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À quoi servent les anticoagulants ?

Les anticoagulants sont prescrits à plus d'un Français sur cent. Essentiellement destinés à fluidifier le sang, ces traitements sont toutefois difficiles à utiliser et peuvent être à l'origine de complications.

Rédigé le , mis à jour le

À quoi servent les anticoagulants ?
À quoi servent les anticoagulants ?
Sommaire

Qu'est-ce qu'un anticoagulant ?

Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes expliquent le rôle des anticoagulants.

Près d'un Français sur 100 consomment, parfois sans le savoir, des anticoagulants. Après une chirurgie orthopédique, une embolie pulmonaire, un infarctus, des anticoagulants sont prescrits pour rendre le sang plus fluide. Problème : ces médicaments sont difficiles à utiliser et peuvent être à l'origine de complications graves.

Lorsqu'on se blesse légèrement, on arrête de saigner assez rapidement, on a l'impression que le sang sèche. En réalité, il coagule au niveau de la brèche. Un phénomène possible grâce à la présence de plaquettes sanguines capables de s'agglutiner à la moindre lésion. Elles commencent par former un amas au niveau de la blessure : c'est le clou plaquettaire. S'ensuit alors une cascade de réactions chimiques qui fait intervenir plusieurs facteurs, dont la vitamine K. C'est leur action combinée qui aboutit à la formation du fameux caillot sanguin. Une fois la lésion guérie, ce caillot se dégrade.

Dans certaines situations, cette capacité sanguine à coaguler devient un risque pour la santé. C'est le cas dès que le sang n'est plus en mouvement, comme lorsque l'on reste immobilisé au cours d'un long vol ou quand on a la jambe dans le plâtre. Le sang a tendance à "se figer" et à s'agglutiner, ce qui favorise la formation de caillot.
 Il y a aussi un risque en cas de phlébite, ou de plaque d'athérome, car la paroi du vaisseau est fragilisée. 

Si un thrombus (un caillot) se forme, il peut non seulement obstruer le vaisseau et bloquer la circulation sanguine, mais en plus, il peut se détacher et migrer vers des zones vitales comme le cœur, les poumons ou encore le cerveau et provoquer un AVC : un accident vasculaire cérébral.

Pour éviter ces situations, l'administration d'anticoagulants va permettre de fluidifier le sang. Certains agissent en bloquant la formation du thrombus, ce sont les héparines. Ils inhibent la transformation des protéines de la coagulation (transformation du fibrinogène en fibrine) et du coup bloque la formation du thrombus. D'autres bloquent la production de facteur de la coagulation comme les anti-vitamines K. Les "anti-vitamines K" diminuent la fabrication par le foie de certains facteurs de la coagulation et freinent par ce mécanisme le processus même de la formation.

A quoi servent les anticoagulants ?

Comment les anticoagulants peuvent-ils être utiles en cas de troubles du rythme cardiaque ?

Les anticoagulants sont donc prescrits dans de nombreux cas : phlébite, embolie pulmonaire, port de certaines valves cardiaques, ou après un infarctus du myocarde.

Les troubles du rythme cardiaque sont un des principaux motifs de traitement anti-coagulant, un traitement avec lequel José vit très bien depuis un an.

Des comprimés à la place des piqûres

Le traitement anticoagulant par voie orale nécessite un suivi sérieux et régulier.

Une nouvelle génération d'anti-coagulants qui n'a plus besoin de prises de sang régulières fait ses premiers pas dans la prévention des phlébites en chirurgie orthopédique.

Anticoagulants : contrôler sa coagulation à domicile

L'autosurveillance de la coagulation

Prendre des anti-vitamines K au long cours, c'est devoir chaque mois faire des prises de sang. Des rendez-vous au laboratoire qui peuvent vite devenir pesants. Il existe pourtant un moyen de contrôler sa coagulation à domicile : on parle d'autosurveillance. Une méthode fiable mais très coûteuse. Explications.

En cas de surdosage, les anticoagulants peuvent provoquer de graves hémorragies. Il faut donc faire une prise de sang chaque mois, des rendez-vous au laboratoire incompatibles avec l'emploi du temps de certains patients. Ces derniers se tournent donc vers l'autosurveillance du taux de coagulation, un test rapide pour vérifier que tout va bien.

Mais cette tranquillité a un prix. L'appareil d'automesure coûte en effet près de 800 euros en France. Et il n'est remboursé par la Sécurité sociale que pour les mineurs. La Haute autorité de santé s'est prononcée contre sa prise en charge par l'Assurance maladie pour les adultes. Motif du refus : les patients ne seraient pas assez formés pour utiliser eux-mêmes ces machines. Ils auraient besoin de plus d'éducation thérapeutique. Seulement il n'existe que trois centres spécialisés en France où apprendre à contrôler sa coagulation.

Pourtant cette autosurveillance et l'anticipation des risques des anticoagulants seraient particulièrement bénéfiques pour les patients comme l'explique Claire Bal dit Sollier, coordinatrice du centre d'éducation des antithrombotiques à l'hôpital Lariboisière : "Dans d'autres pays où l'utilisation de ces appareils est plus répandue, notamment en Allemagne, il a été démontré que cela réduisait les accidents thrombo-emboliques ou les accidents hémorragiques. Il y a donc une meilleure prise en charge du patient avec l'utilisation de ces appareils".

Pour généraliser la formation, de nouveaux centres devraient voir le jour. Des investissements nécessaires quand on sait que les anti-vitamines K causent 17.000 hospitalisations et 4.000 décès chaque année en France.

Les risques des nouveaux anticoagulants

Retour sur l'affaire du Pradaxa®

En 2013, quatre familles ont porté plainte contre le fabricant du Pradaxa®, un nouvel anticoagulant. Elles accusent ce médicament d'avoir provoqué des hémorragies mortelles pour leur proche.

Le Pradaxa® est en effet suspecté d'avoir causé des centaines de décès depuis son lancement en 2008. Les familles ont porté plainte pour homicide involontaire contre le fabricant du Pradaxa®, le laboratoire allemand Boehringer déjà poursuivi dans plusieurs pays.

En France, les plaignants n'ont pas obtenu l'ouverture d'un procès. Les plaintes ont été classées sans suite malgré certains documents compromettants comme l'explique Me Philippe Courtois, avocat des familles des victimes : "Au cours de la procédure amiable aux Etats-Unis, nous avons eu accès à des mails échangés en interne entre les collaborateurs du laboratoire en cause, qui reconnaissent qu'ils savaient qu'il y avait un problème. Mais pour une question financière, ils ne pouvaient pas remettre en cause la mise sur le marché de leur produit. Et pour une raison inexplicable, le procureur a classé sans suite l'affaire sans étudier davantage la question alors que nous disposons d'éléments de preuves. On sait qu'il y a des problèmes, on sait qu'il n'y a pas d'antidote, on sait que le produit peut être dangereux pour les personnes, on sait que l'étude à l'origine de la mise sur le marché est remise en cause… mais le procureur a décidé de classer l'affaire".

Depuis, les clients de Me Courtois ont déposé une nouvelle plainte pour obtenir la désignation d'un juge d'instruction. Leurs accusations sont confirmées par de plus en plus de professionnels de santé comme le Pr Alain Astier, chef du service pharmaceutique à l'hôpital Henri Mondor : "La question est de savoir pourquoi utiliser des nouveaux anticoagulants alors que les anciens fonctionnent relativement bien. Les nouveaux anticoagulants sont d'abord beaucoup plus coûteux que les anciens, ils n'apportent pas sauf cas particuliers d'avantages considérables par rapport aux anciens si ce n'est le fait que l'on n'a pas besoin de faire de suivi biologique, du moins théoriquement". Eviter le suivi biologique était pourtant le principal argument de vente du Pradaxa®.

Aujourd'hui l'Agence nationale du médicament reconnaît le besoin d'un usage adapté à chaque patient et la nécessité d'une surveillance en cours de traitement. Deux études nationales sont menées pour comparer les effets indésirables entre les deux classes d'anticoagulants. En attendant leur conclusion, ces traitements ne peuvent être modifiés ou arrêtés sans un avis médical.

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