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Comment définir les violences obstétricales ?

La polémique qu’a lancée au mois de juillet 2017 la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Sciappa sur le taux d’épisiotomies pratiquées en France a permis de mettre en lumière la notion de « violences obstétricales »,  jusqu’alors taboue. Un rapport du Haut Conseil à l’égalité devrait préciser l'étendue de ces violences subies par les femmes pendant leur grossesse ou leur accouchement. En attendant, comment ce terme est-il perçu par les obstétriciens, les sages-femmes et les associations ? 

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Comment définir les violences obstétricales ?
Il n'existe pas encore de définition précise, mais les violences subies par les femmes pendant la grossesse ou l'accouchement sont une réalité.

Parfois, la naissance d'un enfant est gâchée par de mauvais souvenirs. L’accouchement peut être vécu comme un épisode traumatique, et de plus en plus de femmes dénoncent les violences obstétricales ou gynécologiques qu'on leur a fait subir. Elles peuvent être d’ordre verbal ou physique. "Paye ton gynéco", lancé fin janvier 2017 sur Facebook et Tumblr, collecte et diffuse ces témoignages de mauvais traitements de la part de gynécologues. Remarques sexistes telles que "tu vas pas faire ta mijorée", gestes pratiqués avec brutalité et sans prévenir, comme le toucher vaginal, pratiques douloureuses qui ne font plus partie des recommandations médicales officielles, comme l'expression abdominale lors de l’accouchement, épisiotomies non consenties, la liste est encore longue.

Des violences physiques et psychologiques

Des comportements qui existent partout dans le monde. Selon une publication de l'OMS de septembre 2014, "les rapports publiés sur le manque de respect et les mauvais traitements subis par les femmes lors de l’accouchement en établissement de soins font état d’agressions physiques, d’humiliations graves, d’agressions verbales, de procédures médicales imposées de manière coercitive ou effectuées sans l’obtention d’un consentement (incluant la stérilisation), de manque de confidentialité, d’absence de consentement pleinement éclairé, de refus de leur administrer des médicaments contre la douleur, de violations flagrantes de leur intimité, de refus d’admission dans les établissements de santé, de négligence entraînant des complications évitables et qui constituent une menace pour leur vie, et la détention des femmes et de leur bébé dans l’établissement, après la naissance, lorsque la mère est incapable d’acquitter les frais." De plus, certaines femmes sont plus susceptibles que d’autres d’être victime de manque de respect ou de mauvais traitements, notamment les adolescentes, les mères célibataires, les femmes défavorisées sur le plan socio-économique, les femmes issues de minorités ethniques, les immigrantes et les femmes séropositives.

Des demandes d'explication post-accouchement

En France, 90% des demandes de recours pour des actes commis lors de la grossesse et de l’accouchement sont des demandes d’explication, d'après les chiffres du Ciane (collectif interassociatif autour de la naissance). Par exemple, le risque de traumatisme est plus grand si une femme subit une révision utérine (lorsque le médecin rentre son bras jusqu’au coude dans l’utérus de la patiente pour vérifier qu’il n’y ait pas de débris placentaire) sans aucune explication. "C’est un acte d’une violence inouïe", précise Gisèle Piroit, sage-femme à la Maison de naissance de Bourgoin-Jallieu (Isère) et membre de l’UNSFF (union nationale et syndicale des sages-femmes). Elle déplore le trop grand nombre de femmes qui lui relatent des épisodes traumatiques. Chantal Ducroux-Schouwey, présidente du Ciane (Collectif interassociatif autour de la naissance), partage le même sentiment et se souvient d’une femme qui a mis sept ans avant de concevoir un autre enfant, tant le souvenir de l’accouchement était une souffrance.

Certains gestes sont guidés par les habitudes mais ne sont pas toujours justifiés médicalement. Il suffirait parfois d'adapter ces pratiques pour améliorer le ressenti des patientes. "Il faut que la profession se remette en question car certains praticiens ont des choses à apprendre sur l’approche du corps de la femme", explique le Dr Brival, gynécologue-obstétricienne à la maternité des Lilas. "Le fait d’être allongée sur une table (alors que d’autres postures comme être à quatre pattes seraient plus confortables) avec un monitoring qui serre le ventre, d’accoucher avec des forceps ou de subir un déclenchement d’accouchement est très violent"

A l’origine, une pratique de la médecine dogmatique

La relation médecin-patient a été profondément bouleversée ces dernières années, comme l’explique l’obstétricienne. "A présent, la population est renseignée et les médecins doivent se confronter à cette nouvelle donne. On a dépassé la période de la suprématie de la science où le médecin était le seul à posséder le savoir et les patients devaient s’y soumettre sans demander la moindre explication". Respecter la parole de la femme, expliquer en amont pourquoi le médecin lors d’un accouchement à risque était obligé de pratiquer une épisiotomie, une césarienne ou une révision utérine. C’est cette démarche pédagogique que les gynécologues devraient adopter aujourd’hui selon la spécialiste.

De plus, "l’accouchement demeure pour les femmes le moment le plus vulnérable", selon l’OMS. En effet, l’accouchement est "une période de grande vulnérabilité, d'hypersensibilité", explique Gisèle Piroit. "Les femmes sont, pendant l'accouchement, contrairement à ce que l'on pourrait croire, en état de conscience modifiée et non en état de perte de conscience. Elles sont en hypervigilance, prêtes pour protéger leur enfant", poursuit la sage-femme. Cette notion de conscience est un élément essentiel pour comprendre ce qu’induisent les violences obstétricales car ce qui est souvent reproché aux gynécologues-obstétriciens est de ne pas prendre en compte la décision de la patiente.

Vers une autre pratique de l’accouchement ?

Damien Peracchia, sage-femme à la maternité St George de Nice, déclare que "depuis quinze ans la question de l’épisiotomie, par exemple, est remise en cause dans les écoles de sages-femmes". Il ajoute que "la pratique actuelle va à l’encontre de ce qu’apprenaient les anciens obstétriciens". Et les chiffres le prouvent : 26,8 % des épisiotomies sont pratiquées lors d’accouchements par voie basse en 2010 (source Inserm), dont 44,4 % d’épisiotomies pour les femmes accouchant pour la première fois (primipares), et 14,2% pour les femmes ayant déjà accouché (multipares). Alors qu'en 1998, cette intervention était réalisée dans 55 % des cas et jusqu’à 71,3 % lors d’une première naissance.

Le taux d’épisiotomie a donc considérablement baissé en France, ce qui est positif. Mais tant que les professionnels de la grossesse ne considèreront pas la femme comme une co-participante de l’ensemble du processus médical, on continuera à parler de violences obstétricales. Le vécu de la patiente, sa douleur, son choix, sont autant d’éléments à prendre en compte dans cet état si particulier qu’est l’accouchement.

 

 

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