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Une campagne publicitaire sur le vin vivement contestée

La Haute autorité de santé (HAS) alerte sur la campagne de "Vin & Société", largement diffusée dans les médias. L'association qui représente la filière viticole en France joue sur la confusion entre repère de consommation d'alcool et les seuils mentionnés par la HAS qui nécessitent une intervention médicale.

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Une campagne publicitaire sur le vin vivement contestée
Une campagne publicitaire sur le vin vivement contestée

Sous le slogan "Aimer le vin, c'est aussi avoir un grain de raison", cette campagne va se déployer pendant plusieurs semaines au niveau national via un dispositif publicitaire classique en presse écrite /web et sur les réseaux sociaux. La campagne s'appuie sur quatre annonces, quatre visuels mettant en scène le vin blanc, le vin rouge, le vin rosé et les vins effervescents.

"Il nous paraît fondamental de faire connaître les repères de consommation, explique Joël Forgeau, le président de Vin & Société dans son blog. Rappelons que les pouvoirs publics dépensent seulement cinq millions d’euros par an pour conduire des campagnes de prévention alcool et aucune campagne sur les repères de consommation n’a été menée jusqu’à présent, contrairement à ce qui se fait par exemple en Espagne ou au Québec".

Cette campagne déclare s'appuyer sur les recommandations du Plan national Nutrition Santé (PNNS) 2011-2015, soit une consommation maximale de deux verres par jour pour les femmes (hors grossesse), trois verres par jour pour les hommes, quatre verres en une seule occasion et un jour par semaine d'abstinence. "Mais les seuils mentionnés sont ceux qui nécessitent de déclencher une intervention médicale", souligne la HAS dans un communiqué de presse.

Des "seuils d'alerte" et non des "repères de consommation acceptable"

La HAS a en effet publié en novembre 2014 la fiche "outil d'aide au repérage précoce et intervention brève : alcool, cannabis et tabac chez l'adulte". Mais cette publication était destinée aux professionnels de santé pour les aider à repérer les consommations qui appellent une prise en charge et un suivi de leurs patients.

La HAS juge que la campagne publicitaire orchestrée par Vin & Société, relayée dans un grand nombre de médias grand public depuis quelques jours, transforme des seuils de consommation à risque nécessitant une prise en charge médicale en "repères" pour une consommation "acceptable" d'alcool.

Les seuils mis en avant par la HAS sont des seuils d'alerte, au-dessus desquels les risques sont avérés : dommages physiques (complications hépatiques, cardio-vasculaires et neuropsychiatriques, cancers), psychiques ou sociaux. La HAS insiste sur le fait que ces seuils ne peuvent s’appliquer à certaines populations : les jeunes de moins de 25 ans, les femmes enceintes, les personnes atteintes de maladies chroniques, les personnes âgées ou les personnes prenant un traitement médical.

Effet pervers lié à l'assouplissement de la loi Evin

La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) rappelle que l'alcool est de très loin le produit qui entraîne le plus de désordres familiaux et sociaux. La consommation d'alcool, notamment chez les jeunes, population particulièrement vulnérable est inquiétante. Toute action de promotion qui, d'une manière ou d'une autre, tend à légitimer la consommation d'alcool ne peut être que préjudiciable à la santé publique.

L'assouplissement de la loi Evin, voté le 24 novembre 2015, "aurait pour conséquence de renforcer la visibilité d'un produit alcoolisé, et donc d'encourager ou de faciliter sa consommation", avait alerté l'Insitut National du Cancer (INCA) dans son dossier "Le point sur tabac, alcool et risques de cancer" le 9 novembre dernier. Or, "les études montrent qu’une augmentation de 1% des investissements dans les publicités pour l’alcool équivaut à 0,15 % d’alcool consommé en plus. Le lien entre l’exposition à la publicité et l’augmentation de la consommation d’alcool, notamment chez les jeunes, a été démontré dans treize études internationales".

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