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Etudiants et crise sanitaire : « Je veux pousser un cri d’alarme »

Après la tentative de suicide d’un étudiant de l’université Lyon 3 le 9 janvier, les étudiants partagent leur colère et leur désespoir sur les réseaux sociaux. 

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Etudiants et crise sanitaire : « Je veux pousser un cri d’alarme »
Si vous avez besoin de soutien psychologique, le numéro de Fil santé jeunes 0 800 235 236 peut vous orienter

Le 9 janvier, un étudiant s’est jeté du cinquième étage de sa résidence univseritaire de Lyon 3. Pour les étudiants, ce drame doit absolument attirer l’attention sur leur détresse en cette crise sanitaire.

« J’ai moi-même essayé de me suicider en novembre », raconte Titouan, 23 ans, qui étudie lui aussi à Lyon 3. « La tentative de suicide de cet étudiant m’a donc horrifié, mais pas surpris », poursuit cet étudiant qui prépare le Capes d’anglais.

De nombreux étudiants ont réagi sur Twitter à la suite de la défenestration de l’étudiant lyonnais :

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Les « derniers confinés »

Depuis le début de la crise sanitaire, « les étudiants sont les seuls à être restés complètement confinés. Cette situation dure beaucoup plus pour eux que pour toutes les autres catégories, qui ont repris ou vont reprendre bientôt », explique le Dr Dominique Monchablon, psychiatre de la Fondation Santé des Etudiants de France. 

« Quand on ferme l’ordinateur, il n’y a rien, c’est le vide, on a juste le silence de notre appartement », renchérit Titouan. Ils sont nombreux à critiquer la décision du gouvernement de garder les universités fermées :

Une tribune des étudiants de l’Université de Haute-Alsace, parue ce 12 janvier sur Rue89, appelle le Président de la République à prendre en considération la détresse psychologique des étudiants, les « derniers confinés ».

Une « précarité émotionnelle »

Selon Dominique Monchablon, le nombre d’étudiants atteints de troubles dépressifs, d’anxiété et d’idées suicidaires a été multiplié par deux depuis le premier confinement. Toutefois, le nombre de suicides effectifs a diminué. « Ce qui a été formidablement protecteur, c’est la solidarité familiale, amicale et sociale. Mais elle tend à s’effriter puisque toute la famille sauf eux reprend son activité », s’alarme la psychiatre. 

C’est cet isolement progressif qui a poussé Titouan à bout. « J’ai un concours en mars, c’est une pression intense. En temps normal, la vie sociale compenserait cette pression. Mais là, je tombe dans une ‘précarité émotionnelle’. J’ai la chance de ne pas la cumuler avec une précarité financière, mais quand on a les deux, on peut arriver à ce qui s’est passé avec cet étudiant. »

« Livrés à nous-mêmes » 

Les universités se sont fortement mobilisées pour accompagner leurs étudiants dans cette période difficile, selon le Dr Monchablon. Mais toujours d’après la psychiatre, « cette mobilisation ne suffit pas, d'autres leviers sanitaires doivent être mobilisés. »

De fait, les réponses apportées par son université ne paraissent « pas du tout adaptées », et même « très impersonnelles » à Titouan. « Nous sommes livrés à nous-mêmes. Ils sous-estiment le problème, presque volontairement. J’ai fait part de ma situation à mes professeurs par mail, mais ils font la sourde oreille. » Les étudiants sont nombreux à avoir la sensation que personne ne les écoute :

« La ministre de l’Enseignement Supérieur, Frédérique Vidal, a disparu. Jean Castex n’a pas mentionné les étudiants lors de sa dernière prise de parole  … S’ils nous mentionnaient seulement, s’ils parlaient de nous, mais là on nous ignore », regrette Titouan.

Améliorer les structures de soin

Pour Titouan, si rouvrir les universités n’est pas une option, il devient de plus en plus indispensable « d’augmenter les possibilités de suivi psychologique ». « J’aimerais aussi que ce soit accessible à tous, et pas seulement à ceux qui en ont le budget. » 

Une nécessité absolue, pour Dominique Monchablon : « Je veux pousser un cri d’alarme : les structures de soin étudiantes n’ont déjà pas les ressources pour les prendre en charge en temps normal. » Pour la psychiatre, il est urgent d’en renforcer les moyens et d’associer activement la psychiatrie générale à la prise en charge des étudiants, au moins jusqu'à l'été.

Selon le Dr Monchablon, il faut également recourir le plus possible aux consultations virtuelles pour rester accessibles à tous les étudiants, même ceux qui se sont confinés loin de leur université.

« Rester optimistes »

Malgré tout, Dominique Monchablon veut rester optimiste. Certes, les étudiants auront vécu une année difficile. « Mais ensuite, les vacances d’été vont arriver, et ils vont reconstituer leur santé mentale, leur vie sociale, et même leur vie amoureuse … », assure-t-elle.

En outre, la psychiatre espère que la crise sanitaire qui a porté « un coup de projecteur » sur la santé mentale des étudiants permettra de mieux prendre en charge cette problématique à l’avenir.

Si vous avez besoin de soutien psychologique, le numéro de Fil santé jeunes 0 800 235 236, gratuit et anonyme, peut vous orienter. Ce site du gouvernement regroupe également un grand nombre de services d'écoute qui peuvent vous aider.

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