de se méfier des petits purificateurs d’air qu’on trouve dans le commerce. “Il faut considérer l’évaluation technique. Des laboratoires accrédités permettent de recréer dans des conditions réelles une salle de classe et le mettre dans les vraies conditions.” 

M. Ortu propose qu’une étude soit menée dans une école pour comprendre exactement l’impact d’un purificateur d’air sur les contaminations. “Mesurons le taux de virus selon les âges, plaçons un purificateur d’air et observons ce qui se passe, ne serait-ce que pour la qualité de l’air”, suggère-t-il. Cela permettra d’établir un objectif quant à la quantité de virus dans l’air dans une classe.