Quatre questions sur l'addiction au tramadol

Le tramadol est un médicament très prescrit du fait de son efficacité. Sa consommation fait pourtant courir le risque d'une addiction. Comment savoir si l'on est dépendant au tramadol ? Comment réussir son sevrage ? Le Dr Sarah Coscas, addictologue, répond à nos questions.

Dr Charlotte Tourmente
Dr Charlotte Tourmente
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Quatre questions sur l'addiction au tramadol
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En 2019, l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament alertait sur la consommation française d'opioïdes, regroupant les drogues et médicaments ayant les mêmes effets que l'opium. Le tramadol arrivait, en tête, sa consommation a doublé entre 2004 et 2017. 

"Il y a une explosion des addictions aux opiacées par le biais des antalgiques, que l'on constate cliniquement", commence d'emblée le Dr Sarah Coscas, addictologue. "Le tramadol fait partie des opiacés, par définition des substances très addictogènes. N'importe quelle personne peut vite avoir des signes de manque en 2 à 3 semaines si le traitement est mal arrêté."   

Quels sont les symptômes de l'addiction au tramadol ?

Le premier signe d'une addiction est la perte de contrôle. La personne ne peut plus se passer du tramadol, le nombre de comprimés prescrits n'est plus respecté. "Un autre élément très important est l'augmentation des doses, appelée phénomène de tolérance, car au bout d'un moment, le traitement ne fonctionne plus", reprend le Dr Coscas. "La personne se désintéresse peu à peu des activités du quotidien, il peut aussi y avoir une dépression."   

Autre signe d'addiction : l'apparition de douleurs. "Ce sont des douleurs liées au manque alors même que la douleur initiale n'est plus là. Les autres signes sont des tremblements, des sueurs, une sensation de chaud-froid, le nez qui coule, ou encore des diarrhées."  

La notion de durée est également prise en compte dans l'addiction, d'après la spécialiste. Par exemple, une prise de tramadol de quelques semaines, à la suite d'une opération, n'est pas inquiétante. Si elle se prolonge, elle le devient.

Le Dr Coscas recommande aux médecins de prévoir une date de fin à chaque prescription et de prévenir les patients. Ces derniers sont obligés depuis 2020 de renouveler leur ordonnance tous les 3 mois, pour limiter les risques d'abus. 

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Quels sont les facteurs augmentant le risque d'addiction ?

"Avoir ou avoir eu une autre addiction augmente le risque d'addiction, déclare le Dr Coscas. Tout comme des antécédents psychiatriques, tels que des troubles dépressifs ou anxieux, ou un mauvais usage, avec un médicament mal prescrit, pour des douleurs peu fortes."   

 Plus la prise est longue, plus les doses sont élevées, plus le risque est important.  

Les enfants peuvent-ils devenir dépendants ?

Le tramadol peut être prescrit aux enfants de plus de 3 ans, pour des douleurs intenses ou n'étant pas soulagées par le paracétamol ou l'ibuprofène.   

Selon le Dr Coscas, "les enfants souffrent plutôt d'une addiction comportementale, aux écrans par exemple. Mais une addiction est potentiellement possible."  

 l'extérieur de l'hôpital, à l'exception des crises de drépanocytose ou de pathologies graves et extrêmement douloureuses, on n'utilise pas de morphinique (NDLR : le tramadol est un morphinique faible, moins puissant que la morphine)", rassure le Pr Robert Cohen, pédiatre. "Le tramadol ne peut pas être donné avant 3 ans, et 80% de nos consultations concernent des enfants de moins de 3 ans." 

Les autorités sanitaires alertent surtout sur le risque de surdosage, parfois mortel, chez les enfants, mais pas sur celui de dépendance. Pourtant, les adolescents sont concernés par le risque d'abus, de dépendance ou d'augmentation volontaire des doses.

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Comment est prise en charge une addiction au tramadol ?

Lorsque le tramadol est arrêté brutalement, il expose à des symptômes de sevrage et à un effet rebond. En d'autres termes, les douleurs augmentent temporairement à l'arrêt du traitement. Il est donc recommandé de diminuer les doses, de façon accompagnée et progressive, à raison d'une baisse de 5 à 10 % toutes les une à 4 semaines, en fonction des patients.   

Plus la prise est ancienne plus il faut diminuer doucement. Dr Coscas.

Un traitement symptomatique peut être proposé en cas de signe de sevrage, comme le paracétamol ou le phloroglucinol. La prise en charge non médicamenteuse est privilégiée, avec des traitements pour améliorer le confort, comme la relaxation, les bains chauds quand il y a des douleurs musculaires, l'hypnose.   

"Une thérapie cognitive et comportementale est faite en première intention", reprend l'addictologue. "Elle se fonde sur des entretiens motivationnels. On travaille aussi sur les fausses croyances qui entretiennent l'addiction, comme le fait de bien dormir avec le tramadol, alors qu'il n'y a pas de sommeil profond, que l'on est assommé et qu'il y a des troubles de la mémoire."   

D'après la revue Prescrire, "le sevrage nécessite une forte motivation des patients et justifie un accompagnement prolongé".

En cas d'échecs répétés du sevrage ou si l'on continue à augmenter les doses ou les prises, un traitement de substitution, comme la buprénorphine, peut éventuellement être proposé, dans un cadre médical.  

Tramadol, une prescription survellée  —  Le Magazine de la Santé - France 5

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