Cocaïne : avancée dans la compréhension du manque

Des chercheurs américains ont identifié, sur une souris transgénique, le récepteur cellulaire qui pourrait être impliqué dans le sevrage des cocaïnomanes.

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Cocaïne : avancée dans la compréhension du manque
Cocaïne : avancée dans la compréhension du manque

Contrairement aux autres additions provoquées par le tabac, l'alcool ou les opiacés, la prise de cocaïne entraîne un autre type de mécanisme de dépendance. "Les alcooliques, héroïnomanes ou accrocs à la cigarette vont consommer tous les jours", explique le Dr Laurent Karila, psychiatre et spécialiste des addictions à l'hôpital Paul-Brousse (AP-HP). "Les cocaïnomanes, eux, vont consommer par cycles, et peuvent passer 2-3 jours sans consommer".

Si elle n'observe pas les mêmes mécanismes, la dépendance est pourtant là - elle se traduit par le manque et l'envie de consommer. Mais pour l'instant, on ne sait pas comment atténuer les symptômes dûs au sevrage et empêcher les rechutes du consommateur.

"Quand vous consommez de la cocaïne, tout va très très vite, on se sent très fort, on n'a plus d'inhibitions, plus de freins", poursuit le Dr Laurent Karila. "Le cerveau est tellement saturé qu'au moment du sevrage on ne trouve plus comment réguler ces freins non plus." S'ensuit un état dépressif, dans lequel on se sent mal, démotivé et sans volonté.

Une étude menée par des chercheurs de l'université d'Etat de Washington (Etats-Unis), a permis d'identifier dans le cerveau un récepteur (le récepteur cannabinoïde CB1) qui pourrait être impliqué dans la régulation de ce fameux frein. Il se trouve dans le noyau accumbens, une zone du cerveau, véritable carrefour des addictions, impliqué dans les émotions et la motivation, et très sensible à la cocaïne.

Jouer sur ce récepteur permettrait d'atténuer, donc, les effets du sevrage de cette drogue. "Pour l'instant, ce n'est qu'une découverte sur une souris, mais cela ouvre un nouveau champ dans la connaissance et la compréhension du manque", s'enthousiasme le Dr Laurent Karila. Reste à déterminer quelles molécules permettraient d'activer ce récepteur, pour envisager un traitement propre au sevrage des cocaïnomanes.

Etude de référence : "Cannabinoid receptor 1-expressing neurons in the nucleus accumbens", PNAS 2012 ; published ahead of print September 10, 2012, doi:10.1073/pnas.1206303109

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