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Morphine : sois sage ô ma douleur

Célèbre médicament contre la douleur, la morphine est aussi connue pour ses effets de dépendance. D'où vient cette substance ? Pourquoi rend-elle dépendant ? Peut-on l'utiliser dans le cadre d'un traitement médicamenteux classique ?

Rédigé le , mis à jour le

Morphine : sois sage ô ma douleur
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Morphine : de l'opium au médicament

Marina Carrère d'Encausse et Benoît Thevenet expliquent l'action de la morphine

La morphine a littéralement révolutionné la médecine et la prise en charge de la douleur. Ce puissant antalgique a rendu supportables de nombreuses interventions chirurgicales pour les patients. On utilise aussi la morphine pour calmer les douleurs aiguës, comme celles provoquées par des fractures ouvertes, pour lutter contre des douleurs liées à des maladies chroniques comme le cancer ou pour soulager les personnes en fin de vie.

À l'origine de cet antidouleur, on trouve une molécule extraite de l'opium du pavot somnifère. Cette plante est originaire d'Europe méridionale et d'Afrique du Nord. Pour recueillir l'opium, on pratique en général des incisions superficielles sur les capsules des pavots. Il s'écoule alors un suc laiteux qui se dessèche, s'oxyde à l'air et prend une couleur brunâtre. Après une série d'opérations chimiques, la morphine est isolée des autres composants de l'opium.

La morphine en action. Il a fallu du temps pour comprendre son mode d'action. La morphine agit sur notre cerveau. Elle se fixe sur des récepteurs opioïdes ou morphiniques situés dans la membrane de certaines cellules du cerveau. Les molécules de morphine bloquent la transmission des signaux douloureux. La morphine annule toute sensation de douleur.

La morphine à travers les siècles

De l'opium à la morphine, plusieurs siècles se sont écoulés. Il a fallu attendre le XIXe siècle pour que l'on découvre ses multiples effets, ses bénéfices mais aussi ses dangers.

Le pavot à opium est connu depuis des milliers d'années. Dès l'Antiquité, les Egyptiens l'utilisent pour calmer la douleur. Mais très longtemps, son mode d'action est resté mystérieux. Pour la première fois, en 1805, un jeune pharmacien allemand Frederick Sertürner décrit le principe actif de l'opium après des tests sur son chien : "Il a découvert que le principe actif enlevait la douleur et endormait. Il l'a alors appelé morphium qui vient de Morphée, la déesse du sommeil chez les Grecs. Puis, le morphium est devenu morphine", explique le Dr Jean-Bernard Cazalaa, anesthésiste-réanimateur.

L'utilisation de la morphine en médecine est facilitée par l'invention de la seringue. En France, en 1850, le modèle conçu par Charles Pravaz permet d'injecter la morphine par voie intraveineuse. Grâce au piston, on peut contrôler la quantité administrée au patient.

La morphine sera administrée aux soldats durant la guerre de 1870. Mais certains d'entre eux en abusent. L'addiction à l'opium prend aussi de l'ampleur dans la société. Des artistes comme Charles Baudelaire décrivent ses effets. La morphine devient synonyme de drogue, la médecine la délaisse.

Pendant la Première guerre mondiale, les soldats français sont privés de morphine, contrairement à leurs adversaires allemands : "Durant la guerre 14-18, il y a une grande réticence à son emploi du fait de la toxicomanie par morphinique, les opiomanes, en particulier dans les milieux artistiques… On préfère alors utiliser des anesthésiques", raconte le Dr Alain Puidupin, anesthésiste-réanimateur.

La France prend du retard dans le traitement de la douleur. La législation est contraignante, sur tous les médicaments à base de morphine est apposée l'inscription "Poison". Les innovations viennent de l'étranger. La première pompe à morphine est américaine, elle arrive en France à la fin des années 70. Le patient l'utilise pour se soulager après une opération.

À l'hôpital ou sur les terrains de guerre, la prise en charge de la douleur est devenue aujourd'hui incontournable. Tous les soldats ont maintenant dans leur équipement de la morphine. Ils peuvent se l'injecter en attendant les secours quand ils sont gravement blessés.

Morphine : douleur et dépendance

Lorsque la morphine est utilisée au long cours, elle nécessite un suivi particulier. C'est notamment le cas pour les patients qui présentent des douleurs chroniques

La morphine est utilisée par les soldats. Mais à l'hôpital aussi, le recours à cette molécule est très fréquent. Après une chirurgie, par exemple, pour limiter au maximum les douleurs post-opératoires.

Les enfants aussi peuvent recevoir de la morphine. Au préalable, l'équipe médicale ajuste la dose pour éviter les effets secondaires tels qu'une somnolence, des nausées ou une constipation. Le jeune patient peut lui-même s'injecter la morphine.

Les médecins font preuve de la plus grande vigilance car la morphine, mal dosée, peut aller jusqu'à provoquer un arrêt respiratoire. L'autre grande préoccupation des patients et des spécialistes qui la prescrivent concerne le risque de dépendance. La consommation de morphine peut en effet créer une dépendance en agissant sur notre cerveau, et plus particulièrement sur les neurones qui se trouvent au niveau du système de récompense. Ceux-ci communiquant entre eux au niveau des synapses grâce au passage de molécules chimiques que l'on appelle : neuromédiateurs. Parmi eux, la dopamine, qui véhicule la sensation de plaisir.

La morphine vit-elle ses dernières années en médecine ? Peut-être si l'on en croit de récentes recherches. Des scientifiques de Gustave Roussy et de l'Institut Pasteur notamment, ont découvert une nouvelle molécule, l'opiorphine. Elle a la puissance de la morphine sans ses effets secondaires, comme les problèmes cardio-respiratoires. L'opiorphine est une protéine naturellement produite par l'organisme et présente dans la salive. Sa forme stabilisée en laboratoire est très efficace contre les douleurs post-opératoires. Cette découverte a été faite chez l'animal. Les premiers essais chez l'homme devraient démarrer fin 2017.

Traitement : la pompe à morphine

La pompe à morphine délivre au patient la juste dose pour soulager les douleurs post-opératoires.

En médecine, la morphine reste intéressante à utiliser car elle bloque les influx nerveux qui véhiculent la douleur.

En France, huit millions de personnes sont chaque année opérées, et 30% d'entre eux reçoivent de la morphine pour calmer les douleurs qui suivent l'acte chirurgical. Les équipes médicales utilisent différentes techniques pour pouvoir contrôler la quantité de morphine administrée et éviter l'accoutumance. Les malades sont prévenus que, dès leur réveil, de la morphine leur sera administrée grâce à une pompe, qu'ils pourront déclencher dès que la douleur survient.

Par ailleurs, un patch ambulatoire peut être adapté pour les douleurs post-opératoires. Il existe déjà pour soulager la douleur des patients atteints de maladie chronique. Il contient un produit voisin de la morphine : le phentanyl, un produit plus puissant que la morphine mais qui agit moins longtemps sur l'organisme et donc, induit un moins grand risque de dépendance.

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