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Chroniques d'une jambe cassée

Chroniques d'une jambe cassée

Jour 7 : Home, sweet home...

Rédigé le 30/09/2016 / 1

L'ambulance s'est arrêtée. J'en sors avec vigilance et nonchalance puis me lance. L'envie de rentrer me titille. Appuyé sur mes béquilles, je galère, mais grapille les quelques mètres qui séparent la portière de la porte palière. La dernière fois que j'ai quitté mon domicile, je déposais mes enfants à l'école et j'allais travailler. Je suis parti lundi en courant, je reviens samedi en titubant.

 

Je suis enfin de retour chez moi, avec une broche dans la fibula, un clou dans le tibia et des vis ça et là. Je suis déjà las d'être comme ça, immobile et fragile. Encore loin d'imaginer que je vais être spectateur du temps qui va s'écouler, je dois rester allongé, la jambe surélevée et ne pas trop bouger. C'est dur et au fur et à mesure ma vie va prendre une autre tournure. Attendre, me détendre et apprendre à suspendre mon existence. Mon esprit est encrassé, je suis fatigué, cassé, mais presque réparé.

 

Cafardeux, boiteux, je dors très peu, une de mes côtes est surement fêlée mais je vais m'y habituer. La douleur est surtout intense dans la jambe qui me lance avec insistance. Néanmoins, je vais vite arrêter les antalgiques, de peur de m'habituer à ces petites pilules magiques. Durant mon séjour à l'hôpital, le corps médical m'en a donné pas mal. Ce fut radical, mes douleurs étaient calmées, mais j'étais un peu sonné. Un conseil amical m'a alors suggéré d'arrêter, ce que j'ai finalement fait... Quand on a mal, c'est qu'on est bien vivant, rien d'anormal, rien d'alarmant... Je me tire des balles verbales pour tuer le temps en écrivant... Que le temps est brutal, qu'il va me sembler long... Je suis déjà dans un monde parallèle, mon cerveau est une aquarelle au potentiel nouveau où s'entremêlent idéaux et charges émotionnelles. Dans cette captivité, je supporte mal l'idée d'abandonner mes activités, je dois me rendre à l'évidence, tout s'est arrêté et ça va durer...

 

Heureusement, j'ai des visites régulières. Tous les deux ou trois jours, une infirmière vient nettoyer la plaie. Elle pose son sac en bandoulière et me permet de contempler mon pied ! Elle viendra troubler mon exil jusqu'à l'ablation des fils. J'ai un plâtre ouvert avec des bandes qui le maintiennent. Lorsque je me lève pour marcher avec mes béquilles, l'afflux de sang qui retombe dans ma jambe opérée se fait vite ressentir. La douleur est rythmée par le battement cardiaque. Pour éviter la phlébite, je me pique tous les jours. J'ai décidé de me prendre en main et de me faire moi-même cette piqûre. C'est un peu flippant au début, mais on s'y fait vite. Je change de côté à chaque fois et je ne me débrouille pas trop mal, même si quelquefois l'injection est douloureuse. « Surtout, ne rigolez pas avec ça hein ! Vous allez en avoir marre, mais ne l'oubliez jamais, c'est vital » me lance ma deuxième infirmière, celle qui vient le mercredi pour la prise de sang hebdomadaire pour vérifier les plaquettes. « J'ai un patient qui en a eu marre, il ne se piquait plus. La semaine suivante, je frappe à sa porte, sa femme m'ouvre et s'étonne que personne ne m'ait prévenu... Son mari était mort d'une embolie parce qu'il ne s'était plus piqué... » Au final je m'injecterai plus de 160 fois ce liquide salvateur. Mais mon ventre en portera encore les stigmates de nombreuses semaines...

 

Mais la visite que j'attends avec impatience c'est celle de mon kinésithérapeute. Il s'appelle Antoine, c'est un jeune féru d'aviron, il a la pêche et ça fait du bien. Avec lui, je vais bosser dur, mais j'en ai bien besoin. Il vient trois fois par semaine me rendre visite. Au début, il mobilise la cicatrice, il la masse afin que la peau retrouve son élasticité. Puis je fais beaucoup d'exercices pour ne pas perdre trop de muscle de ma jambe cassée sur laquelle je ne vais plus m'appuyer pendant plusieurs mois. Dans ces moments là, le kiné est surement la personne qui vous donne le plus d'énergie, il motive, il incite, il prend en compte, il dédramatise, il explique, il donne les clés pour progresser, il s'investit. Au delà de la motivation personnelle qu'il faut avoir pour sortir en bon état de cette galère, avoir un bon kiné est essentiel pour récupérer pleinement de ses fractures, surtout si comme moi, l'opération n'a pas été une super réussite.

 

Le temps va me sembler durer une éternité...

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