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Cigarette électronique : des additifs dangereux détectés dans certains liquides

Certains e-liquides commercialisés aux Etats-Unis intégreraient, à des concentrations variables, des substances chimiques dangereuses pour les poumons, selon une étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives. Un constat qui plaide pour un meilleur encadrement des e-liquides, la cigarette électronique restant, de très loin, moins nocive que la cigarette.  

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Cigarette électronique : les liquides toxiques ? Explications avec le Dr Philippe Presles, tabacologue, invité dans "Le magazine de la santé" du 9 décembre 2015.

Des chercheurs de Boston ont analysé des e-liquides aromatisés d'une cinquantaine de marques commercialisées aux Etats-Unis, afin de déterminer si certaines intégraient trois composés chimiques fortement soupçonnés de causer des problèmes pulmonaires : le diacétyle, l'acétoïne, et l'acetylpropionyle.

La bronchiolite oblitérante est une inflammation de la paroi des bronchioles, accompagnée d'une fibrose (non régénération des tissus inflammés), qui entraîne une réduction progressive et irréversible du débit pulmonaire, pouvant rendre indispensable une greffe de poumon.

Les chercheurs ont découvert dans la vapeur "de 39 des 51 échantillons d'e-liquide testées" des concentrations variables de diacétyle. Produisant un arôme de beurre, cette substance est incriminée dans le développement d'une maladie grave des poumons chez des ouvriers de l'industrie du pop-corn [1], la bronchiolite oblitérante (voir encadré).

Le plus fréquemment, les niveaux de diacétyle étaient "à peine mesurables" dans la vapeur ou les liquides, mais certains échantillons présentaient jusqu’à 240 mg de cette substance.

De l'acetylpropionyle [2] (2,3-pentanedione) a été détecté dans 23 échantillons, et de l'acétoïne [3] (3-hydroxybutanone) dans 46 échantillons. Seuls quatre échantillons ne présentaient trace d'aucune des trois substances testées.

Les travaux des chercheurs de Boston ne font que relancer un débat déjà vif, la présence de ces substances à des concentrations élevées dans certains e-liquides ayant déjà été identifiée par le passé [4].

Il est important de souligner que, pour l'ensemble de ces composés, les doses et les durées d'exposition à partir desquels les risques de pathologie apparaissent restent pour l'heure inconnus. De plus, aucun cas de bronchiolite oblitérante liée à la cigarette électronique n’est actuellement recensé, mais les auteurs jugent qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Ils appellent à une meilleure réglementation des additifs utilisés dans les e-cigarettes.

Source : Flavoring Chemicals in E-Cigarettes: Diacetyl, 2,3-Pentanedione, and Acetoin in a Sample of 51 Products, Including Fruit-, Candy-, and Cocktail-Flavored E-Cigarettes. J.G. Allen et coll. Environmental Health Pespectives, 8 dec. 2015. doi:10.1289/ehp.1510185. Selon la déclaration de financement jointe à l'étude, cette recherche n'a bénéficié que de fonds publics (National Institutes of Health).


[1] Le goût de beurre du pop-corn préparé au micro-ondes peut être lié à la présence de diacétyle. S'il semble sans danger lorsqu'il est ingéré, il n'en est pas de même lorsqu'il est inhalé. Au début des années 2000, des ouvriers travaillant dans l'industrie du pop-corn ont vu reconnaître l'origine professionnelle de leur bronchiolite oblitérante. Voir notamment : Bronchiolitis obliterans syndrome in popcorn production plant workers. M. Akpinar-Elci, W.D. Travis, D.A. Lynch, K. Kreiss. European Respiratory Journal, 1er  août 2004 doi:10.1183/09031936.04.00013903

[2] Des études sur l'animal ont montré que l'inhalation répétée de faibles doses d'acetylpropionyle pouvait entraîner des lésions de l'épithélium des voies respiratoires, ainsi qu'une fibrose pulmonaire. Des effets neurologiques sont également suspectés. Voir notamment : Bronchial and bronchiolar fibrosis in rats exposed to 2,3-pentanedione vapors: Implications for bronchiolitis obliterans in humans. D.L. Morgan, et al. Toxicologic Pathology 2012. doi:10.1177/0192623311431946.

[3] Additif courant dans les cigarettes traditionnelles, l'acétoïne est, comme l'acetylpropionyle, un substitut courant du diacétyle, leurs propriétés aromatiques étant voisines. Peu d'études portent sur ses dangers potentiels spécifiques. Toutefois, sa proximité chimique avec les deux autres composés éveille la méfiance de nombreux chercheurs. Les trois substances étant employées dans l'industrie du pop-corn, des auteurs s'interrogent sur leurs rôles respectifs dans l'émergence de la bronchiolite oblitérante.

[4] Voir notamment : Evaluation of electronic cigarette liquids and aerosol for the presence of selected inhalation toxins. K. Farsalinos et coll. Nicotine Tob Res. sept. 2014 doi:10.1093/ntr/ntu176.

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