Nicolas Sarkozy : l'hôpital, moins de lits et plus de chirurgie ambulatoire

La santé reste un thème peu abordé dans les programmes des candidats à l'élection présidentielle. Pourtant elle reste un des principaux sujets de préoccupation des Français. Nous avons posé sept questions, identiques, aux six candidats en tête des sondages. Avenir de l'hôpital, remboursement des médicaments, dépendance, inégalité des soins, bulletin de santé du président de la République... Des questions qui apparaissent rarement dans les meetings et les interviews.

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Nicolas Sarkozy : l'hôpital, moins de lits et plus de chirurgie ambulatoire
Nicolas Sarkozy : l'hôpital, moins de lits et plus de chirurgie ambulatoire
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Sept questions à Nicolas Sarkozy

Sept questions à Nicolas Sarkozy, candidat de l'Union pour un Mouvement Populaire :

Nicolas Sarkozy (DR)
  • Comment allez-vous ? Comment faites-vous pour garder la forme pendant cette campagne présidentielle ?

Nicolas Sarkozy : "Une campagne électorale est très exigeante physiquement, mais la fonction de Président l'est aussi. J’ai donc une hygiène de vie stricte : je ne bois pas, je ne fume pas, je fais beaucoup de sport."

  • Quelle sera votre première réforme santé si vous êtes élu ?

Nicolas Sarkozy : "Le système de santé français est remarquable, considéré à juste titre comme l'un des meilleurs du monde. Mais nous devons rester mobilisés sur certains sujets majeurs et continuer les réformes engagées.

"Je souhaite garder le cap autours de trois priorités essentielles : continuer à réduire les inégalités santé sur chaque territoire, renforcer la qualité de notre système de santé, et garantir une meilleure efficience de ce dernier. Si je suis réélu, c'est donc sur ces trois priorités que je me concentrerai à nouveau. Prenons par exemple l'efficience. La santé est financée par la solidarité nationale. Elle justifie que chaque euro utilisé soit bien utilisé. Tout abus, tout gâchis doit être combattu. Les marges d'efficience inexploitées sont nombreuses malheureusement.

"Je souhaite poursuivre les actions ciblées sur certains indicateurs de santé pour gagner en efficacité. La France se caractérise par une mortalité par cancer supérieure à la moyenne européenne. Le taux de suicide est supérieur en France par rapport aux autres pays européens. La consommation de tabac et d'alcool reste très importante bien qu'en diminution. La France présente une mortalité infantile à la moyenne européenne mais loin derrière la Suède, ou les Pays-Bas. Il faut donc renforcer les plans de santé publique dédiés à ces sujets. J'engagerai un grand plan de prévention contre le suicide des jeunes. J'ajoute que je souhaite évidemment maintenir les efforts sur la maladie d'Alzheimer.

"À cela, s'ajoute le défi majeur des années à venir : adapter sans cesse notre système de santé aux nouveau enjeux, notamment les maladies chroniques, un progrès technique en accélération, et des contraintes financières fortes. L'hôpital doit se transformer, il y aura moins de lits, plus de chirurgie ambulatoire ; les maisons de santé pluridisciplinaires vont se développer sur tout le territoire ; la télémédecine, la prévention et l'éducation thérapeutique vont devenir plus centrales. Il nous faut passer d'une médecine pensée comme une succession d'actes médicaux indépendants à une médecine de "parcours". Une chose est sûre, le statu quo est impossible."

  • Reviendrez-vous sur la tarification à l'activité à l'hôpital (T2A) ?

Nicolas Sarkozy : "Je ne reviendrai pas sur la tarification à l'activité à l'hôpital. La tarification à l'activité est un bon principe de financement des établissements de santé. C'est le plus répandu en Europe. Aucun acteur sérieux du secteur ne défend un retour au modèle de financement d'antan, fondé sur des subventions globales, désincitatives et déresponsabilisantes.

"Bien sûr, ce modèle peut être amélioré dans ses modalités, être plus représentatif des coûts, être plus incitatif (chirurgie ambulatoire, plans de santé publique, etc.) et éviter les abus. Je rappelle que la T2A est déjà complétée par un financement pour les missions d'intérêt général. Certaines déclarations de candidats à cette élection me laissent dire que certains l'ignorent. J'ajoute que rien ne s'oppose à ce que d’autres missions soient demain incluses dans le système de la T2A."

  • Les affections longue durée (ALD) concernent 15 % des assurés et représentent 60 % des remboursements, et ces chiffres sont en constante augmentation. Comptez-vous supprimer la prise en charge à 100 % d'autres maladies chroniques, comme cela a été fait en juin 2011 pour l'hypertension artérielle ?

Nicolas Sarkozy : "Laissez-moi vous dire un mot d'abord de la question des maladies chroniques, parce que c'est un sujet fondamental. Si notre système de santé n'en tient pas compte, nous passerons à côté d'un enjeu majeur pour la santé des Français. Pourquoi ? Parce que nous ne pouvons plus avoir un système cloisonné face à ces maladies. Un patient atteint d'une maladie chronique a besoin d'une prise en charge globale, et non pas de se déplacer de multiples fois, de changer d'interlocuteurs en permanence, d'être confronté à des professionnels qui ne se parlent pas assez etc. C'est pour cela que j'ai créé les Agences Régionales de Santé (ARS), pour décloisonner le système sanitaire et médico-social. Il y a ensuite effectivement le sujet de la prise en charge. La prise en charge à 100 % est une nécessité. Je ne souhaite pas revenir sur ce principe. La Haute Autorité de Santé évalue en revanche son périmètre, pour ajuster la liste des pathologies chroniques. C'est une décision médicale, pas une décision politique."

  • En 2040, on estime que 3 Français sur 100 souffriront d'une maladie cérébrale dégénérative, type Alzheimer. Comment comptez-vous prendre en charge leur dépendance ?

Nicolas Sarkozy : "Vous le savez, nous nous sommes fortement mobilisés contre la maladie d'Alzheimer ces dernières années. Cette mobilisation s'est transformée en réalisations concrètes.

"Auparavant, un malade et sa famille s'adressaient en moyenne à trois structures, parfois davantage, avant de trouver la bonne prise en charge. Aujourd'hui, il y a un seul intermédiaire : les MAIA, les maisons pour l'autonomie et l'intégration des malades Alzheimer. Les patients sont aujourd'hui pris en charge plus rapidement, plus humainement et plus efficacement. 55 MAIA accueillent aujourd'hui les malades et leurs familles. 100 maisons supplémentaires sont en cours de sélection. Fin 2012, nous disposerons d'un réseau de 155 maisons.

"Le nombre de places en établissement capables d'accueillir des personnes dépendantes, notamment atteintes de la maladie d'Alzheimer, a augmenté depuis 2006 de 70 %.

"Aujourd'hui, les malades peuvent voir leurs proches ou leurs aidants mieux informés et mieux formés. Sans aide, la maladie d'Alzheimer est une maladie devant laquelle nous sommes démunis. Deux jours de formation par an sont ainsi proposés à chaque aidant familial. L'association France Alzheimer a formé 6 000 aidants, ce n'est pas rien.

"Par ailleurs, les patients bénéficient aujourd'hui de 65 unités spéciales dites cognitivo-comportementales en établissement de soins.

"Nous devons poursuivre et aller plus loin sur la prise en charge de la dépendance des personnes souffrant de maladies cérébrales dégénératives, type Alzheimer. Nous devrons faire la réforme de la dépendance, qui constitue une réelle priorité, dès que nous serons revenus à 3 % de déficit public, c'est-à-dire en 2013."

  • Quelles mesures comptez-vous prendre pour pallier l'inégalité d'accès aux soins et enrayer la multiplication des déserts médicaux ?

Nicolas Sarkozy : "La lutte contre les déserts médicaux est une forte préoccupation de nos concitoyens. Nous avons déjà mis en place un grand nombre de mesures.

"Nous avons augmenté le numerus clausus, nous avons facilité le cumul emploi-retraite pour inciter les médecins retraités à poursuivre leur activité et la nouvelle convention médicale a été renforcée sur le volet démographique. Sur ce dernier point, nous avons instauré deux nouvelles dispositions : la première incite les médecins de secteur 1 à l'installation et à l'exercice en groupe dans les zones déficitaires en offre médicale par une aide proportionnelle à l'activité et une aide à l'investissement ; la seconde encourage les médecins de zones excédentaires en offre médicale à prêter main forte à leurs confrères dans les zones déficitaires voisines au moins 28 jours par an, en contrepartie d'une aide proportionnelle à son activité solidaire.

"Nous avons aussi créé les maisons de santé pluri professionnelles pour encourager les professionnels qui ne souhaitent plus travailler seuls à se rapprocher les uns des autres ; nous avons mis en place les contrats d’engagement de service public qui permettent aux internes de recevoir une bourse pendant leurs études en échange de l’installation pendant quelques années dans des zones déficitaires ; des stages pour la médecine générale dans des zones déficitaires ont également été ouverts et les agences régionales de santé (ARS) que nous avons créées doivent garantir la cohérence territoriale et mettre en œuvre ces solutions sur mesure en fonction des territoires.

"Cette politique marche. Il y a eu l'année dernière, plus d'installations de médecins en milieu rural, qu'il n'y a eu de départs. Nous avons développé 230 maisons de santé pluri professionnelles en 2011, et nous en avons plus de 450 en projet. Sur l’année scolaire 2010-2011, 146 étudiants se sont engagés à exercer dans une zone déficitaire. Avec le cumul emploi-retraite, en 2011, ce sont plus de 5 100 médecins qui sont demeurés en activité, contre 3 800 en 2010 et 1 500 en 2008.

"Je crois en l'incitation. Je ne crois pas, comme le proposent certains, aux méthodes contraignantes consistant à imposer l'installation des médecins dans les zones déficitaires. Le système de santé se construit avec les professionnels de santé, pas contre eux. Une chose est certaine, nous devons continuer nos efforts."

  • Si vous êtes élu, publierez-vous un bulletin de santé régulièrement ? Quel médecin le rédigera ? Quelles informations comprendra ce bulletin de santé ?

Nicolas Sarkozy : "Je publie chaque année depuis cinq ans mon bulletin de santé. Il en sera de même au cours du prochain quinquennat si les Français me font confiance. (NDLR : aucun bulletin n'a été publié en 2008)."

 

A lire aussi :

Son programme santé

Sur ses 32 propositions, Nicolas Sarkozy fait peu de place à la santé. Une mesure propose la création de 750 maisons de santé pluridisciplinaires supplémentaires pour lutter contre les déserts médicaux. Le reste de ses propositions santé a été annoncé au fur et à mesure de la campagne, au cours de meetings ou d'interviews.

Hôpitaux

  • Pour désengorger les services d'urgences, création systématique d'"une maison avec des médecins libéraux" qui feront "les urgences du quotidien".
  • Développement des centres de santé de proximité.
  • Incitation à l'installation dans les déserts médicaux : Nicolas Sarkozy propose que "le médecin qui s'installe dans une zone de désert médical, pour le même acte, soit payé plus cher que s'il était dans les quartiers de nos villes où il y a trop de médecins."
  • Limitation des dépassements d'honoraires, après une discussion avec les organisations syndicales représentatives des médecins.

Assurance maladie

  • Promotion du "juste soin" par la disparition des examens et prescriptions inutiles
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  • Mise en place de la carte Vitale biométrique pour lutter contre la fraude sociale aux prestations sociales.
  • Remboursement des soins : Nicolas Sarkozy a annoncé que lorsque "nous serons revenus à l'équilibre, nous pourrons proposer de nouvelles réponses pour les dents et les lunettes".
  • Nicolas Sarkozy (UMP) envisage 13 milliards d'euros d'économies entre 2013 et 2016 en maintenant un Ondam (Objectif national de dépenses d'assurance maladie) à 2,5 % de progression.

Euthanasie

Nicolas Sarkozy ne désire pas aller plus loin que la loi Leonetti sur la fin de vie.

Handicapés

Nicolas Sarkozy a rappelé que l'Allocation aux adultes handicapés atteindra 776 euros en septembre 2012, soit "150 euros de plus en cinq ans pour chaque personne handicapée". Il dit souhaiter amplifier les efforts pour leur accès à l'emploi, à la formation et aux études pour les plus jeunes.

Une de ses 32 propositions tient à renforcer l'accueil des étudiants handicapés au lycée et dans les universités.

 

En savoir plus : les propositions de Nicolas Sarkozy

Le programme santé des autres candidats :