Nouvelles drogues de synthèse de plus en plus nocives

Les drogues consommées en Europe sont de plus en plus nocives. Les nouvelles drogues de synthèse, commercialisées sur Internet, sont de plus en plus puissantes et dosées, s'alarme l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) dans son rapport annuel.

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Entretien avec le Dr Laurent Karila, addictologue

Plus de 80 millions d'Européens, soit un quart de la population adulte de l'Union européenne, ont consommé une drogue illicite à un moment de leur vie. Une consommation d'autant plus préoccupante que les drogues consommées en Europe sont de plus en plus nocives pour la santé, a alerté l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) dans son rapport annuel.

"Les drogues que nous observons aujourd'hui, sont à de nombreux égards, bien différentes de celles que nous connaissions auparavant", a prévenu Wolfgang Götz, directeur de l'OEDT. Ainsi, de "nouvelles substances psychoactives" de synthèse, non réglementées par le droit international parce qu'insuffisamment connues, "apparaissent sans cesse sur le marché de la drogue", où elles ont pour but d'imiter, voire de remplacer les drogues réglementées, note le rapport. En 2013, 81 nouvelles drogues ont été détectées.  

C'est sur Internet que ces nouvelles drogues, produites dans des laboratoires clandestins européens ou importées de Chine et d'Inde, sont souvent vendues comme "euphorisants légaux" ou "produits chimiques destinées à la recherche".

Même si globalement le nombre de décès liés aux drogues est en baisse en Europe (6.100 décès par surdose en 2012 contre 6.500 en 2011), certains pays (Estonie, Norvège, Irlande, Suède et Finlande) ont accusé une hausse préoccupante du nombre de décès par surdose.

Des drogues plus fortement dosées

L'héroïne est toujours impliquée dans de nombreux cas de surdose, mais le taux de décès lié à cette drogue est de manière générale en baisse. A l'inverse, le taux de mortalité lié aux opiacés de synthèse qui la remplacent est en hausse dans certains pays. La drogue dite des "sels de bain", aussi appelée "drogue du zombie" pour les cas de cannibalisme répertoriés suite à son ingestion, est associée à 99 décès, surtout au Royaume-Uni et en Finlande.

Autre inquiétude, l'usage de méthamphétamine, jusqu'alors limité à la République tchèque et à la Slovaquie, semble s'étendre à l'Allemagne, la Grèce, Chypre, la Lettonie et la Turquie, avec des pratiques de consommation à risque.

L'OEDT note également une réémergence préoccupante d'ecstasy fortement dosé, qui semble marquer une reprise du marché, comme en témoigne le démantèlement en 2013 en Belgique et aux Pays-Bas des deux plus grands sites de production de drogue jamais découverts dans l'UE.

Pour le cannabis, drogue la plus consommée en Europe (2.050 tonnes en 2013) - avec une consommation globalement stable ou en baisse -, la tendance est aussi à une forte hausse de la teneur en principe actif (le THC). Avec les nouvelles technologies, la production locale, de plus en plus liée aux réseaux criminels, s'étend dans toute l'Europe.

De même, on constate une hausse de consommation des cannabis de synthèse. Ceux-ci reproduisent les effets du cannabis naturel, mais ils sont plus puissants, plus dangereux et plus addictifs. De plus en plus de cas d'overdose sont rapportés avec l'usage de faux cannabis.

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