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Infarctus : les femmes survivent mieux si leur médecin est une femme

Selon une étude américaine, les patientes victimes d'une crise cardiaque ont un meilleur pronostic lorsqu'elles sont prises en charge par une urgentiste. Une conclusion étonnante qui serait liée aux symptômes atypiques des femmes.

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Infarctus : les femmes survivent mieux si leur médecin est une femme
Crédit photo : ©Fotolia - Kzenon

"Nous constatons une mortalité supérieure chez les femmes qui sont traitées par des médecins hommes", conclut l'étude sur la prise en charge des infarctus aux urgences publiée par la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Un verdict élaboré à partir de l'analyse des dossiers de 580.000 attaques cardiaques survenues dans des hôpitaux de Floride entre 1991 et 2010.

Et ses auteurs apportent une information complémentaire pour rassurer les patientes qui seraient accueillies par un médecin du sexe opposé : leur risque de "surmortalité" diminue si cet urgentiste a déjà accueilli une femme avec les mêmes symptômes ou s'il a beaucoup de collègues féminines.

Symptômes atypiques

Encore un signe d'inégalité hommes-femmes ? Une spécificité du système de soins américain ?... "Cela existe aussi en France, estime le Pr Mounier-Vehier, cardiologue au CHU de Lille et présidente de la Fédération Française de Cardiologie. Je pense que cela s'explique par une meilleure écoute des médecins femmes face aux symptômes souvent atypiques de l'infarctus féminin"

Chez les femmes, la crise cardiaque se traduit seulement une fois sur deux par le classique coup de poignard dans la poitrine. Car il ne provient pas exactement du même type d'atteinte des artères du coeur que chez les hommes. "Les patientes parlent souvent de difficultés à respirer et de douleurs au niveau digestif, explique le Dr Nathalie Assez, urgentiste au SAMU de Lille. Alors des collègues attribuent encore trop facilement ces symptômes à de l'angoisse et les orientent vers le généraliste".

Une réponse qui peut avoir des conséquences fatales. L'urgentiste de Lille se souvient d'un cas précis : "Le premier appel du 15 par les proches d'une femme de 40 ans souffrant d'une gêne respiratoire n'a pas entraîné d'intervention, raconte-t-elle. Et quand ils ont rappelé, deux heures plus tard, l'équipe envoyée est arrivée trop longtemps après l'arrêt cardio-respiratoire. Trop tard..."

"Encore une stressée"

L'histoire ne dit pas quel était le sexe de la personne qui a pris l'appel mais elle est symptomatique des défaillances de prise en charge des pathologiques cardiaques chez les femmes. "Les femmes médecins sont peut-être un peu plus sensibilisées, estime le Dr Assez. Cela dit, je pense que cet écart diminue avec l'information croissante des équipes sur ces signes féminins d'alerte cardiaque". Cette information va même désormais être "gravée" dans le guide de la profession, en cours de réécriture. Les médecins régulateurs du SAMU ne doivent plus raccrocher trop vite en concluant "encore une stressée".

"Plusieurs patientes m'ont fait le même type de récit "je suis allée aux urgences et on m'a dit de rentrer chez moi", raconte le Pr Claire Mounier-Vehier, cardiologue. Il faut dire que l'électrocardiogramme ne suffit pas toujours à révéler leurs infarctus parfois "transitoires", moins "massifs" que ceux des hommes". À ce moment là, le diagnostic repose sur la capacité de l'urgentiste à prendre au sérieux le malaise décrit et à continuer l'investigation. "En regardant aujourd'hui mes étudiants, poursuit le Pr Mounier-Vehier, j'ai le sentiment que les filles cherchent plus longtemps". Cette persévérance faciliterait sans doute le récit plus développé de leurs symptômes par les patientes. Un récit décisif pour établir le diagnostic.

Il faut améliorer l'information du public

"Elles ne se sentent pas bien mais leurs douleurs peuvent être temporaires par exemple, raconte le Dr Assez. Alors elles appellent à l'aide souvent tardivement et insistent beaucoup moins que les hommes si leur interlocuteur ne les prend pas au sérieux".  

En plus d'une meilleure formation des médecins, il faut donc aussi améliorer l'information du grand public. Les femmes, surtout les fumeuses ou anciennes fumeuses, doivent savoir quels sont les signes d'alerte de l'infarctus.

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