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Une fausse épidémie pour éloigner les nazis, l'incroyable ruse de deux médecins polonais

C'est l'histoire vraie d'une idée lumineuse de deux jeunes médecins inoculant le vaccin contre le typhus aux habitants juifs d'un village polonais. Leur but était de les rendre positifs aux tests de dépistage afin de dissuader les nazis de s'approcher de trop près et de les sauver de la déportation.

Rédigé le

"Une supercherie anti-nazie", chronique de Claire Ricard, journaliste, du 9 octobre 2018

C'est une histoire vraie et surprenante qui nous est racontée au théâtre des Béliers parisiens où se joue actuellement, et jusqu'au 25 novembre 2018, la pièce "Les crapauds fous".

Une fausse épidémie pour éloigner les nazis

Cette pièce se déroule dans la ville de Rozwadow en Pologne durant la Seconde Guerre mondiale. Nous y suivons les péripéties de deux médecins, qui ont eu une idée un peu folle pour sauver des milliers de personnes de la déportation vers les camps de concentration ou les camps de travail : créer une épidémie si dangereuse et si contagieuse que les Allemands n'oseraient plus s'approcher du village.

A l'époque, les Allemands avaient particulièrement peur du typhus. Cette maladie, d'origine bactérienne transmise par les poux, est à l'époque très dangereuse et fait de nombreux morts. L'armée allemande la redoute particulièrement parce qu'elle se propage souvent dans des milieux confinés avec une grande promiscuité et peu d'hygiène. L'idéologie nazie l'associe aussi aux populations considérées comme inférieures, les juifs, les slaves, accusés de propager la maladie. Ces idées xénophobes, deux médecins polonais, Eugène Lazowski et Stanislaw Matulewicz, vont les prendre comme une aubaine, et décident donc de créer de toute pièce une épidémie de typhus à Rozwadow.

Qu'en est-il du serment d'Hippocrate ?

Infecter des patients avec une maladie mortelle, même pour les sauver d'une déportation, pourrait ne pas être très éthique. Mais ces médecins vont créer une fausse épidémie. Une supercherie médicale à grande échelle. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les grandes puissances font la course pour réaliser le premier vaccin contre le typhus. Ce sont les Polonais qui leur volent la vedette avec un premier vaccin issu d'intestins de poux.

Dans le principe vaccinal, on prend un virus, on le rend inoffensif. Quand on l'injecte au patient, le corps se met à produire des anticorps. Le patient est alors protégé s'il rencontre le vrai virus. Les deux médecins découvrent que lorsqu'on fait plus tard un test sanguin pour détecter le virus du typhus à une personne vaccinée, on retrouve des anticorps. On peut donc croire que la personne est porteuse de la maladie. Les deux médecins décident alors de vacciner toute la ville et d'envoyer les résultats sanguins à Berlin. Rozwadow est alors placée en quarantaine et les habitants ont interdiction de sortir de la ville. La supercherie fonctionne jusqu'à ce que les nazis décident de leur rendre une visite de courtoisie.

Une pièce qui n'a rien d'une fiction

La pièce "Les crapauds fous" relate assez fidèlement l'histoire d'Eugène Lazowski et Stanislaw Matulewicz. Ces deux médecins polonais ont sauvé avec leur stratagème près de 8.000 personnes de la ville de Rozwadow. Soit d'une déportation vers un camp de concentration pour les juifs, soit d'un camp de travail pour les autres. Ils ont commencé par vacciner quelques personnes en envoyant les tests sanguins à Berlin, puis de plus en plus pour mimer le rythme d'une épidémie qui est exponentielle.

Eugène Lazowski et Stanislaw Matulewicz n'ont jamais vacciné les juifs car les nazis tuaient systématiquement les juifs atteints du typhus. Ils se sont donc servis des tests sanguins des habitants pour mettre la ville en quarantaine et par ricochet, sauver les juifs qui s'y trouvaient. Le plus étonnant, c'est que les deux médecins n'ont rien dit à leurs propres patients. Certains ont même cru avoir été réellement atteints par le typhus et sauvés par les médecins. Ils n'ont jamais été arrêtés par les Allemands pour cette supercherie médicale. Ce sont donc de grands héros de la résistance. Des héros méconnus car ils n'ont parlé que très tard de leur incroyable courage, même la femme d'Eugène Lazowski n'était même pas dans la confidence à l'époque.

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