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Aider les ados à grandir

Les ados sont différents des "clichés" qui sont parfois véhiculés à leur sujet. Mais pour autant, ils n'en sont pas forcément très faciles à vivre. Comment peut-on faire avec un ado aujourd'hui ? Les explications avec le Dr Catherine Jousselme, pédopsychiatre.

Rédigé le , mis à jour le

Comment les parents peuvent-ils accompagner au mieux leurs ados ?

L'adolescence est une période particulièrement charnière aujourd'hui. En effet, dans notre société de la vitesse et de l'image tout azimut, il est parfois difficile pour les parents de penser qu'ils peuvent  "transmettre" vraiment des choses à leurs ados qui semblent en savoir plus qu'eux dans le maniement de tous les outils de communication. Mais pourtant, il ne faut pas qu'ils doutent !

Les parents transmettent sûrement autrement et autre chose que ce que les ados consomment via les écrans. Et ils sont, par leur présence même, des repères incontournables pour aider les ados à "faire le tri" entre l'essentiel et l'accessoire, par exemple. Aujourd'hui, une valeur essentielle à transmettre reste celle de la nature et de l'importance des liens inter-humains. D'ailleurs les ados ne s'y trompent pas quand ils préfèrent nettement leurs amis de la réalité à ceux d'Internet.

Les parents doivent absolument dépasser l'idée que leurs ados sont simplement "intoxiqués" par les écrans et donc inaccessibles à toute autre forme de partage car cela est faux. Seul un petit pourcentage d'ados s'enferment véritablement dans les écrans. Les autres les utilisent pour ce qu'ils sont et restent très conscients des risques qu'ils représentent.

Ne pas diaboliser les ados

Dans une "rencontre créative" avec un artiste dans les Hautes-Alpes sur le thème d'Internet et des écrans, les premières idées évoquées par les jeunes ont été celles de la dépendance, de la peur qu'ils ont de "ne faire plus que ça", de la crainte d'être pris dans une toile qui les empêche de voir leurs amis, de partager "en vrai" disent-ils, des moments avec eux. Cela est très rassurant. Si en plus les adultes les écoutent et les valorisent au point de leur demander de créer une oeuvre à ce sujet, ils parviennent à faire preuve de capacités assez exceptionnelles de symbolisation.

Il ne faut pas diaboliser les ados. Il faut que les parents se saisissent de tout ce qu'ils aiment eux ou de ce qui les questionne, pour proposer des temps de partage avec leurs ados. Ca peut aller du bricolage au sport en passant par le théâtre ou même la télé. L'essentiel est de pouvoir échanger autour de ces partages pour entendre des avis peut-être différents, mais reconnaître leurs intérêts.

Les ados qui "crânent" un peu, montrent une certaine intransigeance, ne sont pas aussi "bornés" qu'ils veulent le montrer dans un premier temps. Discuter amène de la vie dans la pensée, même si conflit il y a. Ce qui est grave, c'est de ne plus penser du tout ensemble. On peut ensuite en reparler quand les esprits sont moins échauffés, et retrouver des terrains d'entente… ou pas. Mais il reste de toute façon une trace fondamentale dans l'esprit de nos ados en construction, celle de notre reconnaissance de ce qu'ils sont, des jeunes en devenir.

Que faire pour sentir les dangers que les ados encourent ?

Il faut à chaque âge (et cela est très différent à 13 ans, à 15, à 17 ans), adapter notre point de vue aux enjeux de la période que nos ados traversent. Par exemple : le premier amour. Sans doute est-il positif qu'ils nous en parlent un peu, mais sûrement pas trop… Leur intimité se constitue en même temps que leur identité se construit. Ils ont besoin de s'éloigner psychiquement et spatialement de leurs parents pour devenir eux-mêmes. 

Avant, dans l'enfance, les parents sont leur référence numéro 1. Les parents doivent penser que, par exemple, le partage avec leurs amis, mais aussi avec d'autres adultes de proximité (un prof, un éducateur de club de sport, un CPE, etc.) peut leur permettre d'avancer en mettant les parents un peu à distance, pour grandir et pouvoir penser à leur avenir propre, sans pour cela perdre leurs parents et se perdre.

Les parents doivent faire confiance à leurs ados, mais aussi se faire confiance, pour les laisser vivre leurs expériences en restant persuadés qu'ils pourront faire appel en cas de besoin. Rester attentif, impliqué, en arrière plan, un peu comme le souffleur au théâtre…

L'adolescence, l'héritière de l'enfance

Les parents disposent de contre-poisons efficaces. Tout ce qu'ils ont partagé en amont de leur adolescence avec leurs enfants n'est pas effacé. Les échanges passés sont autant de traces ancrées en eux auxquelles ils peuvent faire référence en cas de difficulté. Par exemple : si on a ensemble recherché sur Internet des références et qu'on s'est retrouvés, ensemble, absorbés dans des dédales d'informations trop nombreuses, ou choqués par des images violentes ou crues apparues alors qu'on ne les attendait pas, il sera bien plus simple pour un ado d'intégrer, ou plutôt de s'approprier vraiment les limites qu'on lui donne une fois qu'il sera seul devant son écran. L'adolescence reste l'héritière de l'enfance. On ne devient pas ado comme on ne construit pas une maison solide sans fondations.

10 à 15% des ados ont des propos inquiétants et des comportements qui en découlent tout aussi inquiétants : rapports sexuels très précoces, peu protégés, consommation de tabac importante, d'alcool de façon intensive et ponctuelle, de cannabis de façon régulière, etc. Chez ces ados, il faut pouvoir repérer les facteurs de protection (par exemple avoir des amis, avoir un loisir investi avec passion, etc.) sur lesquels s'appuyer pour développer des actions de prévention efficaces.

Il faut pouvoir écouter ces jeunes mais aussi leurs parents, sans les culpabiliser. Il serait tellement simple de penser qu'à un problème donné correspond toujours une "faute" parentale. Il faut plutôt comprendre à quel niveau le tricot de vie de ces jeunes avec leur famille s'est désarticulé et les aider à reprendre, ensemble, une co-construction de vie…