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Être très intelligent ne prédispose pas à des troubles psychologiques

TRIBUNE – Selon une idée reçue, les personnes dotées d'une intelligence élevée tendraient à développer plus de troubles psychologiques que les autres. Pourtant, les recherches menées pour explorer cette hypothèse réfutent une telle association. Si vous ou l'un de vos enfants possèdez ce que l'on nomme un "haut potentiel intellectuel", ne paniquez pas, ce n’est pas grave !

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Être très intelligent ne prédispose pas à des troubles psychologiques
Être très intelligent ne prédispose pas à des troubles psychologiques (© Fotolia / Tyler Olson)

Le mythe d'une "contrepartie au génie"

On désigne comme étant "à haut potentiel intellectuel" (HPI) — ou "surdouées" — les personnes dont l’intelligence, telle que mesurée par un test de quotient intellectuel (le fameux QI), dépasse 130. Elles représentent environ 2,3 % de la population générale.

L’association de la folie et du "génie" est courante dans les œuvres littéraires ou cinématographiques. Dans Un homme d’exception, film qui relate la vie du grand mathématicien John Nash, la schizophrénie dont il était atteint semble indissociable de son intelligence... Pourtant, les faits contrastent beaucoup avec ce stéréotype.

Affiche du film "Un homme d’exception", de Ron Howard (2001)

Les individus HPI, et surtout les enfants, sont tantôt perçus comme des génies à qui aucun problème ne résiste, tantôt… comme des victimes d’un avantage dangereux qui pourrait leur causer des troubles sans fin. Depuis quelques décennies, des associations (par exemple l’AFEP) et des entreprises privées (par exemple COGITO’Z) œuvrent à faire connaître ce qu’elles pensent être des spécificités des enfants HPI afin d’améliorer leur situation et notamment leur prise en charge éducative.

L’image véhiculée par ces différents acteurs, qui s’est peu à peu diffusée par les réseaux sociaux et les médias, est exagérément négative : on envisage les personnes HPI anxieuses, dépressives, prédisposées à l’échec scolaire, à la dyslexie, ou présentant des troubles du spectre autistique. Ces caractéristiques attribuées aux individus HPI contredisent fréquemment les données factuelles, comme nous l’allons voir sur quelques exemples.

Précisons tout de suite une chose importante : nous ne prétendons pas que les HPI ne peuvent pas être dépressifs, anxieux ou dyslexiques. Cela arrive. Simplement, l’association d’un QI supérieur et d’un trouble est probablement fortuite. Il ne faut pas chercher un lien de cause à effet entre les deux.

Les individus "HPI" ne sont pas particulièrement anxieux

Le génial Adrian Monk, héros de la série policière Monk (tout court), est un personnage typique de ce qu’on peut imaginer d’un HPI. Ses idées fusent, il trouve, par des détours inattendus, des solutions à des problèmes coriaces. Mais il est aussi, entre autres troubles évidents, terriblement anxieux.

Dans la série Monk, d'Andy Breckman (2002-2009), le personnage joué par Tony Shalhoub est terriblement anxieux, et souffre de troubles obsessionnels compulsifs (TOC).

Est-il possible que cette association soit générale ? Qu’une intelligence supérieure cause l’anxiété ? Cette hypothèse est en tout cas savamment entretenue par divers médias. L’idée n’est pas absurde a priori, car on peut imaginer des mécanismes qui pourraient expliquer un tel phénomène. Mais avant d’échafauder des théories sur un lien hypothétique, mieux vaut se préoccuper de savoir s’il existe.

Nous avons dénombré 14 études scientifiques effectuées dans différents pays (France, USA, Israël, Lettonie, Canada, Pologne) dont aucune n’aboutit à la conclusion que les HPI sont plus anxieux que les autres en général. Mieux : les études les plus rigoureuses et portant sur les plus grands échantillons donnent les résultats les plus encourageants, en associant au contraire un QI supérieur à une moins grande anxiété en moyenne. Ces études ont fait l’objet d’au moins deux méta-analyses qui confirment ce résultat : rien ne suggère que le haut potentiel s’accompagne, en moyenne, d’une plus grande anxiété. [1]

Les personnes avec autisme ont rarement un haut potentiel intellectuel

Le stéréotype du génie autiste et surdoué a inspiré plusieurs auteurs et réalisateurs. On pense par exemple au film Rain Man, qui conte l’histoire de Raymond (incarné par Dustin Hoffman), un autiste génial capable de prouesses intellectuelles. De telles personnes existent en effet : haut potentiel et autisme ne sont pas incompatibles.

Affiche du film "Rain Man", de Barry Levinson (1988)

Pour autant, l’autisme s’accompagne plus souvent d’un retard mental que d’un QI très élevé. Les cas de personnes à la fois HPI et autistes sont rares, et étudiés à part dans la catégorie des individus "doublement exceptionnels", qui présentent un trouble tout en étant HPI.

Une des sources possible de la fable d’un lien entre autisme et HPI pourrait être que par certains traits de caractère — comme par exemple une propension à avoir des centres d’intérêts décalés —, les HPI peuvent quelquefois évoquer des manifestations autistiques. Des chercheurs s’inquiètent d’ailleurs d’un risque d’erreur de diagnostic qu’ils jugent important à cause de telles similitudes. [2]

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Les HPI ne souffrent pas spécialement de dyslexie

Même si cette idée est sans doute un peu moins vive que celles associant HPI et autisme ou anxiété, on peut lire ici ou qu’un QI élevé serait souvent associé à la dyslexie, un trouble spécifique des apprentissages touchant la lecture. En réalité, le QI est lié positivement aux capacités de lecture, si bien que les personnes ayant les plus haut QI sont aussi celles, en moyenne, qui ont le moins de difficultés en lecture. Un apprentissage précoce de la lecture est d’ailleurs un signe évoquant le haut potentiel intellectuel.

On pourrait sans doute en déduire que les HPI sont au contraire particulièrement peu nombreux à souffrir de dyslexie. Ce n’est pas tout à fait le cas. Une personne est dite dyslexique si elle présente des difficultés en lecture qui ne peuvent pas s’expliquer par un QI trop faible. Autrement dit, une personne ayant un QI et des capacités en lecture faibles ne sera pas considérée comme dyslexique. On interprétera alors ses difficultés comme l’effet d’un déficit plus général détecté par le QI. Une conséquence de cette définition est que, si les HPI ont un meilleur niveau de lecture que les autres en moyenne, ils sont à peu près autant concernés par la dyslexie… mais pas plus ! [3]

Pourquoi de tels mythes ?

Ce que nous avons évoqué ici sur trois exemples est encore vrai pour d’autres. Les HPI sont, par exemple, rarement en échec scolaire, contrairement à un poncif victimaire qu’aucune preuve ne semble pouvoir arrêter. Ils ne semblent pas non plus particulièrement frappés de troubles de l’attention ; en revanche, ils peuvent donner l’impression d’en souffrir, ce qui conduit sans doute à des erreurs de diagnostic.

Les légendes noires circulant sur les HPI sont délétères, car elles font croire à tort aux personnes HPI souffrant par ailleurs d’un trouble que leur problème est, en quelque sorte, un effet secondaire de l’intelligence et qu’on ne peut toucher l’un sans l’autre.

Une des raisons de la persistance de ces mythes est que des spécialistes de terrain, qui n’ont pas le recul que donne l’épidémiologie, ont cru les observer. Ces praticiens ont hélas accès à un échantillon fortement biaisé. Les HPI qui ne souffrent pas de troubles particuliers ne consultent que peu, sont rarement repérés et pour la plupart ne connaissent pas leur QI. Pour cette raison, les cliniciens voient défiler essentiellement des HPI souffrant de divers troubles, leur donnant l’impression fausse d’un lien. Lorsqu’on prend du recul et qu’on cherche un échantillon représentatif de l’ensemble des HPI, le tableau est tout à fait différent et bien plus réjouissant pour les personnes concernées.

Notes et références

[1] Concernant la partie : Les individus "HPI" ne sont pas particulièrement anxieux

[2] Concernant la partie : Les personnes avec autisme ont rarement un haut potentiel intellectuel

[3] Concernant la partie : Les HPI ne souffrent pas spécialement de dyslexie

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