Coronavirus : nos réponses à vos questions

Le coronavirus apparu en Chine pose de nombreuses interrogations. Odile Launay, infectiologue à l'hôpital Cochin à Paris et Agnès Ricard Hibon, chef du service du SAMU du Val d'Oise vous répondent.

La rédaction d'Allo Docteurs

Par La rédaction d'Allo Docteurs

Rédigé le , mis à jour le

La professeure Odile Launay, infectiologue à l'hôpital Cochin à Paris et la docteure Agnès Ricard Hibon, chef du service du SAMU du Val d'Oise, ont répondu à toutes vos questions sur le coronavirus sur le plateau de notre émission spéciale Allô Docteurs.

 Dr Agnès Ricard Hibon : Les symptômes sont les mêmes. Il n’y a pas de différences particulières en terme de symptômes entre le coronavirus et la grippe saisonnière. En revanche, la différenciation va se faire par rapport à des critères chronologiques d’apparition des symptômes, de situations géographiques et de personnes contactes, c'est-à-dire les personnes ayant été en contact avec des personnes infectées. Et en fonction des questions posées, on va classer un cas suspect en un "cas possible", qu’on va adresser directement dans les services spécialisés, ou on va le classer en un "cas exclu", où on va pouvoir rassurer et rester à la maison.

Pr Odile Launay : On ne sait pas encore précisément car c’est un nouveau virus mais les éléments laissent penser que probablement, il faut des contacts rapprochés d’une durée de l’ordre de 15 minutes et que c’est un virus qui est sensible à la décontamination avec un antiseptique seul. Une chambre d’hôtel qui a été nettoyée ne présente pas de risques.

Dr Agnès Ricard Hibon : On considère que lorsqu'on revient d’une période à risque mais qu’on a pas de symptômes, il faut quand même se limiter aux personnes contactes. Les enfants sont assez peu symptomatiques. S’ils ont des symptômes, ils peuvent transmettre. S’il n’y a pas de symptômes ou peu de symptômes, on a une incertitude sur cette transmission. Par principe de précaution, on considère qu’ils ne doivent pas aller à l’école, qu’ils doivent rester à la maison. Et les personnes contactes doivent aussi respecter ces précautions.

Pr Odile Launay : Pas du tout, ce sont des virus différents. Le vaccin contre la grippe vise à protéger contre l’hémagglutinine qui est en fait la protéine de surface du virus de la grippe qui n’est absolument pas présente sur le coronavirus.

Dr Agnès Ricard Hibon : A partir du moment où vous avez des symptômes de grippe et que vous revenez d’une zone à risque ou que vous avez été en contact étroit avec quelqu’un qui revient d’une zone à risque, il faut appeler le 15. Il ne faut surtout pas aller dans la salle d’attente d’un médecin traitant. Il ne faut surtout pas aller dans la salle d’attente d’un service d’urgence. Il y a un médecin H24, 7/7 au SAMU.

Pr Odile Launay : Pour l’instant, le kit qui a été mis au point spécifiquement pour ce coronavirus n’est pas encore un kit diffusé à très grande échelle. A ma connaissance, il y a maintenant 70 hôpitaux en France qui ont ce kit. Ils peuvent donc faire le diagnostic dans les 3 heures. Ensuite, les personnes qui sont des cas possibles vont être conduits dans les centres hospitaliers qui ont le kit et qui peuvent faire le diagnostic.

Pr Odile Launay : Tout est possible mais ce sont des virus dont les matériaux génétiques sont différents. Il n’y a pas de possibilité de recombinaisons entre ces deux virus. On peut avoir une co-infection, c’est-à-dire être infecté en même temps avec la grippe et avec le coronavirus. Mais il n’y a pas de risque d’un super virus qui combinerait les deux.

Pr Odile Launay : C’est évidemment ce que tout le monde craint. Il a déjà muté pour passer de l’animal à l’homme. On ne sait pas exactement quel est l’animal même si aujourd’hui on a des arguments pour penser que c’est un petit mammifère qui s’appelle le pangolin. Ce mammifère a été l’hôte intermédiaire entre la chauve-souris et l’homme, donc il y a eu une mutation qui a fait que le virus est devenu accessible à l’homme et adapté à l’homme.

Dr Agnès Ricard Hibon : On a préparé cette crise et on espère ne pas à avoir à faire la montée en puissance mais cette probabilité avance. Dans un premier temps, il y a 38 centres de référence habilités coronavirus en France. Depuis lundi, on a étendu le dispositif aux hôpitaux de deuxième ligne qui ont des services infectieux qui sont au siège du Samu, pour augmenter la capacité. Ensuite, il y aura la mobilisation d’autres hopitaux et surtout la prise en charge ambulatoire pour les patients qui n’ont pas de signe de gravité, qui peuvent très bien rester à la maison en ayant peu de signes avec une surveillance par visioconsultation. On sait qu’il y a un risque d’aggravation au 8eme jour, cela nécessite une surveillance médicale.

Dr Agnès Ricard Hibon : Les masques chirurgicaux qui sont pour le grand public sont des masques utiles lorsqu’on a des symptômes, pour éviter de contaminer les autres en excrétant des gouttelettes de virus. Les masques FFP2 sont des masques réservés au personnel soignant face à des personnes que l’on soigne et qui sont contaminants et excrétantes.

Dr Agnès Ricard Hibon : Imposer des mesures de la sorte, cela n'a pas de sens, c’est le meilleur moyen de décrédibiliser toutes les mesures qui fonctionnent. Il faut appliquer des mesures pertinentes et qui marchent plutôt que de voir tout le monde porter un masque. Ce serait mieux d’avoir des solutions hydroalcooliques dans le métro pour se laver régulièrement les mains.

Dr Agnès Ricard Hibon : Il n’y a pas de mesures qui ont démontré leur efficacité. Par contre, la solution hydroalcoolique, le fait de se laver les mains régulièrement, de tousser dans son coude, d'arrêter de se faire la bise et de serrer les mains quand les personnes ont des symptômes, sont des gestes de bon sens qui marchent.

 Dr Agnès Ricard Hibon : Rome, pour le moment, n’est pas dans les zones dites de propagation active du virus mais il doivent bien évidemment être attentifs à l’apparition de symptômes.

Pr Odile Launay : C’est assez comparable avec ce qu’il se passe avec la grippe, c’est-à-dire que les gens les plus fragiles sont les plus à risque. On voit que ce sont essentiellement les personnes âgées, les personnes qui ont des maladies sous-jacentes, mais il peut y avoir des formes graves et des décès chez des gens en bonne santé. Le problème, c’est que plus on aura de cas, plus on aura des formes graves qui surviendront aussi chez des gens en bonne santé.

Dr Agnès Ricard Hibon : On se prépare à toutes les éventualités. Pour l’instant, on est dans la phase 2, on évite la propagation du virus. Tout l’enjeu à l’heure actuelle est de ne pas passer à la phase 3, de transmission active. Là, c’est une course contre la montre pour trouver le patient zéro.

Si vous avez des symptômes :