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Le blog de garde de Gérald Kierzek

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Primum non nocere...en médecine et en secourisme aussi

Rédigé le 09/10/2013 / 0

La célèbre formule  « d'abord, ne pas nuire » attribuée à Hippocrate est aussi valable en secourisme. Suivre ce conseil aurait peut-être permis d'éviter des conséquences terrifiantes lors d'une récente intervention...

10H, Accident de chantier en plein coeur de Paris, chute d'un ouvrier de plus de 6 mètres. Nous décalons en appui de la BSPP (Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris) et arrivons sur place quelques minutes après. Le patient, étonnament, est déjà dans leur véhicule, coquillé et avec un collier cervical; étonnament, car les consignes sont plutôt, sauf danger immédiat, de laisser la victime en lieu et place et d'attendre l'équipe médicale avant de procéder au relevage. Toujours ne pas aggraver...

Le patient est conscient, les constantes sont bonnes (tension artérielle, fréquence cardiaque, Sat,...): 

- "Serrez moi la main"

- "Je n'y arrive pas"

- "Bougez les pieds"

Rien. Le patient peut tout juste hausser les épaules mais la motricité des membres inférieurs  et supérieurs est réduite à néant. Aréfléxie des 4 membres. Aïe. Nous craignons le pire: une lésion haute de la moelle épinière, région cervicale probable.

Bilan, demande de place dans un réveil (réanimation spécialisée dans l'accueil des polytraumatisé, car le fémur est suspect de fracture aussi) avec de la neuro-chir, motards commandés...Je décide de le laisser dans le camion rouge pour ne pas risquer un transfert de brancard....toujours primum non nocere.

Je prends quelques minutes pour remonter sur le lieu de l'accident le fil de l'histoire et de la chute. Poutre métallique, chute de 6 m (2 étages environ), réception à plat dos avec le casque de chantier. "Il bougeait" me disent les témoins mais, je ne sais pour quelle raison, l'un d'eux l'a tourné sur le côté pour le mettre en PLS. Il était conscient, pas de danger immédiat,...et une manoeuvre intempestive.

Pimpom, réveil, transfert et transmission,..le patient est au meilleur endroit où réa, neurochir et orthopédiste vont le prendre en charge.

Les nouvelles tombent dans la journée et elles ne sont pas bonnes: le patient est au bloc, fractures cervicales confirmées avec probable mécanisme de cisaillement de la moelle. Quelques jours plus tard, le patient est trachéotomisé, tétraplégique pour l'instant.

L'application concrète du "Primum non nocere" aurait été de ne pas toucher le patient.

La PLS 'position latérale de sécurité' est bonne sur un individu inconscient, pour éviter qu'il ne s'étouffe. Il était conscient.

Le dégagement d'urgence (traction par les mains ou par les pieds) se justifie en cas de danger qu'on ne peut soustraire. Il n'y avait pas de danger.

La meilleure attitude dans ce cas aurait donc été d'attendre les secours en maintenant la victime dans la position trouvée, en empêchant au maximum les mouvements. Caler la tête par exemple entre les mains du sauveteur. 2 points clés: la tête reste immobile; le maintien est permanent.

Il est bien difficile de dire si les lésions ont été réellement aggravées par l'intervention des témoins; en tous cas, c'est l'occasion de rappeler ces gestes de bon sens à faire...ou ne pas faire ! 

En savoir plus: http://www.cnrs.fr/languedoc-roussillon/10-deleg-votre-service/10-7-hs/docs/PSC1_-_juillet_2007.pdf


 

 

 

 

 


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