La cirrhose pourrait bientôt être dépistée dans les selles

Des chercheurs de l'INRA ont mis au point un test de détection de la cirrhose du foie par l'analyse des selles. Ils ont identifié des particularités dans le microbiote intestinal des personnes atteintes de cette maladie. Ce test facile à réaliser pourrait être une alternative intéressante à la biopsie du foie, méthode diagnostique actuelle invasive et contraignante. 

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La cirrhose pourrait bientôt être dépistée dans les selles
La cirrhose pourrait bientôt être dépistée dans les selles

En France, la cirrhose du foie touche environ 700.000 personnes. On compte chaque année près de 200 nouveaux cas par million d'habitants. Cette affection grave du foie peut conduire à un cancer, voire à un arrêt du fonctionnement du foie nécessitant une greffe. Aujourd'hui, le diagnostic de la maladie se fait essentiellement à l'aide d'une biopsie du foie. Une méthode qui s'avère contraignante car elle est invasive et nécessite l'hospitalisation du patient. celle-ci peut enfin être contre-indiqué chez certains patients souffrant d'hémorragie ou d'ascite (épanchement de liquide dans l'abdomen)

Microbiote intestinal : un formidable vivier

Le microbiote intestinal, aussi appelé "flore intestinale", correspond à l'ensemble des micro-organismes qui se trouvent dans le tube digestif. D'une richesse étonnante, il comporterait environ 100.000 milliards de bactéries, habituellement non pathogènes. Celles-ci exercent différents rôles notamment au niveau de la digestion des aliments mais aussi dans le renouvellement de la paroi intestinale ou en tant que barrière contre les bactéries pathogènes.

La perturbation de l'équilibre de la flore bactérienne, envahie par des bactéries qui lui sont normalement étrangères, peut être le signe de différentes atteintes telles que la cirrhose, les cancers colorectaux, ou la maladie de Crohn.

De nombreux travaux se penchent à l'heure actuelle sur ce vivier bactérien dont l'impact sur de nombreuses fonctions physiologiques pourrait jouer un rôle majeur dans la médecine de demain.

Mais ce diagnostic pourrait bientôt être nettement simplifié, grâce aux travaux d'une équipe de chercheurs de l'INRA, spécialisé dans le microbiote intestinal.

Bactéries rares

En collaboration avec des équipes chinoises, les scientifiques du pôle MetaGenopolis de l'INRA ont cherché à caractériser les bactéries de l'intestin chez 250 individus chinois, dont la moitié était atteinte d'une cirrhose du foie et l'autre saine. Pour cela, ils ont analysé l'ensemble des gènes des bactéries de l'intestin. Leur analyse a permis de déterminer que 75.000 gènes étaient très différemment répartis entre les personnes cirrhotiques et saines. En raccrochant ces données génétiques aux populations bactériennes qu'elles caractérisaient, les chercheurs ont constaté que 28 espèces de bactéries étaient plus abondantes chez les cirrhotiques.

Une majorité de ces bactéries, rares dans l'intestin des personnes saines, était en réalité des bactéries commensales de la bouche. La localisation de ces bactéries peu pathogènes qui se nourrissent des déchets se trouvant à la surface de la muqueuse buccale se limite généralement à la bouche chez les personnes saines. L'équipe du docteur Stanislas Dusko-Ehrlich, émet l'hypothèse que cette migration anormale soit la cause du dysfonctionnement de la production de bile par le foie limitée par la cirrhose. En effet la bile joue habituellement le rôle de barrière, en détruisant les bactéries pathogènes qui descendent le long du tube digestif au niveau du duodénum (partie initiale des intestins).

Test fiable et non invasif

Fort de cette découverte, les scientifiques sont parvenus à mettre au point un test, à partir des selles du patient, où sept espèces de bactéries signant la présence d'une cirrhose sont recherchées. Un outil simple d'utilisation car non invasif et fiable à plus que 90% selon les chercheurs de l'INRA. Leurs résultats, publiés le 23 juillet dans la revue Nature, montrent également une corrélation entre le taux de ces bactéries buccales dans l'intestin et la sévérité de la maladie. À terme, ce test pourrait donc non seulement permettre d'identifier les personnes atteintes, mais aussi de déterminer le stade d'avancement de la maladie.

Afin de confirmer ces résultats obtenus sur des patients chinois, les chercheurs de l'INRA souhaitent reproduire dans un second temps ces travaux en France afin de s'assurer que le microbiote des malades français est comparable à celui de leurs homologues chinois.

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