Quand les généralistes font des erreurs

Quand les généralistes font des erreurs

L'Institut de Veille Sanitaire (InVS) publie aujourd'hui le premier rapport sur les "événements indésirables associés aux soins" (EIAS) chez les généralistes en France. Les résultats présentés apparaissent proches de ceux de quelques études similaires menées en Australie ou aux Pays-Bas.

La rédaction d'AlloDocteurs
La rédaction d'AlloDocteurs
Rédigé le

L'erreur est humaine, les médecins généralistes (et le personnel de leur cabinet) sont humains donc - c'est implacable - ils commettent parfois des erreurs.

Erreur dans la prise d'un rendez-vous, confusion dans la rédaction d'une prescription, identification erronée d'un patient, diagnostic incorrect... Tantôt anodins, tantôt bien plus préoccupants, ces évènements sont-ils l'exception, ou la règle ?

Pour estimer la fréquence réelle de ces évènements chez ces praticiens, le ministère de la Santé a commandé en 2013 une étude épidémiologique à l'InVS(1), sur le modèle d'enquêtes antérieures sur les erreurs médicales en milieu hospitalier.

Evénements indésirables évitables

Dans le cadre de l'étude ESPRIT, 127 médecins généralistes ont rapporté par questionnaire le détail de 12.348 actes médicaux(2), réalisés durant une semaine type. Sur la base de ces déclarations, les experts de l'InVS ont pu dresser un premier tableau français de ces "événements indésirables associés aux soins" (EIAS).

Après analyse, 475 EIAS ont été validés par les chercheurs, 317 EIAS étant considérés comme "évitables", soit 26 pour 1.000 actes (un peu moins de 3%).

Ces EIAS évitables étaient principalement en rapport avec des problèmes d'organisation du cabinet (42%) ou du parcours de soins (21%).

Si 77% des EIAS évitables n'ont eu aucune conséquence clinique sur le patients, ils ont entraînés une incapacité temporaire dans 21% des cas (soit 5 pour 1.000 actes). L'InVS note que 2% des EIAS étaient des événements indésirables graves (5 pour 10.000 actes)(3).

Erreurs au cours de la procédure de soins

Une première classe d'EIAS concerne les problèmes concernant de procédure de soins (78,2% des EIAS). Elle regroupe les erreurs de coordination dans le système de soins (23,8%), celle liées aux examens complémentaires (12,2%), les erreurs liées aux traitements médicamenteux (prescription, délivrance, automédication et autres effets secondaires des médicaments - 19,2%) et non médicamenteux (4,7%) et, enfin, les problèmes de communication avec le patient, l'hôpital ou les autres soignants (18,3%).

La seconde grande catégorie d'EIAS concerne les défauts de connaissance, de compétence des médecins (21,8% des EIAS). Un cinquième d'entre eux concerne des erreurs de diagnostic, les quatre cinquième restant des erreurs de "gestion de soins" (traitement médicamenteux, non médicamenteux, actes).

"Les résultats de cette première estimation française sont proches de ceux d'autres pays", note l'InVS, renvoyant aux rares enquêtes de ce type menées au Danemark ou en Australie.

Les auteurs du compte-rendu final ont annoncé qu'un groupe de travail national piloté par le ministère "[doit tirer] les enseignements de ces résultats en termes d'actions de prévention, de préconisations et d'études complémentaires dans le cadre du Programme national pour la sécurité des patients."

A noter que 43% des EIAS rapportés par les médecins ont été identifiés par les patients eux-mêmes ou par leur entourage, ce résultat soulignant "la nécessité d'impliquer le patient dans la sécurité de ses soins".

Source : Étude épidémiologique en soins primaires sur les événements indésirables associés aux soins en France (Esprit 2013). P.Michel et coll. Bull Epidémiol Hebd. 2014; (24-25):410-6.

-----

(1) Etude réalisée par le Comité de coordination de la qualité en Aquitaine.

(2) L'InVS note que les effets indésirables médicamenteux, définis comme "une réaction nocive et non voulue se produisant aux posologies normalement utilisées" (et donc "non évitables", par définition) ont été exclus de l'analyse, leur recueil par les médecins n'ayant pu être exhaustif.

(3) Les auteurs de l'étude rappellent que ces conséquences graves dont il est ici question sont rapportées comme "associées" à un EIAS, "ce qui signifie qu'elles n'en sont pas nécessairement la cause unique et directe". Le seul EIAS de l'étude associé à un décès "est survenu en établissement de santé, chez un patient de 87 ans insuffisant cardiaque, à la suite d'une hospitalisation dans l'urgence, alors qu'un avis spécialisé en ambulatoire n'avait pas pu être obtenu en raison des délais de rendez-vous." Le délai a pu contribuer au décès, mais n'en a pas été la cause unique et directe.

Pour son étude, l'InVS a défini un EIAS comme un "événement ou circonstance associé aux soins qui aurait pu entraîner ou a entraîné une atteinte pour un patient, et dont on souhaite qu'il ne se reproduise pas de nouveau".