Cauchemars chroniques : une thérapie pour mettre fin aux mauvais rêves

Entre 5 et 7% des adultes souffriraient de la "maladie des cauchemars", des cauchemars chroniques aux lourdes répercussions sur le moral. Une thérapie brève par répétition d’imagerie mentale peut les aider. Reportage.

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Une thérapie pour apaiser ses cauchemars
Une thérapie pour apaiser ses cauchemars  —  Le Magazine de la Santé - France 5

"Mon cauchemar est toujours le même. Je suis dans une rue, très étroite. C’est en Provence, à la tombée de la nuit, au crépuscule. J’entends des pas derrière moi donc j’accélère et puis je sens que ça se rapproche, je sens la respiration. Je me mets à courir, je cours et il n’y a pas d’issue à cette ruelle, je continue mais il se rapproche, il se rapproche et il finit par m’attraper par le cou. Je vois même le couteau luire au-dessus de moi et à ce moment-là, je me réveille", raconte Laurence.
Cette femme a beaucoup de mal à retrouver le sommeil, elle a le souffle coupé, la boule au ventre après ce cauchemar. Ses nuits ressemblent à cela depuis qu'il lui a été diagnostiqué un cancer, il y a huit mois. 

Réécrire le cauchemar en rêve

"Je fais ce cauchemar récurrent trois fois par semaine, parfois quatre, donc je recule fortement l’heure de me coucher. Au bout d’un moment c’est extrêmement fatigant et je vis dans cette angoisse", confie-t-elle.
Laurence a donc décidé de consulter un psychologue. Aujourd’hui, c’est sa quatrième séance et elle doit mettre par écrit ce cauchemar qui la hante. 
 "Je vais récupérer cette feuille qui va rester là. C’est la dernière fois qu’on va évoquer ensemble ce cauchemar", explique Malik Ait Aoudia, psychologue clinicien qui pratique la thérapie dite de répétition d’imagerie mentale.
Le principe est surprenant : il s’agit de modifier le contenu du cauchemar pour le transformer en rêve. Le fond de contenu reste le même, mais Laurence doit broder pour que ce soit positif. 

La patiente doit se glisser dans la peau d’une scénariste pour imaginer une nouvelle histoire.
"Je suis toujours dans une ruelle d’un village provençal, la pierre est magnifique, elle est presque dorée, il y a des tous petits galets par terre dans les rues, c’est très très beau…", raconte Laurence.
Guidée par le psychologue, elle peaufine les décors et les changements de lumière pour transformer sa course poursuite effrayante en une balade estivale.   

Un apprentissage pour le cerveau

"Le principe est que le cerveau est habitué à activer à partir d’un élément un scénario déjà connu. En plaçant l’alternative, le cerveau va apprendre que pour le même contexte, il peut dérouler quelque chose de nouveau", explique Malik Ait Aoudia. 
Ce nouveau film est agréable et positif, Laurence doit maintenant le jouer. Après quelques minutes de relaxation, le psychologue lui demande de s’imaginer vivre cette scène.

"J’avance toujours, tranquillement, j’arrive à un endroit un peu magique où il y a un énorme figuier, je suis contente, je suis saisie par la sensation de lumière, c’est très très serein", confie Laurence.
"Pour que le cerveau puisse intégrer ce nouveau scénario, cela ne se commande pas, ce n'est pas je veux et j'y j’arrive. Il y a tout un processus de préparation pour favoriser des automatismes liés à la fois aux sensations corporelles et aux émotions", commente Malik Ait Aoudia.  

Réduire de 70 % la fréquence des cauchemars

Laurence devra faire faire cet exercice de répétition au moins trois fois par jour pendant plusieurs semaines pour que son cauchemar disparaisse.
"Je suis très enthousiaste parce que je veux quand même tordre le cou à ces cauchemars. Ça me paraît faisable. Il faut vraiment que j’arrive à dormir normalement", conclut Laurence. 

Cette thérapie est encore peu développée en France. Pourtant, elle est très efficace. Selon plusieurs études, elle permettrait de réduire de 70% la fréquence des cauchemars et la détresse qui y est associée.