Grippe aviaire : comprendre les risques pour les humains en trois questions

Avec 15 millions de volailles abattues et plus de 1.330 foyers infectieux, les élevages français traversent une crise inédite à cause d'une épidémie de grippe aviaire. Mais quel danger représente-t-elle pour les humains ?

Dr Charlotte Tourmente
Dr Charlotte Tourmente
Rédigé le
Grippe aviaire : comprendre les risques pour les humains en trois questions
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La grippe aviaire sévit dans toute l'Europe. Aussi appelée influenza aviaire, cette maladie très contagieuse touche les élevages de  volailles. La France n'est pas épargnée : après avoir commencé en novembre dernier dans un élevage de poules pondeuses, l'épidémie poursuit son extension dans des zones habituellement préservées et en dépit des mesures visant à contrôler l'épidémie, comprenant l'abattage, la désinfection des sites et l'interdiction des mouvements.

Le virus de la grippe aviaire regroupe différents sous-types : H1, H3, H5, H7 ou H9. Il touche toutes les espèces d'oiseaux, ainsi que certains animaux d'élevage, dont le porc. Le virus qui décime actuellement les volailles européenne est de type H5N1. Il est dit hautement pathogène, ce qui implique une forte contagiosité.  

Comme tous les virus influenza, il provoque chez les animaux une atteinte des poumons avec toux, difficultés respiratoires et fièvre, pouvant évoluer en pneumonie. Des atteintes digestives, cardiaques et neurologiques sont également possibles.

Comment la maladie se transmet-elle à l'humain ?

Un cas d'infection humaine, le premier avec la souche H3N8, vient d'être révélé en Chine. Seules certaines souches de grippe aviaire sont capables d'infecter les êtres humains, suite à des contacts avec des oiseaux infectés (via les fientes, la salive ou les excrétions respiratoires) ou avec un environnement contaminé, comme un marché aux volailles.   

"Le virus ne se transmet à l'humain que s'il est exposé à de fortes concentrations de poussières contenant le virus, avec une exposition prolongée, quand on plume une volaille contaminée ou si l'on vit avec des volailles", précise le Dr Gilles Salvat, vétérinaire et directeur général délégué au pôle recherche et référence, de l'ANSES. "Le virus H5N1 de 2003 avait provoqué plusieurs milliers de cas humains sans pour autant qu’il n’y ait eu de transmission interhumaine" rappelle-t-il.

Une pandémie avec un virus influenza aviaire est-elle possible ?

Les cas humains restent rares, sporadiques et limités du fait d'une faible transmission entre les humains, d'après le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies. L'infection se traduit par une toux, de la fièvre, des difficultés respiratoires, voire une pneumonie sévère ou une détresse respiratoire.

Toutefois, ces virus sont capables de muter et de se réassortir avec un autre virus, d’origine humaine et/ou porcine. Cela rend possible l'émergence d'un virus très contagieux, responsable d'une pandémie mondiale.

 D'après le docteur Salvat, ce risque est très négligeable en l'absence de réassortiment entre deux virus. "Mais deux virus influenza peuvent faire l'objet d'un réassortiment si les cellules sont infectées simultanément par ces deux virus", met-il en garde. "Cela produit un nouveau virus qui peut déclencher une pandémie, avec un virus plus adapté à l'homme et pour lequel la population humaine n'a pas d'anticorps."   

C'était le cas avec la grippe H1N1 de 2009 : ce virus aux origines génétiques multiples avait acquis la possibilité de se transmettre aux humains. Il était issu d'un réassortiment de virus humains, de volaille et de porc : c'est ce que l'on appelle un "réasssortant".

 En revanche, les premières données sur le H3N8 de Chine semblent rassurantes, d'après le Dr Salvat :   "C'est un virus faiblement pathogène pour les volailles mais pathogène pour les hommes, sans transmission interhumaine identifiée à ce stade. Il n'est pas présent en Europe et la probabilité d'une pandémie est extrêmement faible. Mais on continuera à surveiller ce virus pour s'assurer qu'il n'y ait pas de réassortiment."      

Quels traitements existent contre la grippe aviaire ?

Chez l'être humain, il n'existe pas de vaccin préventif. Des antiviraux, comme l'oseltamivir, peuvent réduire la durée de l'infection.   

"On utilise très ponctuellement les antiviraux  pour les cas les plus graves ou en cas de facteurs de risque (co-morbidité) du fait des risques de résistance", alerte le Dr Salvat. 

Les mesures de prévention utilisées dans la grippe ou le covid-19 sont également conseillées contre la grippe aviaire : se laver les mains, utiliser des mouchoirs jetables, se couvrir la bouche et le nez pour éternuer ou tousser, éviter le contact avec des personnes infectées et porter un masque lors d’un contact prolongé avec des volailles malades.

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