Embargo cellulaire pour affamer les lymphomes

En cherchant le moyen de transporter un traitement chimique au plus près de cellules cancéreuses, deux chercheurs ont malgré eux réalisé un veritable embargo cellulaire, interrompant le ravitaillement de leur cible... au point de la faire mourir de faim.

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Embargo cellulaire pour affamer les lymphomes
Embargo cellulaire pour affamer les lymphomes

Le cholestérol est transporté dans le corps humain par différents types de protéines, distinguées en fonction de leur densité. Les transporteurs HDL (pour high density lipoprotein), les plus denses, assurent le transport du cholestérol vers le foie, pour son élimination.

Un lymphome est un type de cancer qui touche des cellules présentes dans le système lymphatique. Ce système est composé de la moelle osseuse, de ganglions et d'un ensemble de vaisseaux qui assurent le drainage des nutriments, des déchets mais également la circulation des agents qui assurent l'immunité (globules blancs, anticorps).

Les lymphocytes B sont les globules qui fabriquent les anticorps. Dans leur forme cancéreuse, elles se multiplient de façon anarchique et s'accumulent pour former des tumeurs. Se déclarant dans les organes de filtration du système lymphatique, ces tumeurs se répartissent par suite dans tout ce réseau. Ce lymphome des cellules B est le plus fréquent des lymphomes.

Depuis de nombreuses années, des chercheurs de l'Université Feinberg travaillent à la production artificielle d'une molécule inspirée des HDL, capable de nettoyer le cholestérol qui s'accumule au niveau du cœur. En 2010, l'équipe du professeur Thaxton avait franchi un cap important dans cette quête, en synthétisant une protéine analogue au HDL parfaitement supportée par les organismes vivants.

Mais ces recherches attirèrent rapidement l'intérêt d'un chercheur en cancérologie, le professeur Gordon. Des recherches récentes avaient en effet identifié que les HDL - et le cholestérol qu'ils convoient - constituaient l'une des ressources privilégiées de la croissance de certains types de cancer, les lymphomes de type B (voir encadré). La chute du taux de HDL de l'organisme, due à leur accaparation par les lymphomes, est d'ailleurs symptomatique de la maladie.

Gordon a donc suggéré à Thaxton que ses recherches pourraient être utiles pour mieux cibler les chimiothérapies. La pseudo-HDL pouvait, selon lui, devenir le porteur des molécules utilisées dans le traitement de ces cancers. Une phase de test a rapidement été planifiée, sur des souris atteintes de lymphomes, pour observer si ces cellules se laissaient réellement leurrer par la molécule déjà inventée par Thaxton.

En observant les premiers résultats, les deux scientifiques eurent peine à dissimuler leur incompréhension… En présence du faux transporteur, les lymphomes se mettaient à régresser. Ce, sans même convoyer le moindre médicament !

Au terme de plusieurs analyses minutieuses, Thaxton et Gordon, sous la supervision du professeur Shuo Yang, ont réalisé que la fausse HDL était captée par des récepteurs de surface des cellules cancéreuses - comme la HDL normale - mais ne parvenait pas à être incorporées. Les récepteurs se bouchant peu à peu, le lymphome ne parvient plus à incorporer en quantité suffisante le cholestérol dont il a besoin pour prospérer.

Mais il y a mieux : pour assurer la neutralité biologique de son HDL artificielle, Thaxton avait incorporé en son cœur une chaine moléculaire constituée d'or. Or, ce matériau se révèle capable d'attirer vers l'extérieur de la cellule le cholestérol que précédemment incorporé !

Le régime est on ne peut plus drastique... et le lymphome, bientôt, meurt littéralement de faim.

Les chercheurs ont par suite observé que les cellules non cancéreuses du système lymphatique étaient indifférentes au HDL artificiel. Leur molécule pourrait donc, dans les prochaines années, être soumise à des tests d'innocuité biologique et d'efficacité sur les lymphomes des cellules B humaines. Leur découverte pourrait offrir une alternative radicale aux chimiothérapies aujourd'hui nécessaires pour traiter ce type de cancer.

Source : "Biomimetic, synthetic HDL nanostructures for lymphoma", Yang, Gordon, Thaxton et al., PNAS January 23,