Un nouvel espoir pour traiter la myopathie de Duchenne

Pour la première fois, des chercheurs ont réussi à régénérer les muscles de chiens atteints de la myopathie de Duchenne. Une grande avancée et un espoir pour les 2.500 malades touchés par cette pathologie incurable, mise en lumière chaque année par le Téléthon.

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Entretien avec France Pietri, chercheur à l'Institut de myologie-CNRS/Paris

"Une première mondiale dans le traitement de la myopathie". Les mots de Carole Le Guiner, interrogée par France Info le 10 novembre, sont forts. Avec son équipe du laboratoire Atlantic Genes Therapies de Nantes, elle a réussi à redonner vie à des muscles de chiens atteints de la myopathie de Duchenne. Une maladie génétique qui provoque une dégénérescence des muscles.

Schéma explicatif du saut d'exon. Source : Institut de biothérapie

Dans cette maladie, une anomalie génétique empêche la synthèse d'une protéine essentielle au développement des fibres musculaires : la dystrophine. C'est sur cette partie déficiente du gène, appelée exon, que travaille depuis de nombreuses années l'équipe de recherche.

Supprimer une partie du gène pour redonner vie aux muscles

Le technique paraît simple : supprimer l'exon d'ADN délétère pour réenclencher la production de dystrophine. Une sorte de microchirurgie du gène, connue sous le nom de "saut d'exon". Pour réparer le gène, les chercheurs ont inséré un petite séquence d'ADN spécifique qui coupe l'exon, dans les pattes arrières de 18 chiens. Inoculé à l'aide d'un vecteur viral extrêmement efficace, le "gène médicament" répare le génome en supprimant sa partie défectueuse. Résultat : la dystrophine a pu, pour la première fois, être créée par l'organisme du chien malade !

Suivis pendant plus de trois mois, ces chiens ont spontanément exprimé la protéine dans 80% de leurs cellules musculaires. Un taux significatif, quand on sait qu'il suffit de la moitié (40%) pour retrouver une bonne force musculaire... D'autre part, une seule injection a été nécessaire pour induire une production de dystrophine pendant trois mois.

Bientôt un essai lancé chez l'homme

Si ces premiers résultats sont source d'espoir pour les malades, il faudra cependant déterminer s'ils sont extrapolables chez l'homme. Selon Caroline Le Guiner, une étude clinique sera menée sur des malades d'ici un an. Si les résultats s'avèrent positifs, ces chercheurs disposeront alors d'une arme redoutable contre cette maladie, jusqu'alors aujourd'hui incurable. La myopathie de Duchenne, qui touche à 99,9% des hommes (1), peut avoir des conséquences très invalidantes : fragilité osseuse, difficultés d'apprentissage, troubles émotionnels, incontinence ou encore problèmes nutritionnels.

Financée par les dons du Téléthon, l'étude est le fruit de sept ans de recherche et de la collaboration de cinq centres : le laboratoire Généthon, l'Institut de Myologie, l'Atlantic Genes Therapies de Nantes, l'INRA UMR 703 et le laboratoire ONIRIS. Ces résultats sont dévoilés moins d'un mois avant la diffusion du Téléthon.

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(1) Un garçon sur 3.500 naît avec la myopathie de Duchenne selon l'Inserm.