Echocardiographie réalisée au sommet du Mont Blanc lors d'une précédente expédition menée par Samuel Vergès, le coordinateur du volet français de Manaslu 2015 (© Samuel Vergès)
Echocardiographie réalisée au sommet du Mont Blanc lors d'une précédente expédition menée par Samuel Vergès, le coordinateur du volet français de Manaslu 2015 (© Samuel Vergès)

Un trek scientifique pour étudier les effets de l'altitude

Pourquoi certaines personnes sont-elles plus susceptibles que d'autres de développer des pathologies, parfois graves, liées à l'altitude (mal aigu des montagnes, développement d'œdèmes...) ? Comment les aider à s'acclimater ? Afin de répondre à ces questions, des chercheurs de l'Inserm s'apprêtent à arpenter l'Himalaya en compagnie d'une cinquantaine de courageux volontaires. Samuel Vergès, coordinateur du projet, était l'invité du Magazine de la santé ce 18 mars, sur France 5.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Plus on monte en altitude, moins il y a d'oxygène. Certains voyageurs peu acclimatés peuvent rapidement souffrir de mal aigu des montagnes (maux de tête, fatigue, nausées, etc.), et parfois même développer des œdèmes, pulmonaires ou cérébraux (accumulation de liquide dans les poumons, fuites de liquide dans le cerveau, associés à d'importants troubles du comportement).

"Les formes aiguës surviennent […] de 6 heures à 4 jours après le début de l'exposition [ndlr : à une haute altitude]", précise-t-on à l'Inserm. Mais à des altitudes supérieures à 5.000 mètres, "des formes foudroyantes surviennent même après acclimatation". Une personne sur deux serait touchée par le mal aigu des montagnes au-delà de 4.000 mètres, trois sur quatre au-dessus de 5.000 mètres.

Est-il possible de prédire si l'on va, ou non, être victime de ces troubles ? Certains dispositifs peuvent-il aider à s'acclimater ?

Afin de répondre à ces interrogations, six chercheurs et médecins expérimentés, "ayant tous une expérience de la haute montagne et d'expéditions scientifiques de ce type", s'apprêtent à se joindre à "Manaslu 2015", une expédition scientifique internationale(1) au Népal, au cœur de l'Himalaya. Elle se déroulera du 21 mars au 26 avril 2015.

L'apnée du sommeil, symptôme d'une bonne acclimatation ?

Deux projets seront menés de front par les chercheurs français.

Le premier consiste à tester, sur le terrain, un masque élaboré par une équipe grenobloise, susceptible d'éviter l'apparition du mal aigu des montagnes, voire de le traiter. Cet appareil force l'expiration, pour augmenter les échanges d'oxygène avec le milieu extérieur.

Le second projet est étroitement lié au premier. Il s'agira de comparer les effets de l'altitude sur les fonctions cérébrales et cardiaques de cinquante volontaires, qui se sont préalablement soumis à une batterie de tests "au niveau de la mer" en février. Les scientifiques s'intéresseront également aux liens entre altitude et altérations du sommeil.

"L'altitude est connue pour profondément perturber le sommeil et provoquer des apnées du sommeil", détaillent les chercheurs. "Le développement de ces troubles s'accompagne […] d'une diminution de l'efficacité du sommeil, d'une augmentation du temps d'endormissement, d'une diminution de la durée des phases de sommeil profond ainsi que d'une augmentation importante des éveils [pendant le sommeil]". Mais les chercheurs soupçonnent que ces apnées centrales témoignent... d'une bonne adaptation de l'organisme à l'altitude. Ce résultat, suggéré par des simulations en laboratoire, n'a jamais été confirmé sur le terrain.

Les chercheurs précisent que l'étude des effets du manque d'oxygène sur des organismes sains en haute altitude "doit [également] permettre de mieux comprendre les conséquences du manque d'oxygène chez certains patients « en plaine », par exemple atteints de pathologies respiratoires".

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(1) Quatre autres recherches seront menées parallèlement par des équipes britanniques et australiennes : "Comment faire face au stress pour les travailleurs en altitude" (Australie/Royaume-Uni), "Influence de la préparation physique et mentale sur le succès d'une expédition en haute altitude" (Royaume-Uni), "Perturbation de la fréquence cardiaque comme indicateur du mal aigu des montagnes ?" (Royaume-Uni), "Impact des treks sur la santé des personnels Népalais employés pour accompagner les expéditions" (Royaume-Uni).

 

Les internautes pourront suivre cette expédition sur les réseaux sociaux grâce au hashtag #scienceausommet. Des photos et des vidéos doivent être postées quotidiennement sur le compte Twitter de l'Inserm (@Insermlive) et sur la page Facebook de l'Institut.