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Médicaments antidouleur : mode d'emploi

De nombreuses idées reçues circulent dans le domaine de la santé, et particulièrement sur les médicaments. L'une d'entre elles concerne les antidouleurs dont il faudrait retarder la prise pour ne pas s'y habituer. D'où vient cette idée ? Quels sont les médicaments utiles contre la douleur ? Quelles sont les posologies ? Les explications avec le Pr Alain Astier, pharmacien hospitalier.

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Médicaments antidouleur : mode d'emploi - Image : Fotolia.jpg

Certaines de ces idées reçues sur les médicaments posent problème. Une idée reçue est souvent une opinion qui semble simple, frappée de bon sens, souvent caricaturale, mais que l'on admet facilement car elle semble évidente. Il n'est pas nécessaire de la démontrer. On considère souvent que ce type d'idée est fausse et qu'il faut s'y opposer : combattons les idées reçues ! Mais cela n'est pas toujours simple, notamment avec les médicaments.

Si de nombreuses idées reçues dans ce domaine sont franchement fausses, d'autres sont vraies et certaines partiellement fausses ou partiellement vraies. Une idée fausse et dangereuse circule sur les médicaments antidouleur. Selon cette idée, il faudrait "éviter le plus possible de prendre des médicaments contre la douleur car on risque de s'y habituer".

Lutter contre la douleur

Cette idée est basée sur une mauvaise interprétation de la douleur qui est considérée dans notre société judéo-chrétienne comme une part normale de la vie, qu'il faut accepter. On souffre sur Terre pour accéder plus tard au ciel, à la félicité. Pour certains, il s'agit même d'une épreuve rédemptrice, indispensable (autoflagellation, par exemple). C'est même une punition, le fameux "Tu enfanteras dans la souffrance". Cela est bien sûr inacceptable car le but de la médecine est de soigner, de guérir, de soulager.

La douleur est naturelle car elle est très utile pour prévenir d'un danger. Par exemple, si on met sa main sur une plaque chaude, on va immédiatement la retirer car la brûlure est très douloureuse. Elle sert à prévenir. Si on ne ressentait pas de douleur, par exemple parce que l'on est anesthésié, notre main serait très profondément brûlée, voire détruite.

Mais, dans la majorité des cas, la douleur est inutile et il faut la combattre. Souffrir n'a rien à voir avec la morale. Nous pouvons aujourd'hui la combattre dans la quasi-totalité des situations, grâce notamment - mais pas uniquement - aux médicaments. Il ne faut donc pas s'en priver. Il n'existe aucune justification à ne pas soulager.

Quels sont les médicaments utiles contre la douleur ?

Les médicaments utiles contre la douleur sont les antalgiques. Mais la douleur est une conséquence. Traiter la cause de la douleur va donc la réduire. Par exemple, une douleur d'origine inflammatoire sera aussi traitée par des médicaments qui vont réduire l'inflammation, cause de la douleur (anti-inflammatoires).

Avec les antalgiques, trois niveaux ou paliers de médicaments peuvent être utilisés. Le premier palier correspond aux antalgiques très courants comme l'aspirine, le paracétamol, l'ibuprofène. Si on les utilise rapidement, à la bonne posologie (dose mais aussi en respectant les intervalles), on sera efficace dans de nombreuses situations douloureuses courantes.

Respecter les posologies

Pour le paracétamol, pour une douleur assez intense (entorse, par exemple), il faut prendre une dose dite de charge dès la douleur : 1 gramme chez l'adulte, puis toutes les six heures 500 mg, sans dépasser 3 grammes dans la journée. Il est très important de respecter un intervalle régulier. Respecter un intervalle régulier est plus efficace qu'augmenter les doses. Il ne faut pas répéter la dose de charge le lendemain. Attention aussi chez les patients avec des problèmes hépatiques et les enfants !

Si la douleur ne cède pas, il faut passer aux antalgiques dits de palier 2, par exemple une association paracétamol/codéine ou le tramadol. Le palier 3 correspond aux morphines, codéine à doses plus forte, le fentanyl... Mais attention, il ne faut pas attendre plusieurs jours de souffrance pour agir. Il ne faut pas passer au palier supérieur et ne pas donner d'emblée le médicament le plus efficace.

Toutefois, des douleurs très fortes (fracture du coude, par exemple) justifient d'emblée une prise en charge avec un médicament très efficace, la morphine qui est pourtant un médicament de palier 3. L'aspirine ne suffira pas pour soulager ces douleurs.

Un risque de dépendance ?

Une des raisons avancées pour justifier une non prescription d'opiacés est le risque de dépendance. Mais là encore il s'agit d'une idée reçue très largement fausse. Il ne faut pas confondre le besoin réel : une douleur intense qu'il faut soulager avec un détournement d'usage (bien documenté avec la codéine utilisée comme drogue).

La morphine prescrite en cas de douleur importante notamment intense (fracture, colique néphrétique) est "consommée" et n'induit pas de dépendance. Cela est bien vérifié par l'auto-administration par le patient. Celui-ci peut contrôler lui-même la quantité de morphine qu'il s'injecte en fonction de l'intensité de sa douleur. On constate alors que par rapport à des posologies fixées par le médecin, la quantité totale de morphine utilisée est souvent plus faible. Cela prouve que le patient ne recherche pas un plaisir mais simplement le soulagement et qu'il juge très bien lui-même de ses besoins et le surdosage n'est pas nécessaire. Cela fonctionne même bien avec des enfants.

Pour les douleurs chroniques intenses de type cancer, la prise en charge sera plus complexe avec des associations avec des antidépresseurs, des anxiolytiques qui agiront sur la phase d'intégration, plus psychologique. La douleur (notamment aiguë) doit être soignée le plus tôt possible avec les médicaments les plus efficaces en fonction de son intensité. Il faut rejeter l'idée reçue d'une "douleur acceptable".

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