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Vivre ses désirs, la clé d'une vie épanouie ?

Le désir fait nos goûts, nos préférences, il guide nos choix professionnels et amoureux, nos préférences sexuelles... Les désirs donnent en quelque sorte sens à notre vie. Mais encore faut-il les identifier. Les explications avec Sophie Cadalen, psychanalyste.

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Vivre ses désirs, la clé d'une vie épanouie ?
Vivre ses désirs, la clé d'une vie épanouie ?
Sommaire

Faut-il écouter ses désirs ?

Chronique de Sophie Cadalen, psychanalyste, du 27 mars 2017

Notre époque, notre culture nous encouragent à prendre soin de nous, à ne pas passer à côté de nous, à nous connaître et écouter ce qui nous est essentiel, ce qui nous pousse dans la vie. Finalement à devenir acteur de cette vie plutôt que de seulement la subir en faisant ce qu'il faut faire. Nous sommes invités aujourd'hui à privilégier le VOULOIR plutôt que le FALLOIR.

Certes il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir (la fameuse expression tellement culpabilisante), mais à reconnaître ce qui nous motive dans la vie, à repérer à peu près quels vents nous poussent, on saura mieux naviguer dans cette vie, on perdra moins de temps ou de force à aller contre nos élans. En psychanalyse, il est toujours question de désir. Le désir nous définit, il donne un sens à notre vie, il est refoulé ou bloqué quand on est en panne, il se retourne contre nous dans la dépression.

Le désir est-il toujours sexuel ?

Le mot désir évoque instantanément la sexualité. Les dysfonctionnements sexuels révèlent la dimension inconsciente d'un désir qui n'obéit pas à notre seule volonté, qui ne répond à aucun "bon" sens et échappe souvent à toute "raison raisonnable" : on ne désire pas forcément qui il faudrait, quand il faudrait, on ne convoque pas le désir, c'est lui qui nous attrape ou nous fait défaut, et les jouissances qu'il vise seront d'autant plus grandes que l'on renonce à tout contrôle. Le désir sexuel n'obéit à aucune norme valable pour tous, il nous oblige à prendre la mesure de notre originalité. Si l'on veut bien s'y intéresser…

Mais le désir déborde largement la chambre à coucher. Vivre au mieux sa vie, c'est suivre cahin-caha ce désir (pas toujours lisible ou audible) et poursuivre les jouissances qu'il vise, propres à chacun. Cela est évidemment flagrant dans la sexualité, ou ce qui m'est bon n'est pas forcément ce qui transporte mon voisin, ou ce qui m'excite peut laisser l'autre indifférent. Mais c'est le cas partout et pour tout.

Nos choix de vie, nos choix professionnels, amoureux, seront d'autant plus justes qu'ils sont d'abord et surtout les nôtres, au sens où ils n'obéissent pas à des normes, à des injonctions – même s'ils peuvent aller dans le sens de ces normes. Ce désir est l'expression de notre voix personnelle, une voix qui pour se faire entendre devra résister à la tentation des voies tracées d'avance.

Peut-on faire ce que l'on veut ?

On craint souvent de devenir égoïste à suivre son désir, d'être inconséquent ou capricieux, voire d'être dangereux. Mais prendre la mesure de nos désirs propres ne signifie pas faire n'importe quoi, ni se comporter en gamin capricieux. Au contraire, c'est s'assumer comme adulte, cesser de se cacher derrière de fausses bonnes raisons, essayer plutôt que ravaler et regretter, c'est se confronter à une réalité plutôt que de rêver une vie que l'on ne mettra jamais en acte. Il faut affirmer son existence pour prendre réellement la mesure de l'autre et accepter ses différences. On est sûrement plus égoïste et plus immature à attendre de l'autre qu'il nous prenne en charge et fasse notre bonheur.

Comment identifier ses désirs ?

Chronique de Sophie Cadalen, psychanalyste, du 3 avril 2017

Le désir est d'origine inconsciente. Et comme il est inconscient, il n'est donc pas toujours facile à repérer, à identifier. De plus, tous nos désirs ne sont pas forcément les nôtres, et parfois dans notre vie nous ne savons plus pourquoi, ni pour qui nous agissons.

Pour le savoir, il n'est pas de meilleure façon de démêler le vrai de notre désir de ses faux semblants que de le mettre à l'épreuve. Il faut éprouver, tester si ce que l'on a cru être fait pour soi nous convenait vraiment.

Pourquoi ne va-t-on pas vers ce qui nous tente ?

Nous avons peur de faire ce que l'on veut car on craint d'être rejeté. On a du mal, malgré soi, à quitter la position de l’enfant qui ne veut pas déplaire à ses parents, qui voudrait être l'idéal auquel ils aspirent. Et qui n'y arrive pas… On a du mal, même adulte, à s'affranchir de ce regard posé sur nous, un regard supérieur (la plupart du temps imaginé), qui nous approuve, qui est content de nous, qui nous félicite, dont on quémande l'amour. On est souvent plus occupé à plaire qu'à écouter ce qui réellement nous motive et nous intéresse.

À vouloir satisfaire les autres, on les déçoit toujours. Il y aura forcément quelqu'un pour qui on n'a pas fait comme il fallait, qui attendait autre chose de soi. Assumer ses désirs, s'assumer comme sujet désirant, c'est être plutôt du côté du "qui m'aime me suive". Et s'apercevoir en effet qu'on est suivi.

Les obstacles au désir

Quand on veut plaire, reconnaître et assumer ses désirs, c'est d'une certaine façon s'exposer. On a l'impression (même inconsciente) d'être protégé à faire comme il faut faire, et comme tout le monde fait (croit-on). Assumer ses choix, ses préférences, c'est assumer un "je" au lieu de se planquer derrière un "on". Il y a une forme d'exposition à s'affirmer dans des choix propres, d'où une impression de vulnérabilité qui se dément très vite. On se sent beaucoup plus fort et plus libre, à aller vers ce qui nous convient. Que cela réussisse ou pas, on se sent mieux d'avoir essayé que d'être resté au bord de ses envies, et donc de sa vie.

Le désir s'émousse-t-il avec le temps ?

Cet argument est fréquemment brandi pour justifier de ravaler nos désirs : ce n'est plus le moment, je n'ai plus l'âge... Or, ce désir qui nous anime n'est pas l'apanage de la jeunesse, il est toujours temps de l'écouter et de le mettre en acte.

Désir : il n'est jamais trop tard !

Chronique de Sophie Cadalen, psychanalyste, du 10 avril 2017

Le désir a-t-il un âge ? Si écouter la voix - souvent ténue - du désir qui nous agite, et la suivre, signifierait tout bazarder, tout remettre en cause... alors les effets pourraient être catastrophiques. Or, la plupart du temps, il ne s'agit pas de tout quitter, ni la femme que l'on aime ou le travail dans lequel on s'épanouit, mais de se réajuster à des endroits de notre vie : notre rapport aux autres, à la hiérarchie par exemple, notre façon d'appréhender le couple, les obligations dont on s'accable et qui peut-être ne sont pas si obligées... Si on remet tout en question, c'est parce qu'il n'y avait pas d'autre issue possible, que continuer comme on faisait à passer à côté de soi.

Le désir n'a pas d'âge

Parfois, on a davantage de courage le temps passant. À 20 ans, on a de l'énergie, de l'envie, mais une envie souvent empêtrée dans des doutes, le besoin d'être approuvé, d'être reconnu. Au fil du temps et de nos expériences, on gagne une plus grande liberté, on s'est affranchi des autres et de ce qu'ils pensent. On a fait des choses, plus ou moins réussies, on se connaît mieux, on a moins à se prouver à soi mais aussi aux autres.

Ecouter ses désirs ne signifie pas négliger la réalité qui nous entoure et les possibilités qui sont les nôtres. C'est ce qu'on appelle le principe de réalité. Les mettre en acte, c'est aussi faire des choix. Car si l'inconscient ne s'encombre pas de la contradiction, "faire" en toute conscience c'est décider d'une direction plutôt que d'une autre.

On peut avoir cajolé le projet de grimper l'Himalaya (ce qu'on n'a jamais pris le temps de concrétiser en raison d'un manque de temps ou d'autres aventures à mener) dans la force de l'âge. Selon sa condition physique et si le désir est puissant, l'aventure peut être menée, adaptée à nos capacités. Mais elle pourra être aussi sereinement abandonnée. À l'envisager, on peut en effet s'apercevoir qu'on a, à présent, le goût d'un certain confort, et pas celui de crapahuter et de dormir sous une tente, car nos désirs évoluent. Ce dont on rêvait un temps n'est peut-être plus ce qui nous est important le temps d'après.

Que risque-t-on à suivre ses désirs ?

Il n'existe pas de grand risque à suivre ses désirs. Au contraire, beaucoup de bénéfices,notamment sur la santé, peuvent en découler. Nos états d'être et d'âme influent sur notre santé, ce qui dysfonctionne dans le corps peut être le reflet de ce qui bloque dans nos têtes. En revanche, et c'est ce qui nous freine, on ne reconnaît ses désirs que si l'on s'assume comme acteur de sa vie. Personne ne peut nous dire ce qui au fond nous motive, personne ne peut nous indiquer la voie à suivre. La bonne voie étant celle qui nous est bonne à nous, et pas forcément aux autres. Il faut donc se prendre en charge, mais il n'y a pas d'âge pour oser l'aventure de sa vie.

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