Myopathie : découverte d'un nouveau gène au CHU de Nantes

Un nouveau gène, FAM111B, vient d'être identifié par l'équipe du service de génétique médicale du CHU de Nantes. Ce gène est responsable d'un syndrome rare, la poïkilodermie héréditaire fibrosante, associant une atteinte cutanée, musculaire et pulmonaire. Le Dr Sandra Mercier, généticienne et responsable de l'étude, a pris le temps de répondre à nos questions.

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Maladie rare : découverte du gène défaillant

L'équipe du service de génétique médicale du CHU de Nantes sous la responsabilité du Pr Stéphane Bézieau, chef de service, a mis en évidence une mutation d'un nouveau gène, le gène FAM111B, par technique de "séquençage d'exome complet". L'étude publiée le 21 novembre 2013 dans l'American Journal of Human Genetics, s'est faite à l'initiative du Dr Sandra Mercier, qui a suivi un patient de 7 ans, atteint d'une poïkilodermie héréditaire fibrosante, syndrome génétique jusque-là inconnu.

Un gène est un fragment d'ADN qui comprend la séquence codant pour une protéine. Les protéines sont des éléments essentiels de la vie de la cellule en jouant des rôles variables. La structure des protéines est complexe et influe sur le rôle qu'elles jouent dans la vie de la cellule.

Une mutation d'un gène modifie la protéine pour laquelle il code et influe sur son action.

Les mutations génétiques peuvent parfois passer inaperçues mais peuvent aussi être responsables de symptômes majeurs.

  • Que connaît-on à l'heure actuelle de la poïkilodermie héréditaire fibrosante ?

Dr Mercier : "La poïkilodermie héréditaire fibrosante se manifeste par une poïkilodermie congénitale* (atteinte cutanée), des signes de myopathie avec rétractions tendineuses et une fibrose pulmonaire. L'atteinte cutanée apparaît dès les premiers mois de vie et se situe au premier plan. La fibrose pulmonaire apparaît plutôt à la deuxième ou troisième décennie. Les rétractions musculaires se voient plus fréquemment au niveau des membres inférieurs avec rétractions des tendons d'Achille, responsables de déformations des pieds, nécessitant parfois une intervention chirurgicale. Elles sont souvent associées à un déficit moteur.

"En 2006, l'équipe de chercheurs Sud-Africains avec qui nous collaborons, a décrit ce "nouveau" syndrome chez cinq patients d'une même famille (sur 2 générations successives). Ce cas familiaux était un argument fort pour dire que la transmission se fait sur un mode autosomique dominant, c'est-à-dire, que le patient qui est atteint, a un risque sur deux de transmettre la maladie à sa descendance.

"Le patient, âgé de 8 ans maintenant, suivi à la consultation multidisciplinaire neuromusculaire et en dermatologie (Dr Sébastien Barbarot), présente le même syndrome que celui décrit par l'équipe sud-africaine. Il s'agit d'un cas sporadique (indépendant) car ses parents sont complètement asymptomatiques.

"Etant donné que nous ne connaissons pas pour l'instant la fonction de la protéine qui implique ce gène, on ne peut pas encore proposer de traitements curatifs qui éradiqueraient complètement la maladie. On ne peut se contenter pour le moment que de traitements symptomatiques. "

  • En quoi consiste l'analyse génétique ?

Dr Mercier : " Une étude génétique réalisée chez ce patient et ses parents a permis à notre équipe, grâce à l'analyse du Dr Sébastien Küry, d'identifier une mutation dans ce nouveau gène codant pour une protéine inconnue. L'équipe sud-africaine a confirmé que les patients ayant ce même syndrome étaient également porteurs d'une mutation dans ce même gène. Dans le cadre de cette étude, six autres cas de poïkilodermie héréditaire fibrosante ont été diagnostiqués avec des mutations génétiques très similaires.

"En effet, ces mutations sont localisées au même endroit dans la protéine pour l’ensemble des patients. Cela permet d'expliquer avec certitude l'implication des mutations de ce gène dans le développement de ce syndrome, même si nous ne connaissons pas encore la fonctionnalité de la protéine. "

  • Quels intérêts découlent de la découverte de ce gène ?

Dr Mercier : "D'une part, la découverte de cette mutation génétique sera utile pour le conseil génétique, afin d'expliquer au patient le risque de transmission de ce syndrome à sa descendance. D'autre part, cela nous permettra, par les études fonctionnelles qui sont en cours, d'établir les mécanismes physiopathologiques à l'origine de cette maladie et d'envisager d'éventuels traitements.

"Enfin, nous pourrons proposer une étude génétique aux patients atteints de poïkilodermie héréditaire fibrosante, en recherchant directement une mutation dans ce gène FAM111B."

*poikilodermie congénitale: atteinte cutanée qui touche principalement le visage et les zones exposées au soleil.

 

Source : Mutations in FAM111B Cause Hereditary Fibrosing Poikiloderma with Tendon Contracture, Myopathy, and Pulmonary Fibrosis, Mercier et al., The American Journal of Human Genetics (2013)