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La chronique du handicap

La chronique du handicap

Handicap mental : combattre les clichés

Rédigé le 22/03/2017 / 0

Je pousse un nouveau coup de gueule aujourd'hui car si je vous dis qu’une personne sur 4 sera concernée au cours de sa vie, vous pensez à quoi ? A un trouble psychique ? Oui ce sont entre autres, la schizophrénie, la bipolarité, une dépression sévère et d’autres formes encore comme les troubles alimentaires ou les TOC. Ce sont en effet des handicaps qui concernent potentiellement chacun de nous ou nos proches et sont pourtant totalement invisibles.

  • Pourquoi avez-vous décidé de nous parler de ce sujet aujourd’hui ?

Car nous sommes en plein dans les Semaines de la santé mentale, qui ont lieu du 13 au 24 mars 2017. C’est leur 28ème édition.

  • A qui s’adresse cet évènement ?

Au grand public afin d’ouvrir le débat et sensibiliser sur ces questions encore très taboues. Chaque année, pendant deux semaines, en mars, associations, citoyens et professionnels se mobilisent et organisent des manifestations d’information et de réflexion dans toute la France.

  • Vous dites que ces troubles sont invisibles et pourtant ils sont souvent présentés de manière très caricaturale, notamment dans les films.

On a tous en tête l’image du tueur schizophrène en série, forcément psychopathe et sanguinaire. Le film "Split" est à l’affiche en ce moment : un monstre sadique avec 24 personnalités. Mais ce n’est qu’un exemple du type de fantasmes exploités par le cinéma. La liste est longue comme mon bras !

  • Et pas que dans les films. Parfois, la télé s’y met aussi…

Oui c’est le cas en 2016 avec le clip de rentrée de l'émission "Touche pas à mon poste" qui stigmatisait les personnes avec un handicap psychique. On les voyait dans un hôpital psychiatrique, complètement hagards. Contacté par 2 associations, l'animateur Cyril Hanouna s’était par la suite excusé en direct. 

  • Il faut donc s’employer à déconstruire ces clichés ?

Oui, évidemment. Un récent sondage publié par la Fondation Falret révèle qu’un français sur quatre considère que la souffrance psychique est incompatible avec une activité professionnelle. Dans les pays européens, l’accès à l’emploi en milieu ordinaire est considérablement limité en cas de schizophrénie ou de troubles bipolaires. Cela peut être lié à la pathologie et ses manifestations mais aussi, largement, par la discrimination liée aux maladies mentales.

  • Dans ce domaine, il y a une association qui fait vraiment figure de pionnier.

Oui elle s’appelle Clubhouse. Le concept est né après la 2ème guerre à New York et s’est ensuite répandu dans le monde entier mais n’est arrivé en France qu’en 2012. C’est vraiment un modèle innovant qui consiste à aider les personnes à sortir de leur isolement, notamment avec l’appui d’entreprises partenaires. Un premier lieu d’accueil a ouvert à Paris et deux autres devraient voir le jour à Lyon et Bordeaux en 2017.

  • Il y a bien d’autres initiatives intéressantes dans ce domaine, parfois insolites.

Oui par exemple le Psytruck. C’est un camion qui sillonne la région Rhône-Alpes et s’installe dans différentes villes pour permettre à des professionnels d'aller à la rencontre du grand public et de le sensibiliser aux maladies mentales. Cette année, le message de sensibilisation portera plus particulièrement sur l'emploi et la santé mentale. Il est sur les routes du 13 au 24 mars 2017.

  • Ou encore un tour de France en bicyclette…

Ou son nom c’est  "Psycyclette", un rallye vélo au nom de toutes les personnes atteintes de troubles psychiques. Depuis 2014, ces cyclistes traversent la France sur des centaines de km ! La prochaine édition aura lieu du  20 au 27 juin 2017. C’est un principe dans l’air du temps : organiser des évènements très médiatiques pour parler d’un sujet que tout le monde préfère ignorer.

  • Alors pourquoi pas un défilé de "fous" dans les rues du monde entier ?

Oui, c’est le nom choisi par les organisateurs de la Mad pride. Ce concept ludique et déjanté est né au Canada dans les années 90, en réponse aux préjugés de la communauté locale envers les populations des milieux psychiatriques. Il s’est répandu dans les grandes villes du monde entier. Le mot "pride" est tiré de l'adjectif anglais "proud" qui signifie "fierté". Ils osent dire "J'assume d'être fou". Une Mad pride s’est tenue pour la première fois en France en 2014. La prochaine aura lieu à Paris le 10 juin 2017.
 

Candidats, que faites-vous pour le handicap ?

Rédigé le 13/03/2017 / 0

LETTRE OUVERTE

À l’initiative de Philippe Croizon, un collectif interpelle les candidats à l’élection présidentielle. Quelle place pour les personnes en situation de handicap dans leur programme ? Une quinzaine de personnalités signent une lettre ouverte qui, en 5 points majeurs, veut faire du handicap à la fois un objet
électoral et un sujet de société.
 
18 % des Français affectés par un handicap (invisible, moteur, psychique, mental, sensoriel…), soit
12 millions de personnes. Autour d’eux, des proches, des aidants, sans compter les centaines de milliers
de professionnels du secteur. C’est donc, au total, près de 50 % de la population française qui est
concernée par ce vaste enjeu sociétal. 50 % ? Quel candidat pourrait se passer d’une telle puissance
électorale ? Et, pourtant, le constat est le suivant : à moins de deux mois du premier tour des élections
présidentielles de 2017, rares sont ceux qui se sont exprimés publiquement sur cette question.

Des personnalités s’engagent

Autour de Philippe Croizon, aventurier quadri-amputé, un collectif s’est constitué qui
rassemble des personnalités touchées par un handicap ou celui de leur enfant. Son objectif ?
Créer une force de frappe médiatique pour interpeller les candidats via une lettre ouverte.
Une quinzaine d’artistes, d’écrivains, de sportifs de haut niveau... ont répondu à l’appel.
Noms des signataires : Philippe Croizon, Grand Corps Malade (artiste), Dominique Farrugia
(réalisateur, comédien, producteur), Gilbert Montagné (chanteur), Guillaume Bats (humoriste),
Eglantine Eméyé (animatrice, journaliste), Josef Schovanec (philosophe), Krystoff Fluder
(comédien), Grégory Cuilleron (cuisinier), Marie-Amélie Le Fur (athlète), Michaël Jérémiasz
(entrepreneur social, consultant), Hugo Horiot (comédien, écrivain), Françoise Rudetzki (membre
du CESE), Adda Abdelli (comédien, scénariste), Sophie Vouzelaud (comédienne), Laetitia Bernard
(journaliste), Didier Roche (entrepreneur)
.
 
5 URGENCES, MAIS PAS QUE…
Cette dynamique résolument apolitique souhaite mettre en lumière les obstacles incessants auxquels sont confrontées les personnes en situation de handicap et suggérer, dans différents domaines, des solutions pragmatiques et faciles à mettre en oeuvre. Cinq points (lire page suivante), emblématiques, qui depuis des années nourrissent les revendications des citoyens handicapés, ont été choisis. Parmi d’autres…
 
VOTEZ POUR UNE AUTRE SOCIÉTÉ !

Parce que le handicap concerne des millions de Français, parlons enfin d’une même voix. Plus globalement, cessons de classer ces citoyens à part entière dans la rubrique santé ou dépendance, avec des dispositifs que l’on veut « accessibles, adaptés ou spécifiques ». Les personnes handicapées ont toute légitimité à s’inscrire dans le droit commun.

Arrêtons de penser le « handicap » dans son milieu et plaçons-le au milieu.
Comme le prouvent les signataires de cette lettre ouverte, le handicap n’empêche pas la performance, la créativité, l’épanouissement…

C’est chacun de nous, un jour, peut-être… Donnons-nous cette chance de l’accueillir, de l’accompagner et de le surpasser.

 

Candidats, êtes-vous prêts à voter pour une autre société ?
 

1 - Ressources : halte à la précarité !
1 million de personnes environ perçoivent l’allocation adulte handicapé (AAH), plafonnée à 808 euros par mois pour une personne seule ; ce montant en dessous du seuil de pauvreté ne permet pas à ses allocataires, qui ne sont pas en mesure d’accéder à l’emploi, de vivre décemment. Que faire ?
Réévaluer substantiellement le montant de cette allocation mais également dissocier son attribution des revenus du conjoint afin de ne pas faire peser sur le couple une solidarité qui doit être assumée par l’État.
 

2 - Accueil : en finir avec l’exil !
Près de 8 000 adultes et enfants sont exilés en Belgique, loin de leur famille, faute de places dans les établissements médico-sociaux de notre pays, nourrissant l’emploi local avec des financements français. Par ailleurs, pas moins de 47 000 personnes restent sans solution de prise en charge. Que faire ?
Proposer des solutions d’accueil en France innovantes et, surtout, favoriser les options alternatives qui visent à la « désinstitutionnalisation », par exemple des petites unités avec un accompagnement personnalisé qui permet à chacun de vivre au coeur de la cité. Une option plus sociale et moins coûteuse.
 

3 - Accessibilité : 40 ans d’immobilisme !
Une première loi en 1975, consolidée en 2005. Au 1er janvier 2015, tous les établissements recevant du public devaient être accessibles à toutes formes de handicap. Elle n’a pas suffisamment été suivie d’effet, ce qui a contraint le gouvernement à fixer de nouveaux délais allant, dans certains domaines comme les transports, jusqu’à 9 ans. Une attente insupportable pour les personnes concernées. Que faire ?
Faire appliquer la loi, une fois pour toutes, tout en intégrant les réalités du terrain et les contraintes des petits exploitants et commerces. Etre ferme, force de propositions, sans systématiquement brandir la sanction. Réinterroger le système sur certains points en imaginant, peut-être, des pistes nouvelles et une notion d’accessibilité partagée (par exemple des toilettes adaptées à distance raisonnable les unes des autres dans les espaces publics). Plus globalement, promouvoir la notion d’accessibilité universelle qui permet au plus grand nombre d’accéder à un environnement facilitant.
 

4 - Scolarité : inclusion à géométrie variable !
L’école de la République a le devoir d’accueillir tous les élèves en situation de handicap. Or, par manque de moyens, d’AVS (auxiliaire de vie scolaire) et de formation des enseignants, des milliers d’enfants restent à la porte de l’école ordinaire. Que faire ?
Renforcer la formation des AVS et augmenter leur nombre. Et surtout proposer aux enseignants des formations initiales ou continues dignes de ce nom pour leur permettre de mieux appréhender l’accueil des élèves à besoins spécifiques.
 

5 - Emploi : un chômage galopant !
Le taux de chômage des personnes handicapées atteignant 20 % est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Par ailleurs, les fonds pour l’emploi (Fiphfp et Agefiph) qui leur sont dédiés sont à l’agonie et ne pourront plus, d’ici moins de deux ans, assurer leur mission d’accompagnement dans l’emploi. Que faire ?
Revoir la formation des personnes handicapées et son environnement. Passer à un système de contribution pérenne où tous les employeurs, indépendants et pourquoi pas salariés cotiseraient sur le modèle d’une assurance sociale fondé sur le fait que tous pourraient en avoir besoin un jour. 80 % des handicaps apparaissent au cours de la vie.
 

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