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Congeler ses ovocytes : un remède à la baisse de la natalité ?

D’après la ministre de la Santé Agnès Buzyn, légaliser l’autoconservation des ovocytes permettrait "aux femmes de faire plus d'enfants".

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Congeler ses ovocytes : un remède à la baisse de la natalité ?
La ponction a lieu le plus souvent sous anesthésie générale

"La question de l'autoconservation des ovocytes pour les femmes est très impactante : elle peut faciliter l'accès à la maternité, à la fertilité pour les femmes après l'âge de 37/38 ans" et permettrait "aux femmes de faire plus d'enfants" a déclaré Agnès Buzyn sur LCP le 16 janvier. Pour le moment, en France, l’autoconservation n'est possible que si la patiente souffre de maladies affectant sa fertilité, ou si elle accepte de faire don de plusieurs ovocytes. Celles qui ne remplissent aucun de ces critères partent donc à l’étranger, notamment en Espagne. La congélation pourrait néanmoins être autorisée par la future loi de bioéthique, qui sera présentée "avant l'été en conseil des ministres", selon la ministre de la Santé.

L’autoconservation ou le parcours de la combattante

Pour le moment, il est très difficile pour les Françaises de congeler leurs ovocytes. Celles-ci se rendent d’abord à l’étranger pour un premier rendez-vous lors duquel on leur explique la marche à suivre. Elles doivent au préalable trouver un gynécologue français qui accepte d’échanger régulièrement avec la clinique étrangère. Le praticien leur fait ensuite passer plusieurs examens afin de vérifier l’état de leur réserve ovarienne, et envoie les résultats à la clinique. La patiente se voit alors prescrire un traitement hormonal.

Ce traitement, c’est la stimulation ovarienne : pendant une dizaine de jours, grâce à des injections quotidiennes, la patiente favorise la production et la maturation de ses ovocytes. Elle doit faire des échographies régulières pour contrôler l’évolution de ses ovules. Les résultats sont envoyés à la clinique, qui lui communiquera le bon moment pour procéder à la congélation.

Une fois à la clinique, la ponction a lieu, le plus souvent sous anesthésie générale. Les ovocytes récoltés sont vitrifiés dans de l’azote liquide à – 196°. La patiente pourra en demander la décongélation pour procéder à une fécondation in vitro (FIV) quand elle le souhaitera, jusqu'à sa ménopause. Entre la première étape et la ponction, le processus peut prendre plusieurs mois.

Une barrière financière

Mais les femmes en mesure de faire congeler leurs ovocytes sont peu nombreuses. Tout d’abord, l’opération coûte très cher : l’ensemble des frais engagés s’élève entre 2.000 à 4.000 euros pour une seule ponction. La patiente doit, en outre, pouvoir se rendre à l’étranger à tout moment, et s’aménager du temps pour suivre son traitement hormonal. Ses horaires de travail doivent donc être assez flexibles.

"Ce qu’on ne sait pas vraiment, par ailleurs, c’est qu’une femme qui part faire congeler ses ovocytes, on lui conseillera de faire un deuxième cycle. Ce n’est pas clairement dit comme ça au départ, mais on s’embarque parfois pour quatre ou cinq ponctions pour espérer atteindre l’objectif de 15 ou 20 ovocytes vitrifiés", nous expliquait le Pr Michaël Grynberg, spécialiste de la reproduction, en octobre dernier. En effet, passé 35 ans, il est rare que la patiente "récolte" assez d’ovocytes en une seule ponction pour avoir de réelles chances de grossesse. "En-dessous de 35 ans, il y a de bonnes chances de succès si les ovaires sont normaux. Elles sont l’ordre de 70-80% si on ponctionne une quinzaine d’ovocytes. Mais à 35 ans, on en ponctionne, en moyenne, une dizaine", poursuivait le Pr François Olivennes, gynécologue-obstétricien spécialiste de la fécondation in vitro et de la reproduction. Pour lui, il est donc clairement préférable d’opter pour un deuxième cycle.

Si l’autoconservation était possible en France, les soucis des principales concernées seraient grandement allégés, et l’opération ne serait plus considérée comme un luxe. D’où, peut-être, un attrait grandissant pour cette méthode – notamment chez des femmes jeunes – et une hausse de la natalité. D’après Agnès Buzyn, "cela risque aussi de changer les comportements des femmes qui pourraient choisir de faire carrière et de se marier beaucoup plus tard". Après sa présentation en conseil des ministres, la loi de bioéthique doit encore faire l’objet "d’échanges directs avec les parlemententaires de tous bords", a précisé la ministre.

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