Don de gamètes : le choix de lever l'anonymat ?

La levée de l'anonymat était prévue dans le projet de loi sur la révision des lois de bioéthique. Est-ce toujours le cas ? Pourquoi ne pas laisser le choix aux donneurs de lever ou ne pas lever le secret de leur identité ?

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Don de gamètes : le choix de lever l'anonymat ?

Les réponses avec le Dr Jean-Marie Kunstmann, directeur du CECOS de l'hôpital Cochin et le Dr Sylve Epelboin, gynécologue-obstétricienne à l'hôpital Bichat Claude Bernard (AP-HP) :

"Le groupe spécialisé dans ces questions éthiques à l'Assemblée nationale s'était prononcé dernièrement plutôt en faveur du maintien de l'anonymat. Donc je ne sais pas ce qu'il va advenir du vote définitif prochainement mais il semble qu'aujourd'hui effectivement, alors qu'il y a un an ou deux, il semblait qu'on s'acheminait vers un possible anonymat, il y a un recul dans ce sens-là.

"Nous qui sommes confrontés, à la fois aux couples qui sont en demande d'un tel projet et aux donneurs qui donnent leurs gamètes, manifestement pour ces hommes et ces femmes, les donneurs nous disent qu'ils nous donnent avant tout des cellules, qui certes ne sont pas comparables à des globules rouges mais néanmoins des cellules qui pourraient relever de la solidarité, qui pourraient circuler et donc aider d'autres hommes ou femmes à devenir parents comme eux ont eu cette chance. Donc c'est une espèce de contre-don. Ils nous disent qu'ils ont envie de faire un don dépersonnalisé, ils n'ont pas envie de s'investir en responsabilité dans le devenir de ces enfants.

"Dans le projet de loi qui était prévu, c'était finalement permettre à des enfants de demander la levée de l'anonymat sous réserve que le donneur accepte. Donc les donneurs qui se présentaient étaient tous assez interrogatifs, je leur disais qu'on ne peut pas faire sans eux, qu'on sera obligé de les solliciter. La plupart disaient qu'ils n'avaient pas envie d'être dans la situation d'être interrogé parce qu'il y a quelqu'un qui est à l'origine de la demande. Ils se sentent dans une situation de culpabilité alors que ce n'est pas dans cet état d'esprit qu'ils le font. Ce n'est pas simple.

"Il était prévu qu'ils puissent répondre au moment où il y a un enfant qui solliciterait la demande. Il y a donc une situation d'inégalité aussi par rapport au fait que des enfants auraient attendu l'âge de 18 ans en se disant peut-être pendant cinq ou dix ans qu'ils vont enfin savoir et au dernier moment seraient déçus parce que le donneur répondrait non.

"Je pense qu'il n'y a pas vraiment de réponses rigides dans un sens ou dans l'autre. Je vois surtout les parents et les femmes lorsqu'elles sont enceintes après don d'ovules ou de spermatozoïdes. Ce qui me semble très important dans le débat à l'heure actuelle, c'est de savoir qui est au cœur du questionnement, c'est-à-dire qu'on entend le témoignage d'enfants devenus grands qui cherchent à connaître leurs origines. On dit toujours que qui n'a pas de passé, n'a pas d'avenir mais on envisage moins de s'interroger sur l'ensemble des protagonistes, sur les parents qui ont élevé l'enfant et ce qu'ils en pensent eux, et les donneurs. Honnêtement quand on suit ces grossesses-là, c'est vrai qu'une somme d'expériences montrent que les gens veulent rester à leur place de parents ou de donneurs mais qu'il n'y ait pas ensuite de bouleversement dans leur vie."

En savoir plus :

Questions/réponses :

  • Quel est l'état de conscience des donneurs ? Sont-ils actuellement responsabilisés dans leur don ?
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  • Comment cela se passe-t-il dans les pays où on a levé l'anonymat ? Les donneurs sont-ils sollicités ?
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  • Mes enfants sont nés d'un don de gamètes. J'ai donné des ovocytes. Tous ces enfants risquent-ils de se retrouver un jour ?
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  • Si ma sœur est stérile, je ne pourrai pas lui donner d'ovules ? Cela aurait permis d'avoir un enfant qui lui ressemble, avec des gènes identiques.
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  • Je compte faire un don d'ovocytes dans l'anonymat. Peut-on quand même savoir si ça a aidé quelqu'un ?
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* Les réponses avec le Dr Jean-Marie Kunstmann, directeur du CECOS de l'hôpital Cochin et le Dr Sylve Epelboin, gynécologue-obstétricienne à l'hôpital Bichat Claude Bernard (AP-HP)