Nourrissons de Chambéry: plainte pour homicide involontaire

Les parents des nourrissons morts contaminés par des poches alimentaires ont porté plainte contre l'hôpital de Chambéry pour que "ça n'arrive plus jamais", tandis que le gouvernement a annoncé le retrait des lots de poches mises en cause dans cet "accident gravissime".

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Entretien avec le Dr Jean-François Magny, chef du service de néonatalogie de l'hôpital Necker-Enfants malades

La ministre de la Santé Marisol Touraine a assuré samedi 4 janvier 2014 que "tous les lots" de poches de nutriments mises en cause avaient été "retirés".

L'alimentation parentérale (c’est-à-dire par voie intraveineuse) est une technique de nutrition artificielle adaptée au cas du nourrisson prématuré.

Elle permet de fournir au bébé dont les réserves sont insuffisantes, des apports en eau et en énergie notamment sous forme de glucose (sucre), et de lipides. Ces derniers, au-delà de leur rôle énergétique, peuvent avoir un rôle structural en s'intégrant aux membranes des cellules.

L'enfant peut ainsi recevoir également des vitamines et oligo-éléments (zinc, fer, cuivre...), en particulier si l'alimentation par perfusion est exclusive, et des minéraux (calcium, sodium, potassium...).

Les poches en question viennent d'un laboratoire français, a indiqué le directeur de l'hôpital de Chambéry, en refusant d'en dévoiler le nom. L'Agence régionale de santé (ARS) n'a pas non plus souhaité divulguer cette information.

Les trois nourrissons, dont deux prématurés, étaient hospitalisés dans le service de réanimation néonatale de l'hôpital et sont morts les 6, 7 et 12 décembre 2013 à la suite d'une dégradation brutale de leur état général.

Poches contaminées

Ce n'est que quelques jours avant Noël, après qu’un quatrième nourrisson eut réchappé in extremis à la mort, que les parents apprendront la cause du décès de leurs enfants.

"Le quatrième enfant a manifesté les mêmes symptômes que les trois enfants précédents alors qu'il n'était pas dans le service de réanimation qui avait été fermé depuis quatre jours", a expliqué M. Martin lors de sa conférence de presse.

L'unité de réanimation néonatale de l'hôpital a en effet été fermée pendant une semaine, du 12 au 20 décembre, afin de désinfecter le service.

"C'était un bébé qui allait plutôt bien et qui était dans le service de néonatologie. Immédiatement, voyant qu'il avait les mêmes symptômes, les médecins ont fait le rapprochement avec les poches", a-t-il ajouté.

La poche alimentant ce bébé "nous a permis d'identifier un germe", a ajouté le directeur, sans préciser de quel type.

En outre, "au moins deux autres bébés" avaient "été alimentés avec des poches du même lot" sans manifester de symptômes, a-t-il rappelé.

Trouver la faille

Les trois familles ont déposé plainte pour homicide involontaire contre l'établissement.

"On ne veut pas qu'on nous plaigne", explique l’un des parents. "On a saisi la justice pour qu'ils trouvent ce qu'il s'est passé. Il y a une faille dans le système, il faut absolument qu'ils trouvent cette faille pour que ça n'arrive plus jamais", poursuit-il.

L'hôpital "assumera" si sa responsabilité est mise en cause, a assuré Guy-Pierre Martin, directeur de l'hôpital, affirmant que ce genre d'infection était inédit à sa connaissance.

Un lot de 137 poches

Les parents aimeraient savoir s'il existe d'autres décès liés à ces poches contaminées. Selon eux, elles venaient d'un lot de 137 poches, dont 102 ont été détruites ou utilisées.

Lorsque l'origine de l'infection a été découverte, les analyses ont montré que "les six poches qui restaient à l'hôpital de Chambéry étaient toutes contaminées", affirme Antoine.

"Il n'y a plus dans les hôpitaux de produits semblables à ceux qui ont été utilisés à Chambéry", a affirmé Mme Touraine le 4 janvier.

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