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Quand la philosophie parle de sexualité…

rédigé le 2 mars 2015 /     0

Michaël Doukhan vient de sortir un ouvrage intitulé Cafés-philo, reprenant les thèmes abordés lors de séances philosophiques mais décontractées, dans des cafés de Manille… Il consacre un chapitre à la sexualité et a répondu à quelques questions.

Quelle sexualité avaient les philosophes ?

Kant fut tourné en dérision par Jean-Baptiste Botul  (le vrai-faux philosophe) dans La vie sexuelle d’Emmanuel Kant : si tout le monde avait suivi son « impératif catégorique » le plus connu, à savoir « agis uniquement d'après la maxime dont tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle », l’espèce humaine aurait disparu, car Kant n’a pas eu de vie sexuelle ! Il est donc en effet fort intéressant de se demander quelle fut la vie sexuelle des philosophes… Je ne connais pas d’« étude approfondie » sur la question, mais on sait qu’il y eut les abstinents (Plotin, Kant), les fornicateurs repentis (Augustin), les coureurs de jupons (Montaigne, Diderot), les passionnés (Kierkegaard, Nietzsche), etc.

Quelle est la place de la sexualité dans la philosophie ?

Le plaisir lié à l’activité sexuelle est généralement considéré dans la philosophie grecque classique comme inférieur, nous ramenant à notre condition animale. C’est surtout l’intensité inégalée de ce plaisir qui est décrite comme potentiellement dangereuse. Il faut donc maîtriser la sexualité. La « cure socratique » engrange l’idée de rejet du sexe au profit d’un amour intelligible. Puis, avec l’avènement du christianisme, particulièrement avec Saint Augustin, la morale (le bien/le mal) va pleinement s’emparer du sujet et marque au fer la philosophie occidentale du sexe : « ne pourvoyez pas à la concupiscence de la chair » (Les Confessions) ; dans La cité de Dieu, l’activité sexuelle n’est considérée comme légitime que dans le mariage où elle constitue un « péché permis » pour la procréation. On le voit, le christianisme a tenté de désexualiser le monde occidental… et a réussi en bonne partie.


On peut relever quelques exceptions notables à cette conception. D’abord chez les cyrénaïques, un bonheur n'étant qu'une somme de plaisirs particuliers, tenter de renoncer, voire de contrôler la sexualité, va à l’encontre de la recherche du bonheur. Ensuite, Lucrèce, inventeur du libertinage selon Michel Onfray, recommande de faire l’amour sans amour pour conserver sa tranquillité d’esprit. Enfin, pour Nietzsche, la sexualité est la manifestation la plus primitive, la plus forte de la vie. La vénération de l’instinct sexuel est signe de « Grande Santé ». Il opère une critique radicale du Christianisme : « La prédication de la chasteté est une incitation publique à la contre nature. Le mépris de la vie sexuelle, toute souillure de celle-ci par l’idée d’“impureté”, est un véritable crime contre la vie, – le vrai péché contre le Saint-Esprit de la vie. » (Ecce Homo).
Dans l’Extrême-Orient, le taoïsme chinois sacralise la sexualité, mais c’est surtout dans le tantrisme que l’orgasme est divinisé : dans une parfaite maîtrise des forces surhumaines du cosmos qui se manifestent à travers leur corps, les amants permettent l'union de l'âme individuelle (jîvâtman) avec l'Absolu suprême (Paramâtman). On est bien loin du rejet du corps occidental… 

La sexualité est-elle bonne pour le (la) moral(e) ?


On n’a pas trouvé mieux pour le moral que je sache ! A bien y regarder, la « raison » parvient toujours à clarifier telle ou telle position (si je puis dire) morale sur la sexualité, mais dès qu’on essaie de poser des questions sur la bestialité du rapport sexuel (cris, échanges de liquides, etc.), un silence gêné s’installe et chacun attend qu’on lui repose une question liée à… la morale. Ces moments de coït restent au plus profond de nous, comme s’ils étaient le reflet d’une ontologie indescriptible et irrationnelle derrière laquelle on se réfugie par l’expression « bon pour le moral ». Ce silence révélateur montre peut-être que l’essentiel n’est pas « au-dessus » de l’être humain, n’est en rien lié à un quelconque devoir commun (le Bien, le Mal), mais reste indépassable au corps individuel, comme une chasse (te ?) gardée, un jardin qu’on aime cultiver seul, même si l’on est  deux (généralement !) quand on le pratique. Il semble que ces moments de vie les plus intenses se prêtent peu au discours, qu’ils n’appartiennent qu’à chacun ; c’est sans doute très bien ainsi.

Cafés-philo, Michaël Doukhan, MD éditions, 16,90€

 




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